Lettre V

V

 

 

Les mots en gras dans les articles font l'objet d'un article particulier.

 

VERDUN (Bataille). En février 1916, le GQG allemand décide de lancer une offensive à Verdun après avoir hésité entre plusieurs secteurs du front dont Belfort. Il a pour objectif d'obtenir un succès à l'Ouest qui représente le front principal ce qui permettrait d'ouvrir des négociations dans un rapport de force favorable. Mais des considérations stratégiques ont présidé au choix de l'objectif :

  • La chute de la place forte de Verdun affaiblira considérablement les capacités défensive des Français.

  • A cet endroit le front marque un saillant pénétrant dans les lignes allemandes. Le réduire permettrait aux Allemands d'atteindre des voies de communications majeures.

  • Le fait que le front fasse un saillant permettra aux artilleurs allemands de le bombarder de deux côtés.

  • Le fait que la Meuse coule Nord – Sud au milieu du dispositif français permet d'isoler les troupes françaises de la rive droite de celles de la rive gauche. La défense et le ravitaillement n'en sont que plus difficiles pour les Français. Par contre les Allemands bénéficient des stocks, des réserves, des dépôts de la Metzstellung.

  • En prenant l'initiative les Allemands espèrent bloquer l'offensive alliée de printemps qui se prépare.

  • Verdun étant un symbole (en 1792, la victoire de Valmy avait permis de libérer Verdun), les Allemands pensent que les Français mettront toute leur énergie à défendre la ville ce qui permettra d'affaiblir plus facilement les Français

Avant de lancer leur offensive, les Allemands accumulent une puissance de feu considérable et Verdun représente alors « le summum (provisoire) d'une sphère technique où l'artillerie joue un rôle majeur. Ils engagent des travaux spectaculaire sur des secteurs du front éloigné (Alsace) afin de détourner l'attention des Services de renseignements français. Malgré cela, l'activité de préparation est telle que l'hypothèse d'une attaque allemande sur le front de la Meuse se fait de plus en plus plausible. Durant l'hiver 1915-1916, ils mettent au point les Stollen, vastes souterrains capables d'accueillir pour les plus vastes une compagnie entière avec ses divers approvisionnements. »

Le GQG Français pour sa part refuse de croire les renseignements qui lui arrivent. Le lieutenant-colonel Driant, député qui a repris du service et qui commande deux bataillons de Chasseurs dans le bois des Caures, use de son privilège de parlementaire pour informer directement ses collègues au grand déplaisir de Joffre. Les avertissements se multiplient en janvier 1916. le général Herr qui commande le secteur de Verdun informe sa hiérarchie des faiblesses du secteur et demande des renforts en hommes et en matériels. Le 26 janvier, le général Chrétien qui commande le 30e CA qualifie son secteur de terrain « à catastrophe ». Joffre qui est totalement absorbé par la préparation de l'offensive franco-anglaise sur la Somme n'écoute pas tout ces avertissements. Ce ne sera que lorsque les signes évidents de la préparation de l'offensive allemande ne sont plus discutables que Joffre se résout à envoyer à Verdun 170 pièces d'artillerie lourde et à placer deux divisions d'infanterie en réserve à proximité du front (37e DI à Souilly et 48e DI à Bar le Duc).

L'offensive allemande débute le 21 février à 8h (heure allemande) par un bombardement très violent (1500 pièces d'artillerie déployée sur un front de 10 km). Il va durer jusqu'à 17h avec une intensité jamais atteinte (1 million d'obus auraient été tirés). L'attaque de l'infanterie commence à ce moment là. La première ligne complètement dévastée est rapidement prise, par contre dans les lignes arrières, très touchées elles aussi, des poches de résistance se forment ralentissant très fortement l'avance.

Du 22 au 24 février, les Allemands progressent partout, mais ne parviennent pas à réellement percer le front français, où des hommes s'accrochent comme ils peuvent au terrain, malgré la perte du fort de Douaumont (25 février). Le lieutenant-colonel Driant est tué au bois des Caures le 22 février. Alors que les autorités locales envisagent un repli, le général Castelnau est le premier à ordonner de tenir coûte que coûte. La Région fortifiée de Verdun est supprimée et le commandement confié au général Pétain qui commande la IIe armée.

Du 26 février au 1er mai la bataille s'étend sur les deux rives puis se stabilise. Dès le début du mois de mars, devant la résistance française, la presse des pays neutres souligne le caractère politique de cette bataille : le vainqueur de l'affrontement bénéficiera dans le monde d'un atout considérable. Le 9 avril, alors que les combats font rage, le général Pétain lance son ordre du jour « Courage on les aura ».

A partir du 1er mai, la bataille commence à changer de nature et devient une guerre d'usure. Après plusieurs jours de combat, les Allemands réussissent à s'emparer du fort de Vaux. Jusqu'au début du mois de juillet par trois les Allemands tentent d’enfoncer la rive droite.

A la fin de l'année, l'initiative passe du côté français. Le général Mangin attaque le 24 octobre sur la rive droite. Après la reprise des forts de Vaux (2 novembre) et de Douaumont (24 octobre) la contre-attaque se déploie méthodiquement et le terrain perdu par les Français depuis le mois de février est pratiquement reconquis à la fin de l'année. C'est en quelque sorte une bataille à somme nulle tant sur le plan stratégique que tactique.

« Au total, plus de 60 millions d'obus ont été tirés dans le secteur. Les engagements successifs qui forment la bataille de Verdun dans son ensemble constituent la poussée paroxysmique des moyens et techniques mis en œuvre par les Français l'année précédente en Champagne. Ils n'ont rien de fondamentale nouveau et la recherche du matraquage des positions ennemies par l'artillerie est devenue depuis les offensives de 1915, la seule méthode jugée possible, applicable, réaliste, par les généraux de part et d'autre pour venir à bout d'un front figé solidement défendu. »

D'un point de vue humain, le bilan est particulièrement effroyable. Près de 600.000 hommes ont été perdu sur un champ de bataille de 160 km² ce qui fait une moyenne de 37,18 pertes par hectares (par comparaison la Somme n'enregistre que 12,31 pertes par hectare).

« La bataille de Verdun consacre ainsi le règne de nombreux paradoxes. Alors que les Allemands veulent en faire une grande victoire de leurs capacités techniques et industrielles, les Français tiennent, au moment du choc initial puis pendant plusieurs semaines avec « les moyens du bord », avant d'avoir la possibilité de répondre aux assauts allemands sur le même registre. La puissance des deux artilleries massée sur un espace somme toute réduit impose bientôt une victoire à la Pyrrhus. Les destructions sont telles qu'elles pénalisent de part et d'autre l'attaquant. Le terrain est tellement bouleversé qu'il favorise la survie de nids de résistance. (…) Les combats sont déstructurés, de petits groupes d'hommes s'accrochent au terrain et s'efforcent de reprendre contact avec d'autres groupes ou les lignes arrière. Durant les phases les plus intenses, le commandement ignore le plus souvent, jusqu'au niveau brigade, où se trouvent exactement les positions amies et il faut parfois plusieurs heures pour obtenir un point précis de la situation. De façon apparemment paradoxale, la terreur suscitée par l'artillerie sur le champ de bataille pousse les défenseurs français à résister, non seulement par patriotisme ou par foi en l'avenir, mais d’abord par un réflexe défensif quasi animal. »

Au niveau des renforts, du côté allemand, ce sont les éléments de la Ve armée qui font combattre durant toute la bataille de Verdun. Les unités sont recomplétées au fur et à mesure des pertes. Du côté français par contre c'est le système du « tourniquet » ou de la « noria » qui est mis en place. Les divisions montent à Verdun à tour de rôle. C'est ainsi que les deux tiers de l'armée française vont combattre à un moment ou a un autre à Verdun. Cette bataille va devenir un élément majeur du patrimoine commun militaire, de très nombreux régiments ayant partagé cette expérience.

L'enjeu de la bataille a été bien perçu par un grand nombre d'Etats alliés ou neutres et les services français multiplient les opérations de communication et de propagande en l'honneur des défenseurs de Verdun. Durant la guerre, 17 nations décernent à la ville leurs plus hautes décorations et, en septembre 1916, l'empereur du Japon fait remettre un sabre d'honneur de samouraï¨au maire de la commune, en hommage symbolique à la résistance de la ville.

 

 

VIZE-FELDWEBEL. Grade dans l'armée allemande qui correspond à Vice adjudant. C'est un grade qui est un compromis entre les grades de sergent-chef et d’adjudant. Au cours de la guerre, par manque de cadres, ils deviennent souvent chef de section à la place des Leutnant

 

 

Date de création : 29 mai 2016

1ere mise à jour : 11 novembre 2016



11/11/2016
0 Poster un commentaire

A découvrir aussi


Inscrivez-vous au blog

Soyez prévenu par email des prochaines mises à jour

Rejoignez les 348 autres membres