Madagascar, championne du monde de la crevette (article)

Madagascar, championne du monde de la crevette.



Publié le 15 février 2015 par Bruno Parmentier sur son site http://s365327531.onlinehome.fr/



Les deux producteurs malgaches de crevettes tropicales sont les meilleurs du monde ! Un palmarès auquel ce pays n’est vraiment pas habitué, tant il est abonné aux dernières places[1] : 151e à l’indice de développement humain, 174° en PIB par habitant, 178° pour la mortalité infantile, 148° pour l’espérance de vie, etc.

 

Certes la production de crevettes malgache ne représente guère que 1 % de la production mondiale, et ne génère « que » 100 millions d’euros par an, mais les crevettes de la société OSO ont été les premières à obtenir le label Agriculture biologique, et celles d’UNIMA les premières à avoir un Label rouge !

 

C’est ce que j’ai constaté en participant à l’émission La quotidienne sur la Chaine de télé France 5 cette semaine.

 

Evidemment la qualité se paye ! Mais, réfléchissons un peu, qu’est-ce qu’on achète exactement quand on achète des crevettes pas chères ?

  • Le pire : on peut acheter carrément de l’esclavage sur les bateaux qui pêchent les poissons qui nourrissent les crevettes, comme le dénoncent nombre d’ONG. Esclavage ? comment est-ce possible au XXIsiècle ? C’est que ces bateaux clandestins, ou fantômes ne vont jamais au port, comme on peut le voir sur l’image suivante : ils restent en permanence en mer et les pauvres travailleurs qui ont accepté d’y monter le payent parfois de leur vie !

 

 

Blanchiement-pèche-esclavage.jpg

 

  • L’assèchement des fonds marins (dans le cas des crevettes pêchées, dites « sauvages ») : il faut bien comprendre que la crevette est petite, il faut donc des filets à maille resserrée pour la pêcher. Et, bien évidemment, ces filets attrapent tout ce qu’il y a dans la mer, surtout quand ils raclent les fonds : on a calculé qu’on rejetait souvent 10 kilos de poissons, tortues et autres pour chaque kilo de crevettes pêchées ! Pour corriger ce désastre, les malgaches ont travaillé avec des organisations comme le sur des dispositifs comme TED (Turtle Excluding Device), pour permettre aux tortues de s’échapper, et BRD (By-catch Reduction Device), pour réduire les captures accessoires de poissons.

 

  • De l’opacité complète sur la filière. Quelle garantie avons-nous que cette crevette dite de l’Equateur en provient vraiment ? Chacun peut comprendre que, vu le nombre d’intermédiaires (voir schéma ci-dessus), si on repère l’usine de transformation, c’est déjà bien ! Et, bien évidemment, notre « police de l’alimentation » ne va pas analyser tous les lots de crevettes qui arrivent en France !

     

  • La destruction de la mangrove tropicale (dans le cas des crevettes élevées) : les gigantesques exploitations de pays comme la Thaïlande abattent en masse cette végétation si nécessaire aux équilibres écologiques, à la biodiversité, et à l’atténuation des tsunamis. Pire, le comportement prédateur de ces gigantesques exploitations les conduit à abandonner les bassins au bout de quelques années, quand ils sont bien pollués, pour aller défricher ailleurs !

     

  • Des doses massives d’antibiotiques et de produits chimiques : lorsqu’on élève 200 crevettes au M(les malgaches se contentent, eux, de 10 animaux au M2!), les maladies guettent, la mer s’acidifie, les déchets stagnent, les animaux stressent, et on tente tant bien que mal de corriger ces dysfonctionnements à grand coup d’ajouts chimiques, lesquels se répandent dans la mer… et restent dans la chair des crevettes que nous mangeons ! Sans compter les agents colorants, ou de conservation.

     

  • Une salinisation des champs et des nappes alentour : pour corriger les différences d’acidité et de salinité, on prélève énormément d’eau douce, laquelle se remplace progressivement par de l’eau salée en ces bords de mer.

     

On voit donc, une fois de plus, que quand on achète un produit, on achète « le monde qui va avec » ! Au fait, vaut-il mieux manger moins de crevettes, mais de Madagascar, qui en plus sont nettement meilleure au goût, et relativement bien « tracées » puisque c’est la même société intégrée qui effectue toutes les opérations, en se soumettant en plus aux contrôles des labels Bios et Label rouge ? Ou plein de crevettes en se bouchant les yeux sur le monde qu’on achète ? Bon appétit !

Et n’oublions pas que d’ici deux ans, on pourra aussi commencer à manger de la crevette tropicale de Roscoff, produite dans des bâtiments à énergie positive sur terre au bord de la mer, avec un contrôle et une traçabilité totale…

 

 

À propos de Bruno Parmentier

Bruno Parmentier : Consultant et conférencier sur les questions d’agriculture, alimentation et faim dans le monde. Administrateur d’ONG et de fondations. J'ai 67 ans et j'ai dirigé de 2002 à 2011 le Groupe ESA (École supérieure d'agriculture d'Angers), numériquement, le plus grand Groupe français d'enseignement supérieur en agriculture, alimentation et développement rural. Ingénieur des mines et économiste, j'avais auparavant consacré l'essentiel de mon activité à la presse et à l'édition. J'ai eu ainsi l'occasion de découvrir à l'âge mûr et depuis un poste d'observation privilégié les enjeux de l'agriculture et de l'alimentation, en France et dans le monde (nous avions 40 nationalités chez les étudiants et 14 chez les profs). Il en est sorti trois livres de synthèse, un sur l'agriculture, sur l'alimentation et sur la faim. Trois livres un peu décalés, qui veulent « sortir le nez du guidon » pour aller aux enjeux essentiels, et volontairement écrits avec des mots simples, non techniques, pour être lisibles par des « honnêtes citoyens ». Ce blog prolonge ces travaux et cette volonté d'échange.



30/11/2016
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