USA : Protectionnisme et Histoire

WASHINGTON ET LA SNCF : ZERO POINTE EN HISTOIRE

 

            « Les alibis protectionnistes américains sont désormais sans limites. Après les faux prétextes hygiénistes ou techniques, voici l'argument mémoriel : une nouvelle loi impose aux entreprises participant à l'appel d'offre pour la construction d'une ligne à grande vitesse en Californie de s'expliquer sur leur rôle dans la déportation des Juifs en Europe. Une seule, bien sûr, est visée : la SNCF, donnée favorite pour ce marché de 36 milliards d'euros.

Outre un beau culot moral pour un pays qui tolérait encore dans les années 50 des quotas de juifs à l'université et les lynchages routiniers de Noirs, cette exigence relève de l'ignorance arrogante. La SNCF est en effet connue pour avoir été l'institution française la plus exemplaire en matière de mémoire. Dès 1992, son président, Jacques Fournier, a consacré un gros budget à un travail de recherche exhaustif confié au CNRS, auquel il a ouvert les archives de la société. Le résultat, un copieux rapport de 1500 pages, publié en 1999 et accessible sur Internet (www.ahicf.com), a débouché sur un colloque public à l'Assemblée nationale, dont les communications couvraient tous les aspects de la SNCF sous l'occupation, de sa collaboration technique avec la Reichsbahn aux convois de déportation, en passant par le bilan du trafic entre la France et l'Allemagne, la vie des 500.000 employés de l'entreprise et le sabotage interne. Un travail qui montrait que la SNCF sous tutelle allemande était, comme toute la société française, traversée par les conflits entre collaborateurs, attentistes et de nombreux cadres et cheminots résistants. Une page d'histoire ancienne à laquelle la SNCF d'aujourd'hui peut difficilement être assimilée. » 

 

Eric Conan in Marianne n° 698 du 4 au 10 septembre 2010.



13/01/2011
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