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Premier procès CPI : Lubanga accusé d'avoir enrôlé des centaines d'enfants

 

            Le procureur Luis Moreno-Ocampo a accusé lundi 26 janvier le chef de milice congolais Thomas Lubanga d'avoir "utilisé des centaines de jeunes enfants pour qu'ils tuent, pillent et violent", à l'ouverture du premier procès, pour crimes de guerre, devant la Cour pénale internationale (CPI).

            Thomas Lubanga, 48 ans, est jugé pour l'utilisation d'enfants soldats en République démocratique du Congo (RDC), près de sept ans après la création de la CPI, premier tribunal international permanent chargé de juger les auteurs de crimes de guerre, de crimes contre l'humanité et de génocides, à La Haye.

            "La milice de Lubanga a recruté, formé et utilisé des centaines de jeunes enfants pour qu'ils tuent, pillent et violent", a déclaré le procureur.

            Aujourd'hui, "ils ne peuvent pas oublier ce qu'ils ont enduré, ce qu'ils ont vu. Ils avaient 9, 11, 13 ans", a-t-il affirmé. Beaucoup d'entre eux se droguent ou se prostituent pour survivre après avoir été rejetés par leur famille, a-t-il souligné.

            Thomas Lubanga est accusé d'enrôlement et de conscription d'enfants de moins de quinze ans, et de les avoir fait combattre dans l'aile militaire de sa milice, l'Union des patriotes congolais (UPC), lors de la guerre civile en Ituri (est de la RDC) entre septembre 2002 et août 2003.

            Son avocate, Me Catherine Mabille a annoncé lundi matin qu'il plaidait non coupable.

            "La milice de Lubanga était une armée d'enfants", a insisté M. Moreno-Ocampo. Environ 30% de ses troupes, les Forces patriotiques pour la libération du Congo (FPLC), étaient des "kadogo", un mot swahili signifiant "les petits", utilisé par le FPLC pour parler des enfants soldats, selon lui.

            Pour Param-Preet Singh, de l'ONG Human Rights Watch, ce premier procès de la CPI est "un signal pour le monde entier". "Les auteurs de crimes de guerre, crimes contre l'humanité et de génocides devront répondre de leurs actes", s'est-elle félicitée.

            M. Moreno-Ocampo a présenté plusieurs vidéos montrant l'accusé haranguant une foule de jeunes combattants en uniforme et portant des fusils.

            Il a évoqué le "destin des filles soldats" : "elles devaient porter une arme, servir le repas à un commandant puis, d'un moment à l'autre, le commandant les violait. Il les tuait si elles refusaient d'être violées".

            Ces "crimes de masse" ont fait "des centaines ou des milliers de victimes" et "affecté une génération entière", a assuré le procureur, en annonçant qu'il allait requérir une "punition proche du maximum" de trente ans.

            Ce procès va permettre aux victimes de "se reconstruire en tant qu'adultes alors même que leur enfance leur a été volée", a estimé Paolina Massidda, l'une des représentantes des 93 victimes autorisées à participer au procès, une première dans la justice internationale.

            Selon les ONG, les affrontements en Ituri entre des milices soutenues par les ethnies Hema (proche de l'UPC) et Lendu, pour le contrôle notamment de mines d'or, ont fait 60.000 morts et des centaines de milliers de déplacés depuis 1999.

            L'accusation compte appeler à la barre trente-quatre témoins, dont neuf enfants soldats et trois experts. La défense, qui devait s'exprimer mardi, n'a pas encore indiqué combien de témoins elle allait présenter à décharge.

            Le procès, présidé par le Britannique Adrian Fulford, devrait durer six à neuf mois. La CPI paie la défense de Thomas Lubanga, jugé indigent qui est détenu au centre pénitentiaire de Scheveningen, dans la banlieue de La Haye, avec trois autres suspects de la CPI.

(D'après AOL Actualités)




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