Winter (J). La 1ere Guerre mondiale. V1-5. 1917 : Mondialisation.

CHAPITRE 5. 1917 : MONDIALISATION

 

 

Michael S Neiberg.

 

 

« A l'aube de 1917, la logique de guerre totale obligeait les sociétés à poursuivre les combats. Il faudrait consentir à d'immenses sacrifices encore pour gagner, car perdre signifiait accepter les conditions inadmissibles qu'exigeait l'ennemi. Il ne s'agissait désormais plus d'idéaux, mais de survie. En jugeant 1917 à l'aune de la guerre elle-même, le schéma dominant est celui d'une absurdité stratégique et d'une incapacité de la part des deux camps à convertir leur puissance nationale en victoire. L'année fut marquée par un gaspillage de sang et de ressources financières sans qu'aucun but stratégique valable soit atteint, à moins d'accepter la logique froide de l'usure, qui exigeait qu'un camp use l'autre au moyen de batailles à grande échelle afin de finir par remporter la victoire. »

 

L'année 1917 d'un point de vue militaire se résume « à une incapacité continue à rompre les défenses de l'ennemi, puis à soutenir cette percée. » Les batailles livrées par les alliées n'eurent comme conséquences que d'affaiblir leurs armées sans pour autant changer la situation générale.

 

« En adoptant une perspective plus large, on peut voir en 1917 un tournant décisif dans l'histoire militaire. L'année vit s'opérer une transition importante sur le champ de manœuvre : les batailles de Cambrai, du golfe de Riga et de Caporetto représentent le début du passage des attaques en masse au moyen de l'infanterie vers une approche mécanique recourant à plusieurs armes et où l'infanterie prenait place aux côtés de l'aviation, de l'artillerie et des forces blindées dans diverses combinaisons. Cette transition était le résultat de l'industrialisation de la guerre et montrait l'impact de celle-ci sur la guerre. Une seconde transition marquait la transformation des Etat-Unis et de la Russie en superpuissance. »

 

Pourtant au début de l'année, la possibilité de voir les Etats-Unis et la Russie devenir de grandes puissances semblait absurde.

 

- Lorsque les Etats-Unis entrent en guerre en avril, ils possèdent une armée « pitoyable », classée derrière celle du Portugal. Ils n'ont aucune expérience du combat et n'ont même pas envoyés d'observateurs sur le terrain. « Ils étaient par ailleurs assaillis par des problèmes d'organisation, une corruption endémique dans leur industrie d'armement et de fortes divisions au sein de la population. »

 

- La Russie pour sa part, secouée par la révolution est au bord de la guerre civile.

 

 

« Néanmoins, 1917 marqua des changements si considérables pour les deux nations qu'il est impossible d'en exagérer l'importance. »

 

Une terre de désolation.

 

« La guerre fut, bien entendu le principal catalyseur de ces changements. Au début de 1917, les deux camps demeuraient embourbés dans une paralysie stratégique. » et aucun des camps ne paraissait en mesure de l'emporter sur l'autre.

 

Les Allemands ont dès 1916 opté pour un renouvellement du haut commandement. Ce nouvel État-major « prévoyait non seulement de résister,mais aussi de modifier la dynamique du conflit et de remporter une victoire complète susceptible d’offrir à l'Allemagne « des indemnités monétaires et de vastes annexions de territoires » qui justifieraient le nombre élevé de victimes allemandes de 1914 à 1916. »

 

« Leur stratégie consistait à trouver un moyen de gagner du temps pour permettre à l'Allemagne de se remettre de ses pertes et de recentrer son attention sur l'Est. Hindenburg et Ludendorff abandonnèrent l'idée antérieure qui s'attachait à retenir à tout prix le moindre mètre carré de territoire que l'armée allemande avait pris depuis 1914. Au lieu de quoi, très judicieusement, ils évacuèrent les zones exposées et les terrains difficiles à conserver. Cette mesure rendit les lignes plus faciles à défendre et requit moins de soldats (ligne Hindenburg ou Siegfried) »

 

Cette nouvelle ligne de défense, construite en partie par les prisonniers de guerre consistait en 5 positions distinctes soigneusement organisées :

- Un fossé antichar de 3m de profondeur sur 4m de largeur.

- 5 sections de barbelés de 4m de profondeur chacune.

- Une zone de « tuerie » comportant des blockhaus en béton armé pour abriter les mitrailleuses.

- Des tranchées modernes creusées en zigzag, reliées entre elles par des boyaux de communication, des téléphones, des lignes électriques, comportant des hôpitaux de campagne, des postes de commandement, des réserves de munitions.

- A l'arrière de ce système des unités d'artillerie qui devaient disperser à distance les formations ennemies montant à l'assaut.

 

« Le nouveau plan d'action obligeait les Allemands à céder plus de 1600 km² de territoires durement gagnés en France, mais cela se justifiait d'un point de vue stratégique. Ils dévastèrent alors les terres qu'ils abandonnèrent, emportant tout ce qu'ils pouvaient prendre avec eux et détruisirent le reste. » Les Français se souviendront de ces destructions à l'heure du traité de paix.

 

Pour augmenter la pression sur les Alliés, les Allemands intensifièrent également la guerre sous-marine dès le mois de janvier. « Les Allemands avaient trop peu de sous-marins pour gagner la guerre (…) Mais ils en avaient juste assez pour leur « permettre de discuter de conditions de paix fondées sur une « carte de guerre » encore favorable. » Réussir à vaincre les sous-marins posait donc un sérieux problème. Les marines de guerre alliées répondirent en cessant d'envoyer des navires marchands isolés à travers l'Atlantique, sans grande protection hormis les droits commerciaux dont les Allemands faisaient peu de cas. Ils organisèrent alors des convois protégés par des destroyers suffisamment rapides et légers pour pourchasser les sous-marins ennemis. »

 

Du côté des Alliés, ceux ci étaient obligés de passer à l'offensive afin de ne pas laisser le temps à l'Allemagne de s'organiser et donc de se renforcer. « Ce dilemme essentiel n'excuse pas la mauvaise planification des Alliés en 1917, mais peut contribuer à expliquer les défaites du Chemin des Dames (offensive Nivelle) et de la 3e bataille d'Ypres. »

 

La publication du télégramme Zimmermann en mars, attire un peu plus l'attention des Américains sur les dangers que représente l'Allemagne.

 

En Russie, le tsar abdique en mars et quelques semaines plus tard les Allemands font monter en Russie 32 révolutionnaires, dont Lénine, afin de préparer une révolution de grande envergure.

 

Le gouvernement provisoire dirigé par Kérenski lance en juillet une grande offensive avec deux armées. Après des succès initiaux, l'offensive se soldat par un désastre complet, des milliers d'hommes désertant. « L'échec de l'offensive Kérenski fit fortement chuter le moral des Russes et signifia la fin du soutien de la population à la poursuite de la guerre. »

 

Les Allemands profitent du chaos en Russie pour poursuivre leur avancée vers l'Est aussi loin que le permettaient les lignes de communication.

 

« Avant la fin de l'année, les bolcheviks allaient prendre le contrôle du gouvernement russe, et les Allemands décidèrent qu'ils avaient plus à gagner à négocier qu'à endurer un nouvel hiver russe sur le champ de bataille. En décembre, ils ouvrirent des négociations en position de force et, dans le traité de Brest-Litovsk qui s'ensuivit, ils réussirent à s'emparer de plus de 1,5 millions de km² de territoire russe, ainsi que de matières premières suffisantes pour compenser une partie des pertes causées par le blocus britannique. »

 

Mais les soulèvements politiques en Russie et en Ukraine, la résistance de la population à la saisie de céréales par les Allemands obligèrent ces derniers à laisser à l'Est plus de troupes que prévu. De plus « le virus bolchevique qu'ils avaient contribué à injecter dans la vie politique russe infecta les soldats allemands à leur tour, contribuant à radicaliser la gauche allemande autrefois loyale, mais qui avait « trouvé un nouveau modèle dans la révolution bolchevique. » »

 

Sur le front occidental, le changement de commandement (Joffre est remplacé par Nivelle) changea la stratégie.

 

« ….le général Nivelle, homme sûr de lui et beau parleur. Protestant, il parlait couramment l'anglais (deux faits rares au sein du haut commandement français), et ses méthodes novatrices en matière d'artillerie avaient été jugées déterminantes dans les succès français à la fin de la campagne de Verdun l'année précédente. Sa manière de procéder, scientifique et agressive, semblait contraster vivement avec l'approche lente, laborieuse, que Joffre, Foch et Philippe Pétain privilégiaient. » Cet optimisme se répandit rapidement parmi les hommes politiques qui désespéraient d'une victoire.

 

Mi janvier, Nivelle présente son projet d'offensive. Elle concernait un immense secteur compris entre Arras au Nord et Reims au Sud. Il chercherait à retenir l'ennemi en un point pour attaquer sur un autre, percer le front et avancer vers ses réserves afin de les détruire. Britanniques et Français devaient attaquer ensemble au nord sur Arras et les hauteurs stratégiques à proximité. « Les Français utiliseraient alors les méthodes que Nivelle avait prétendument mises au point à Verdun afin d'ouvrir une brèche sur le terrain difficile qui bordait l'Aisne. La déclivité le long de la rivière poserait des difficultés, mais Nivelle supposait que les Allemands ne seraient pas préparés à affronter une véritable attaque à cet endroit. »

 

« Les généraux français s'opposaient à son plan opérationnel, à son manque de discrétion et à la localisation de son attaque. La crête que Nivelle prévoyait d'assaillir était une véritable falaise surmontée d'une route, le Chemin des Dames, qui offrait aux Allemands une excellente visibilité sur la vallée en dessous. Il n'y avait donc aucune chance de les prendre par surprise. La crête, en outre, présentait deux puissantes formations défensives, le fort de la Malmaison à l'extrémité occidentale et une carrière de pierre, la Caverne du Dragon, que les Allemands avaient convertie en forteresse souterraine. Les professionnels savaient que la crête risquait de résister à toute attaque parce que les Allemands avaient l'avantage d'occuper un terrain exceptionnellement élevé et des positions invulnérables aux bombardements tactiques qui avaient fonctionné à Verdun. »

 

La première phase devait débuter par une attaque, plus à l'ouest, sur la crête de Vimy surplombant Arras. Elles étaient essentielles pour contrôler tout le secteur. « Les Allemands ne s'étaient épargné aucune peine pour améliorer la position naturelle que le terrain offrait. Ils avaient creusé de profondes positions défensives que leurs généraux jugeaient imprenables. » Ce travail fut confié à l'armée britannique qui le confia ensuite au Corps canadien commandé par un officier de milice Arthur Currie qui allait se révéler un des meilleurs commandant de corps de la guerre. « Partant des systèmes d'artillerie de Nivelle et les améliorant, il sut offrir à ses troupes un abri adéquat pour l'assaut. Il s'appuya sur un plan d'artillerie principalement conçu par le futur chef d'état-major impérial britannique durant la Seconde Guerre mondiale, lord Alanbrooke. Curie avait formé ses hommes aux taches spécifiques qu'ils devaient accomplir et, en partie parce que ses objectifs étaient limités, il put faire coïncider ce qu'il exigeait d »'eaux et les ressources disponibles. De ce fait l'attaque canadienne sur la crête de Vimy entre le 9 et le 12 avril 1917 fut un incroyable succès. » « L'exploit canadien fut en effet, à tous les niveaux, l'un des plus impressionnant de toute la guerre. »

 

L'offensive Nivelle est lancée le 17 avril malgré le mauvais temps. Mais au lieu de gagner les 9km prévus, les soldats Français ne purent que reprendre 600m. Plutôt que d'arrêter l'offensive au bout de 48 heures comme il l'avait promis, il persista et alors qu'il n'avait prévu que 15.000 morts et blessés, ce fut plus de 100.000 pertes que l'armée française enregistra. Ce fut le gouvernement français qui dut intervenir pour faire cesser l'offensive.

 

Autre conséquence de l'échec de cette offensive, ce fut la fin du soutien britannique, pas très chaud, à la position française qui voulait créer un commandement unifié pour le front occidental.

 

« Mais les implications les plus importantes de l'échec du plan de Nivelle s'inscrivent du côté des troupes françaises. Furieux de l'incompétence grossière de l'état-major, des milliers de soldats refusèrent de remonter en ligne. Une minorité bruyante prôna la révolution ou la mutinerie, mais la majorité chercha une troisième option, entre la rébellion totale et le massacre insensé. Les chiffres exacts sont difficiles à évaluer, mais il est clair que des dizaines de milliers d'hommes refusèrent d'obéir aux ordres de leurs officiers. La plupart d'entre eux restèrent cependant dans les tranchées assurant qu'ils continueraient à défendre le sol français. »

 

En réaction à cette crise de commandement, Nivelle fut remplacé par le général Pétain.

 

Pétain « réprima sévèrement les soldats qui avaient menacé des officiers ou encouragé la rébellion, mais il savait aussi que les hommes avaient des sujets de plaintes légitimes. Il appliqua d'importantes mesures, qui allaient d'une amélioration de la nourriture à une augmentation des jours de permission. Il entama également une réforme de l'armée française visant à en faire une force moderne recourant tout à la fois à l'artillerie, aux véhicules blindés et à l'aviation, et ce de manière concerté pour réduire le nombre de victimes. La vision stratégique de Pétain consistait à concentrer les efforts, au moyen de l’artillerie et des chars essentiellement sur des objectifs plus modestes. Il voulait que ses offensives fussent limitées à la fois dans le temps et dans l'espace ; si l'une d'elles semblait devoir mener à l'échec, il prévoyait de l'arrêter et de regarder ailleurs. Surtout, il souhaitait éviter de longue campagne d'usure, sur le modèle de celles de 1915 et 1916. »

 

Ces mesures réussirent à ramener le calme au sein de l'armée française.

 

« Les mutineries en France et en Russie prouvèrent que toutes les armées, même celles qui se contentaient de défendre leur patrie, étaient à bout. Les Allemands apprendraient la leçon un an plus tard. »

 

« Dans les années 1930, de nombreux observateurs affirmèrent que la Première Guerre mondiale avait brisé l'esprit militaire français ; pourtant, aucun signe irréfutable n'indiquait que le moral des Français avait été sapé. Il était évident, cependant, que l'armée française ne semblait pas prête à lancer une nouvelle offensive de grande ampleur. Elle avait besoin de temps pour récupérer, retrouver la discipline militaire et apprendre le nouveau système de Pétain.

 

Défaite dans les Flandres.

 

Devant les mauvaises nouvelles provenant des Français, Douglas Haig estima que l'offensive qu'il projetait depuis longtemps en Flandres était le meilleur moyen de détourner les Allemands des Français pour leur laisser le temps de se ressaisir.

 

Le Premier ministre David Lloyd George avait des doutes sur l'issue de cette offensive. Mais lui et le cabinet de guerre se bornèrent à noter leur réprobation concernant les plan et à exiger qu'il ne s’engageât pas dans une bataille aussi longue que celle de la Somme.

 

« Plus connue sous le nom de bataille de Paschendaele ou troisième bataille d'Ypres, la campagne commença le 7 juin sous d'assez bons auspices lorsque les Britanniques firent sauter un vaste réseau de tunnels laborieusement creusés sous la crête de Messines, au sud du saillant d'Ypres. Une terrible explosion, qui se fit entendre et ressentir jusqu'à Londres, effaça littéralement la crête du paysage belge. Des milliers d'Allemands furent ensevelis sous les débris ou tués par la déflagration. Le début de l'offensive créa donc la surprise et sembla augurer de sa réussite. Par la suite, cependant, peu de chose se déroulèrent comme Haig l'avait prévu. Les Britanniques n'exploitèrent pas assez vite le choc qu'avait causé Messines, laissant les Allemands introduire des renforts dans la zone. (….) Les Britanniques s'adaptèrent et remportèrent quelques succès ponctuels, comme sur la route de Menin, au bois du Polygone ou à Broodseinde,mais dans l'ensemble la campagne ne permis pas d'atteindre les objectifs de Haig. » Les pertes sont estimées à 275.000 Anglais contre 200.000 Allemands.

 

Un aperçu du futur.

 

Trois petites bataille de 1917 donnent un aperçu de ce que serait la guerre à l'avenir.

 

« Des changements dans l'utilisation de l'artillerie étaient au centre des nouvelles méthodes. Elaboré en grande partie par le colonel allemand Georg Bruchmüller, ce nouveau système d'artillerie induisait de plus grandes concentrations de gaz toxique et recourait à des tirs de barrage plus courts et plus nets. Ceux ci devaient être effectués si possible sans avertissement préalable afin de ménager la surprise et d'empêcher l'ennemi d'expédier d'urgence des réserves dans la zone concernée. Ces nouvelles méthodes cherchaient davantage à désorienter qu'à écraser le camp adverse. Dans les brèches ainsi créées, les Allemands envoyaient des soldats spécialement formés pour contourner les tranchées avancées de l'ennemi, puis prendre pour cibles les centres de commandement et de contrôle. Le système de commandement mis hors jeu, l’artillerie pouvait cibler les renforts de l'ennemi au fur et à mesure qu'ils arrivaient, et l'infanterie allemande ordinaire attaquer les lignes de front adverses en ayant pris quelque peu l'avantage.. » Cette méthode cherchait en fait à exploiter les faiblesses de l'ennemi plus qu'à « foncer dans le tas ».

 

La première utilisation de cette méthode eut lieu en septembre pour la prise de Riga. L'opération provoqua 6 fois plus de pertes chez les Russes.

 

La deuxième bataille novatrice eut lieu sur le front italien : Caporetto. L'offensive lancée par les Allemands le 24 octobre va dépasser tous les espoirs. Les Italiens en quelques jours perdent 280.000 prisonniers de guerre sans compter un nombre important d'équipements lourds. Mais « si grave que fut la défaite italienne, elle aurait été pire encore si les Allemands n'avaient pas été eux-mêmes surpris par leur propre succès : ils n'avaient conçu aucun plan pour pénétrer très loin en territoire italien. »

 

Lors de la troisième bataille de Cambrai, les Britanniques tentèrent d'exploiter la supériorité technologique dont ils disposaient grâce aux chars. Le 20 novembre, ils attaquèrent avec 476 chars assemblés par groupe de 3. Cette attaque causa surprise et panique dans le camp allemand, en partie parce que les Allemands ne disposaient d'aucune arme antichar valable. Même si les véhicules connurent des problèmes mécaniques, ils purent épauler l'infanterie par des tirs de soutien, ce qui lui permis d'ouvrir une brèche de 8km. Malheureusement le manque de réserves ne permis pas d'exploiter la percée. « Cambrai fut donc un énorme succès opérationnel, mais il ne put être transformé en succès stratégique. (…) Une violente attaque fut lancée le 30 novembre prenant les Britanniques au dépourvu et leur faisant perdre presque tout le terrain gagné durant les dix jours précédents. Les Allemands s'emparèrent même de zones qui étaient britanniques avant l'offensive. Ce brusque renversement de situation provoqua la création d'une commission d'enquête sur la défaite. Mais en dépit des échecs, Cambrai montrait la voie d'une tactique future fondée sur les forces blindées. Les deux camps assimilèrent la leçon et s'en servirent dans l'entre deux guerres pour réécrire les doctrines de la guerre sur terre. »

 

« La clé de 1918, selon la plupart des stratèges, résidait dans l'éventuelle capacité des Allemands à déplacer leurs hommes du front oriental au front occidental avant que ne débarquent les soldats américains, tout frais quoique formés à la hâte. Si les Allemands remportaient cette course et réussissaient à mettre en œuvre leur nouvelle tactique d'artillerie et d’infiltration sur une grande échelle, ils gardaient une chance de gagner la guerre avant que les Américains ne puissent réellement compter. Si en revanche ils échouaient, l'arrivée de centaines de milliers d'hommes nouveaux offrirait aux Alliés tout le temps dont ils avaient besoin pour écraser les Allemands par l'usure, la puissance de feu et le blocus naval, qui continuait à diminuer gravement leurs réserves de nourriture et de combustible. »

 

« L'aspect économique et les pressions exercées sur le peuple allemand jouèrent un rôle déterminant dans la fin de la guerre. » Cela amena les militaires à prendre de plus en plus le contrôle de la planification économique avec des résultats désastreux. « Pour les planificateurs à Berlin, bien plus que pour leurs homologues à Paris ou à Londres, l'économie civile devint à peine plus qu'un moteur destiné à fournir des ressources pour l'armée. ». Cela va entraîner une très forte inflation et de nombreuses pénuries.

 

1917 dans une perspective mondiale.

 

« Dans une perspective plus large, en effet, 1917 semble être moins le début de la phase finale de la Première Guerre mondiale que le point de départ des guerres qui modèleront le reste du XXe siècle et au delà. Bien que pour les Allemands 1917 marquât la fin des opérations de combat à grande échelle à l'Est, pour les Russes ce fut seulement la fin d'une guerre et le début d'une autre. (….) Forgée au creuset de deux guerres décisives du XXe siècle, l'URSS modifia radicalement la nature de la politique mondiale pour le restant du siècle ou presque. La guerre froide ne commença peut-être pas en 1917, mais on peut aisément en deviner les germes cette année-là. Les événements qui se produisirent au Moyen-Orient en 1917 reçurent bien moins d'attention à l'époque, mais rétrospectivement, nous pouvons mesurer l'importance de cette année dans l'histoire de cette région troublée. (….) 1917 vit en revanche la fin de la plupart des combats dans une autre partie du monde, bien qu'on puisse à peine qualifier de paix la situation qui prévalut dans l'Afrique saharienne. »

 

« Ainsi pour comprendre 1917, il nous faut envisager à l'échelle mondiale les effets d'une guerre qui portait en elle les germes des futurs conflits de la planète. D'un point de vue militaire, la guerre fut tournée à la fois vers l'avenir, comme on l'a vu avec l'usage des forces blindés et le recours à de nouvelles tactiques d'infanterie, et tout autant vers le passé, comme l'ont démontré les batailles du Chemin des Dames de de Passchendaele. »

 

 

Fin. 



14/11/2016
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