Hanson (V D). Atlas des guerres grecques (NDL)

ATLAS DES GUERRES GRECQUES

 

Victor Davis Hanson.

 

Autrement, Atlas des guerres, 1999 223 pages

 

* * * * * * * * *

 

Introduction.

 

Pour la plupart des Grecs, l'occupation la plus intéressante des humains était la guerre. « L'héritage des Grecs ne se limite pas au rationalisme, à l'empirisme, au capitalisme ou à la démocratie. En un siècle, leur conception du combat s'est avérée la forme de guerre la plus mortelle du monde méditerranéen, dont les principaux dogmes inspirent encore la tradition militaire occidentale. »

 

La maîtrise militaire des Grecs tient essentiellement à 8 éléments qui sont propres à la tradition hellénique puis européenne.

 

Avance technologique.

 

Supériorité de la discipline : entraînement efficace et obéissance des soldats.

 

Ingéniosité de la riposte : Les Grecs n'hésitaient pas à emprunter, adopter, modifier, rejeter ou améliorer les pratiques militaires des autres.

 

Service militaire : il est imposé à la majorité de la population. L'idée d'une armée de citoyens est entièrement hellénique.

 

Choix de la rencontre décisive. Les Grecs préfèrent l'affrontement direct, le face à face, le corps à corps pour une résolution aussi rapide et nette que possible, la bataille n'étant que l'expression militaire de la volonté majoritaire des citoyens.

 

Prédominance de l'infanterie qui seule peut dégager le terrain et l'occuper.

 

Application systématique du capital, c'est-à-dire développement de la faculté de collecter les impôts, d'exiger un tribut et d'emprunter des fonds pendant de longues périodes.

 

Opposition morale au militarisme. Omniprésence des groupes littéraires, religieux, politiques et artistiques pour lesquels la guerre doit être justifiée et expliquée, et qui pouvaient parfois empêcher un emploi malavisé de la force militaire.

 

Chapitre I. Premiers combats (-1400 -750).

 

La guerre de palais comme impasse historique : l'écroulement de la civilisation mycénienne.

 

Jusque vers 1200 av JC, la guerre mycénienne fut sans doute très proche des combats pratiqués depuis des siècles par les Egyptiens et les Hittites à base d'assauts menés par des troupes légères groupées autour de chars où prenaient place des archers et des lanceurs de javelots. Les véhicules après avoir écrasé les fantassins et brisé leurs rangs, servaient d’îlots de protection aux tirailleurs légers. Mais ce système fut vaincu par les hordes barbares venues du Nord, les « Doriens » qui s'appuyaient sur une infanterie nombreuse.

 

« L'apparition de la guerre occidentale coïncide donc avec la destruction totale de la culture mycénienne. »

 

Saccage et pillage durant les « siècles obscurs ».

 

La seule bataille connue durant ces siècles eut lieu peu avant 700 av JC sur l'île d'Eubée dans la plaine Lelantine (entre Chalcis et Eretrie). Elle semble avoir marqué le passage de la guerre de cavaliers au combat d'infanterie. Il s'agissait de prendre le contrôle d'une région riche en arbres et vignobles ce qui devait rester la marque des guerres grecques durant les 4 siècles suivants.

 

Les guerres homériques.

 

On retrouve dans l'Iliade et dans l'Odyssée quelques traces de l'époque mycénienne et de nombreux souvenirs des siècles obscurs. Mais ces poèmes montrent sans doute la Grèce des années 750 à 680 av JC et nous donnent donc un premier aperçu de la guerre à cette époque.

 

Chapitre II. Naissance de l'Etat cité et invention de la guerre occidentale (750 – 490 av JC).

 

L'apparition de l'hoplite.

 

Aux VIIe et VIe siècles, les combats décisifs furent menés pour la plupart par une infanterie lourde composée de fermiers en armure de bronze munis de lances. L'affrontement des hoplites marque donc la véritable naissance de la notion de combat occidental avec toutes ses implications juridiques, éthiques et politiques.

 

Les feintes, réserves, manœuvres d'encerclement et autres tactiques sophistiquées restèrent rares jusqu'à la fin du Ve siècle. Les hoplites devaient simplement avancer à travers les lances. Quand la phalange avait pu pénétrer les rangs de l'adversaire, l'ennemi succombait souvent à la panique peu après.

 

Lors du combat, l'hoplite devait tout à la fois sentir la poussée régulière de l'arrière, éviter le contact avec les lances de l'ennemi et de ses compagnons, frapper et avancer, protéger le soldat de gauche, se protéger lui même en s'abritant derrière le bouclier de droite, tout en piétinant les corps.

 

Après la bataille, les morts étaient respectés et échangés.

 

Durant ces deux premiers siècles, il n'y eut pas de guerre d'extermination. Il suffisait de tuer un petit nombre d'ennemis en un après-midi, de saper le moral de l'adversaire et de l'acculer à une fuite déshonorante (il était rare de voir périr plus de 10% des combattants).

 

A l'origine la ligne de front était exclusivement composée de propriétaires terriens, citoyens issus de diverses petites cités Etats alliés. Même quand les pertes étaient modérées, certains contingents pouvaient être presque entièrement anéantis s'ils faisaient l'objet d'une attaque concentrée de l'ennemi ou s'ils étaient déployés face à des troupes supérieures en nombre

 

La technologie hoplite n'est pas une révolution spectaculaire qu'aurait créée la cité Etat en s'appuyant sur l'armement supérieur d'une nouvelle classe militaire. Elle résulte simplement de la puissance des agriculteurs établis qui dictaient désormais tout le rituel de la guerre et inventaient les armes et les règles pour garantir l'exclusivité de leur infanterie dans la pratique traditionnelle de l’attaque en masse.

 

La panoplie de l'hoplite à l'époque des cités Etats mettait l'accent sur la défense, la mobilité, le champ d'action et la vitesse étaient autant de facteurs d'efficacité meurtrière qui venaient après la préoccupation principale : la solidarité du groupe et la protection maximale qui étaient essentielles pour cimenter les liens agraires et permettre aux fermiers de faire reculer l'ennemi ou de l'anéantir afin de pouvoir rentrer sains et saufs dans leurs terres. L'hoplite était donc à l'origine le fantassin le plus encombrant, le plus lent et le mieux protégé de l'histoire occidentale.

 

Pour survivre il fallait résister à l'affrontement initial, rester debout face à l'ennemi, même en cas de panique.

 

Les duels agraires.

 

Il faut donc attendre la description de la bataille de Marathon par Hérodote rédigée au moins 50 ans après les faits pour trouver le récit détaillé d'un conflit où les armées helléniques s'opposèrent aux Perses et non à une phalange semblablement équipée.

 

La bataille d'hoplite régie par d'innombrables règles empêchait les communautés agraires naissantes de s'épuiser en des guerres ruineuses tout en assurant aux fermiers le rôle de combattants et donc la mainmise sur le pouvoir politique, ce qui signifiait que les impôts servaient avant tout à soutenir l'agriculture. Si la guerre hoplite paraît absurde (menée en terrain plat plutôt que dans les défilés montagneux) avec des batailles décisives faisant un nombre limité de victimes, le lourd armement de bronze sous le soleil méditerranéen, l'exclusion des très pauvres et des très riches, du moins servait-elle dans un but précis : la préservation et l'expansion de la classe moyenne agricole.

 

Les chercheurs négligent souvent la base rurale de ces guerres, mais la littérature grecque souligne le lien explicite entre les fermes et la guerre, leur interaction constante, l'origine rurale de la guerre hoplite et l'idée révolutionnaire que la guerre sert les citoyens et non le contraire.

 

Les citoyens avaient une vive conscience du sacrifice suprême et ceux qui combattaient et de nombreux monuments rappelaient leurs sacrifices. Une mort glorieuse pour la Patrie effaçait d'un seul coup tous les vices antérieurs.

 

L'un des grands paradoxes tragique de la guerre agraire est que les règles de recrutement qui limitaient le dynamisme inhérent à la stratégie occidentale, reposaient sur l'exclusion arbitraire de la moitié des adultes vivant dans la cité Etat (les pauvres et les étrangers). A partir du Ve siècle siècle quand les petits propriétaires eurent perdu leur prédominance économique et bientôt politique à l'intérieur de la cité Etat, la bataille rangée ne fut plus que l'une des diverses « voies de la guerre » dont l'évolution suivit le développement des sciences, des techniques et du matérialisme.

 

L'émergence de nouvelles puissances militaires : Sparte et Athènes.

 

Dans la guerre athénienne, le matériel et les effectifs comptaient plus que les muscles des hoplites. Le monde grec allait apprendre que la démocratie inconstante et turbulente était meurtrière au combat. La démocratie était un aiguillon et non un frein à l'agression militaire.

 

Sparte pour résoudre ses problèmes d'expansion réduisit en esclavage et annexa les territoires voisins. Des révoltes de ces habitants (les ilotes) étant toujours possible, c'est ce qui explique la nature militariste de Sparte devenue une colonie de combattants d'élites, qui au lieu de cultiver la terre, s’entraînaient sans cesse au sein de la milice d'Etat et déclaraient chaque année une guerre rituelle à leurs vassaux.

 

Au Ve siécle Av JC, les conceptions militaires de Sparte et d'Athènes divergent.

 

Athènes qui disposait de capitaux et d'une mai d’œuvre importante n'hésitait pas à lancer régulièrement des armées à travers toute la Méditerranée et l'Asie.

 

Sparte qui s'appuyait sur l'incomparable professionnalisme de son infanterie hésitait à s’éloigner de la Laconie (région de Sparte).

 

« Si à Sparte la tactique limitée de la phalange hoplite conservatrice dictait la stratégie, c'était l'inverse à Athènes. L'ambition stratégique en Méditerranée exigeait une certaine inventivité tactique. »

 

Chapitre III. Les grandes guerres (490 – 362 av JC).

 

La défense de la Grèce.

 

499-494 av JC. Révolte ionienne des cités grecques d'Asie mineure contre la Perse. Après des succès initiaux, des problèmes logistiques provoquent la défaite des Grecs (sur terre à Milet et sur mer à Lade).

 

En représailles en 491, Darius I prépare un débarquement en Grèce. L'assaut commence avec le siège, la capitulation et la destruction d'Eretrie, puis l'armée Perse débarque à Marathon qui constitue l'endroit le plus favorable. Face aux 20 à 30.000 Perses, les Athéniens alignent 10.000 hoplites et 1.000 soldats de Platée, le tout dirigé par Miltiade et Callimaque.

 

Marathon. Miltiade persuade les Athéniens de prendre l'initiative. Lors de la charge de la phalange, son centre affaibli plie devant les Perses et s'effondre, mais les deux ailes percent les rangs ennemis pour se regrouper derrière, obligeant les Perses à regagner leurs navires. Ils laissent 6400 morts contre 192 Athéniens et quelques soldats de Platée.

Cette bataille démontre la supériorité grecque dans les collisions d'hommes en armure, disciplinés et en formation serrée. Pendant deux siècles aucune phalange grecque ne pourra être vaincue par les troupes Perses.

« Dans cette bataille, deux traditions militaires totalement opposées s'affrontèrent : cavaliers, archers et troupes légères contre infanterie lourde ; hommes enrôlés de force contre milice libre. Chaque fois que les Perses répétèrent l'erreur commise à Marathon, réduisant leur supériorité numérique à néant par le choix d'une bataille dans une petite plaine ou dans un port, l'avantage des Grecs en matière de discipline d'enthousiasme et de technologie s'avéra décisif. »

 

En 480 av JC, Xerxès décide l'invasion terrestre et maritime de la Grèce. Il a rassemblé une armée qui peut compter de 250.000 à 500.000 fantassins et marins.

Les Grecs se mettent d'accord pour bloquer l'armée Perse au niveau du défilé des Thermopyles (15 m de large à l'endroit le plus étroit).

 

Les Thermopyles.

Le premier jour, Léonidas repousse les Perses sur terre et sur mer. Un violent orage détruit 200 navires perses entre la terre et l’île d'Eubée.

Le deuxième jour, Léonidas repousse les Immortels de Xerxès alors que la flotte grecque se renforce.

Le troisième jour, un traître livre le chemin secret d'Anopée qui permet aux Perses de contourner les Thermopyles et d'attaquer Léonidas des deux côtés. Ayant renvoyé ses troupes à l'arrière, il meurt avec 299 spartiates qui se battent autant contre les Perses que pour convaincre les cités du sud de rejoindre l'alliance. En même temps la flotte grecque sous pression doit se retirer du détroit d'Eubée. Le chemin est ouvert pour les Perses. Athènes qui n'a pas de remparts est abandonnée par ses habitants qui se réfugient sur les îles.

 

Salamine. Les forces maritimes grecques se concentrèrent dans l'étroit bras de mer au large de Salamine. Ainsi les Perses ne pouvaient tirer profit de leur avantage numérique (1200 navires contre 368). D'autre part les navires grecs étaient plus robustes. La bataille fut confuse mais les Perses furent contraints de se retirer ayant perdu 200 navires contre moins de 40 pour les Grecs.

 

La nécessité de combattre les Perses sur mer bouleversa non seulement la pratique guerrière des Grecs mais aussi l’équilibre socio-économique de la cité Etat. L'équipement d'un hoplite coûtait 100 jours de travail, celui d'une trière (construction et équipement) plus de 10.000. Ceux qui possédaient assez de terre achetaient leur panoplie et combattaient dans la phalange, les autres participaient à des escarmouches ou au service de la mer. Le rameur était pauvre, ignorant et issu d'une classe inférieure. Il devait compter sur un gouvernement capable de financer une flotte.

 

« Avec la promotion de la marine, une minorité de propriétaires conservateurs ne pouvait plus prétendre au monopole de la défense. Désormais dans toutes les démocraties, la puissance maritime, les fortifications urbaines, les remparts reliant le port à la citadelle et l'emploi des pauvres sur les trières seraient l'essentiel à la survie des gouvernements populaires, qui éliraient à la tête de la cité des non aristocrates. »

 

Après Salamine, Xerxès se retire mais laisse une puissante armée de terre en Grèce sous les ordres de Mardonios. Durant l'été 479 l'armée grecque forte de plus de 60.000 hoplites décide de rencontrer l'armée perse pour la forcer à quitter la Grèce.

 

Platée. Les Grecs sont commandés par le roi de Sparte Pausanias. La cavalerie perse attaque l'aile droite grecque tandis que les Béotiens alliés aux Perses attaquent les Athéniens à l'aile gauche. Après les assauts répétés des archers et de la cavalerie perse, les Spartiates passent à l'offensive. Mardonios tué, l'armée perse se débande. Les pertes sont disproportionnées (1000 Perses contre 1 Grec).

 

La guerre du Péloponnèse.

 

Après Platée, deux phénomènes essentiels expliquent la rupture avec le modèle de combat de la polis.

 

Confirmation de la prééminence des deux cités Etats Sparte et Athènes. En particulier la flotte athénienne prend de l'ampleur. Comme Sparte, Athènes ne voyait pas la nécessité de limiter la guerre à de simples combats frontaliers d'un après-midi.

 

Le succès des forces hoplites lors des guerres médiques avait fait impression sur les Grecs. Donner de l'importance à d'autres groupes que les hoplites revenait à contester la vieille exclusivité agraire.

 

Désormais la stratégie ne passait plus seulement par les guerres frontalières, puisque les tributs exigés, les impôts récoltés et les terres expropriées permettaient d'envoyer des troupes à l'étranger pendant plusieurs semaines.

 

« La guerre du Péloponnèse engendra une nouvelle conception de la guerre, celle de la guerre totale, absolue et juste, où les ressources politiques, scientifiques et matérielles d'une société libre étaient volontairement et légalement consacrées à anéantir la culture ennemie. Avant la guerre du Péloponnèse, les massacres de civils étaient très rares, ils devinrent ensuite monnaie courante, et aucun était ne tuait plus allègrement que l'empire démocrate athénien. »

 

Au début de la guerre, la stratégie de Péricles est la défense passive pour l'Attique (évacuation de la plaine et retranchement dans Athènes fortifiée) et guerre d'usure à l'extérieur (grâce à une flotte qui organise des raids sur les côtes ennemies)

 

431 à 421. Première phase de la guerre qui s'achève pour les deux camps sans victoire ni défaite.

 

A Delion (- 424), les Athéniens sont battus par les Thébains qui innovent tactiquement quand au choix du terrain (en pente), le nombre de rangs de fantassins (renforcement de l'aile droite au détriment du reste), l'usage de la cavalerie pour la première fois en Grèce.

 

421 à 415. Trève de « Nicias ». Les Athéniens poursuivent quelques opérations maritimes dans lesquelles ils utilisent des hoplites. Les spartiates en profitent pour construire et équiper une flotte de guerre.

 

415 à 413. Reprise des opérations militaires avec l'expédition athénienne contre la Sicile et Syracuse. Cette expédition s'achève par un désastre pour Athènes qui perd tout ses navires et près de 40.000 marins tués ou réduits en esclavage. Sparte envahit alors et occupe l'Attique en permanence pour perturber le ravitaillement athénien. Finalement Athènes épuisée moralement, spirituellement et matériellement doit capituler.

 

une armée légendaire.

 

Les leçons de la guerre du Péloponnèse.

- Un coût particulièrement élevé de la guerre.

- Sur le plan tactique, la collision de deux armées était encore un bon moyen d'atteindre l'infanterie ennemie. Par contre des manœuvres apparaissent (utilisation des accidents du terrain, forces de réserve, tentatives d'enveloppement).

- Sur le plan stratégique la férocité croissante de la guerre du Péloponnèse amena les flottes et les armées grecques à un degré de professionnalisme inégalé en Méditerranée.

- Sparte est désormais devenue une puissance navale.

- Les guerres sont désormais gagnées grâce aux ressources matérielles.

- Le lien entre citoyenneté et service militaire est rompu. De nombreuses cités engagent des troupes légères plus mobiles et plus souples et des lanceurs de projectiles. Désormais l'essentiel est de tuer le plus efficacement possible l'ennemi, les problèmes sociaux et culturels passant au second plan.

 

La phalange thébaine domine le monde grec à partir de 371 av JC grâce à des innovations techniques.

- Les colonnes sont de plus en plus profondes (jusqu'à 50 hommes à Leuctres).

- Les piquiers sont retirés de l'avant et laissent place à des boucliers qui ont une force de pénétration plus forte et permettent de briser les rangs ennemis.

- Concentration des forces sur l'aile gauche pour anéantir l'aile droite ennemie et ainsi saper son moral.

- Protection des flancs par des troupes légères et de la cavalerie.

 

Cela permet aux Thébains de vaincre l'armée spartiate à Leuctres (-371) mettant ainsi fin au mythe d’invincibilité de la phalange spartiate. Mais cette hégémonie thébaine va s'affaiblir peu à peu après la mort d'Epanimondas à Mantinée en -362.

 

Chapitre IV. La seconde révolution militaire (362 à 326 av JC)

 

Philippe de Macédoine réinvente l'art de la guerre.

 

« Philippe de Macédoine innove en créant une armée de professionnels, dont les conquêtes et les pillages constants assurent leur entretien. Ces troupes bénéficient d'un entraînement permanent. D'autre part, alors qu'auparavant l'armée était au service de l'Etat pour protéger les institutions, désormais c'est l'Etat qui est au service de l'armée dans le but de lui fournir des hommes et des capitaux afin de satisfaire les ambitions d'expansion de la phalange macédonienne. Désormais elle combat toute l’année. Les généraux ne combattent plus au premier rang, où ils périssaient souvent, mais sont en retrait pour ordonner et coordonner les manœuvres. »

 

« Accompagnée par des forces à cheval et par des lanceurs de projectiles, la phalange macédonienne était à la fois plus souple et plus meurtrière que les colonnes hoplites traditionnelles. Désormais ce qui compte c'est l'avance offensive des lances et non l'attitude défensive avec un bouclier.

 

La guerre comme science.

 

C'est au IVe siècle av J-C que presque toutes les branches de la science militaire occidentale traditionnelle furent réinventées ou créées de toutes pièces.

- Art du siège avec de nouvelles machines.

- Artillerie avec les catapultes.

- Art de la fortification.

- Développement de nouveaux corps de troupes (lanceurs de balles de plomb, archers...), mais aussi développement de la cavalerie.

 

« Alors que l'invention de la bataille décisive du VIIe siècle au Ve siècle av J-C avait entraîné une diminution du nombre de morts et mit un frein éthique à la durée de la guerre, la révolution macédonienne eut l'effet exactement inverse et apprit à l'occident que la bataille décisive n'est pas un apogée mais un instrument efficace dans le cadre d'un effort visant à détruire intégralement l'ennemi. »

 

Chapitre V. Alexandre le Grand. La naissance de la guerre hellénistique (335 – 146 av J-C)

 

La marche sur l'Asie.

 

« A la bataille du Granique (334), Alexandre établit un modèle de bataille qu'il reproduira dans ses principaux succès (Issos 333, Gaugameles 331, Hydaspes 326). Une excellente adaptation à un terrain souvent défavorable, le courage personnel exemplaire (il risque plusieurs fois la mort au combat), des assauts de cavalerie concentrés sur un point de la ligne ennemie, les cavaliers de l'arrière précipitant l'ennemi paniqué sur les lances de la phalange, la poursuite ou la destruction des forces ennemies sur le champ de bataille, reflet d'une volonté d'éliminer et non seulement de vaincre les armées hostiles. »

 

De plus les soldats transportaient eux mêmes leur panoplie et leur ravitaillement qu'ils prenaient sur le pays. Aucune armée avant ou après, ne fut si bien gérée ni indépendant des caravanes de ravitaillement.

 

Les historiens romains présentent Alexandre comme un homme à deux visages, tantôt un nouvel Achille dont l'exubérance et la piété poussèrent l'hellénisme jusqu'à ses limites, tantôt un mégalomane débauché qui massacra tous ceux qui se dressaient sur sa route avant de se tourner contre les amis de son père, dont la loyauté avait permis son ascension.

 

La guerre totale.

 

« La stratégie d'Alexandre consistait non à vaincre l'ennemi, à récupérer ses morts, à ériger un trophée et à régler des querelles, mais à annihiler tous les combattants et à détruire la culture qui avait osé s'opposer à son règne. La pratique révolutionnaire de la poursuite et de la destruction totale de l'ennemi vaincu produisait un nombre de victimes inimaginable quelques décennies auparavant. Ces massacres s'étendaient aussi aux civils, femmes et enfants des villes conquises (en 8 ans, il aurait massacré 200.000 hommes (dont 40.000 Grecs mercenaires), plus de 200.000 femmes et enfants, sans compter tous ceux qui furent réduits en esclavage). »

 

Cette barbarie s'accentua encore lorsqu' Alexandre s'approcha des rives de l'Indus. De nombreuses communautés furent entièrement massacrées.

 

Sa mégalomanie fut aussi une source de malheurs pour ses propres troupes. La traversée du désert de Gedrosie provoqua en 3 mois plus de morts parmi ses soldats que 10 ans de combats contre les Perses.

 

Les exécutions sommaires même parmi ses amis et ses proches furent aussi une manière de gouverner.

 

« Alexandre n'était pas un roi philosophe, ni même un colonisateur ou un administrateur sérieux, et certainement pas l'émissaire bienveillant de l'hellénisme. C'était un adolescent énergique et débrouillard qui avait hérité de son père une armée terrifiante et un encadrement composé de commandants habiles et expérimentés qui surent mener à bien des expéditions meurtrières (…) La carrière d'Alexandre est celle d'un jeune égoïste téméraire, qui put boire, voyager, tuer et combattre selon son bon plaisir jusqu'au jour ou son corps céda (…) L'époque hellénistique commença lorsqu' Alexandre mit fin à la liberté et à l'autonomie politique de la Grèce (…) L'hellénisme d'Alexandre reposait sur une société de rois, d'autocrates et de paysans sans terres, avec l'appui d'une armée de meurtriers féroces (…) La guerre se mit à consommer le capital et les hommes à un degré encore inimaginable quelques décennies auparavant (…) En 13 ans, Alexandre fit tuer plus d'êtres humains qu'il n'en était morts pendant toutes les batailles grecques en un siècle et demi, de Marathon à Chéronée. »

 

Les successeurs d'Alexandre, la montée de Rome et la fin du modèle militaire grec.

 

Après la mort d'Alexandre, ses successeurs emploient des fonds illimités à la guerre et le massacre devient en soi une forme d'art. Les effectifs engagés sont de plus en plus importants. Pour payer la guerre, il est nécessaire de faire de plus en plus de butin. La technique militaire s'améliore, les fortifications et le matériel sont de plus en plus imposants.

 

En général le taux de mortalité sur le champ de bataille augmente entre le VIIe et le IIe siècle avant J-C.

Batailles d'hoplites de 10 à 20% de pertes.

Guerres hellénistiques de 30 à 40% de pertes

Guerres contre Rome de 50 à 80% de pertes (avec beaucoup moins de morts du côté Romain)

 

Les ressources financières proviennent du pillage et de l'énorme butin dérobé dans l'Empire perse, mais aussi de l'introduction générale d'impôts sur la propriété et le revenu et de contributions forcées.

 

Les fermiers disparurent progressivement de la vie politique et ce retrait eut deux conséquences sur les pratiques militaires :

Les guerres pouvaient être plus longues et se produire à n'importe quel moment de l'année puisque les armées étaient composées de salariés.

La réduction en esclavage des peuples conquis et l'usage intensif d’esclaves pour l’agriculture entraînent une urbanisation croissante.

 

Après Alexandre la pratique militaire s'affaiblit sur le plan tactique et stratégique.

Les phalangistes étant des mercenaires, il n'y a plus de traces de solidarité nationale.

Les énormes armées nécessitent un soutien logistique de plus en plus imposant. Mais l'organisation est souvent insuffisante pour répondre à ces besoins.

Avec l'adoption de sarisses de plus en plus longues, la phalange devient de moins en moins maniable.

L’abandon de la cavalerie fait perdre la protection des flancs de la phalange.

 

« Désormais si un rang de piques était détruit par une volée de pila romains, si les romains munis de leurs glaives étaient projetés à l'intérieur de la phalange, ou pire s'ils pénétraient par les flancs non protégés, le désastre était immédiat. »

 

Les Romains comprirent que la faiblesse hellénistique ne se limitait pas à la lourdeur de la phalange, mais s’étendait à l'infrastructure même du gouvernement, du commandement et des finances. Privée de l'idée de Nation fédérée, l'armée hellénistique ne dépendait pour sa survie que de ses réserves monétaires et de sa réputation pour attirer les recrues et il suffisait d'une défaite pour réduire tout cela à néant.

 

Conclusion. L'héritage hellénique.

 

La dimension spatio-temporelle de l'art militaire grec tient au fait que, grâce à son climat, à son terrain, à son relatif isolement par rapport à l'Est de la Méditerranée, la culture spécifique de la polis put survivre et s'épanouir jusqu'au jour où elle put se répandre hors de Grèce. Mais deux révolutions notables marquent l'art militaire grec.

La naissance de l'Etat cité au VIIIe siècle av J-C qui créé l'idée de bataille décisive entre les fantassins.

Son déclin au IVe siècle qui libère ce concept de toute contrainte éthique.

 

« Alors que les citoyens de la polis découvrirent une méthode glorieuse pour sauver des vies et limiter le conflit à une heure de hauts faits entre fantassins, leurs successeurs du monde hellénistique et romain ont cherché à déchaîner toute la puissance de leur culture pour s'anéantir les uns les autres en un instant terrible, instant auquel l'homme du XXe siècle est précisément parvenu. »



09/02/2016
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