Coutau-Bégarie. Traité de stratégie. Présentation. (NDL)

TRAITE DE STRATEGIE


Hervé Coutau-Bégarie.


Stratégiste de grand talent, Hervé Coutau-Bégarie, directeur de l'Institut de stratégie et des conflits, professeur à l'école de guerre, est décédé le 24 février 2012.


Son immense traité de stratégie est devenu un ouvrage de référence.


Paris, Economica, 2e édition 1999, 1005 pages.


* * * * * * * * *


Introduction générale. Défense et illustration de l'enseignement de la stratégie.


1. Janus ou les deux faces de la stratégie.


La stratégie est à la fois un art, en tant que pratique du stratège, et une science (au sens très large), en tant que savoir du stratégiste. La terminologie russe distingue, au sein du domaine militaire, la théorie militaire et la pratique militaire. « Chaque secteur, chaque niveau du domaine militaire possède ce double aspect, théorique et pratique. Toute activité pratique est conduite en tenant compte des lois, principes, méthodes et procédés établis par la théorie et, à son tour l'enseignement tiré de la pratique retourne, en boucle, enrichir la théorie. » Il y a un lien constant entre les deux dimensions.


2. Stratégie pure et stratégie appliquée.


« Mais la théorie ne consiste pas en un ensemble de recettes qui seraient utilisables en toutes circonstances. Elle a pour but d'éclairer le jugement, de faciliter la décision. Il appartient ensuite aux chefs d'exploiter au mieux la situation soit en appliquant les enseignements de la science, soit en s'écartant en toute connaissance de cause. »


3. Stratégie méthodique et stratégie sublime.


Le maréchal de Saxe opérait une distinction entre la partie méthodique (obtenue par l'expérience et l'étude) et la partie sublime (réservée à une élite) de l'art de la guerre. Les grands chefs imposent leur volonté, ils prennent l'ascendant stratégique sur leurs adversaires.


4. Le stratège et le stratégiste.


Le stratégiste est celui qui pense. Il doit penser globalement. Il ne fait appel qu'au raisonnement et il travaille dans le calme de son bureau avec la durée pour lui.


Le stratège est celui qui agit. Il doit agir localement, dans l'instant, sur la base d'informations insuffisantes et incertaines. Il est soumis à un stress constant.


La science stratégique n'est qu'une étape préparatoire, au service de l'art stratégique, mais elle est nécessaire. «L'on ne devient grand capitaine qu'avec la passion des études et une longue expérience » (Archiduc Charles d'Autriche).


« Qui peut agit ; qui ne peut pas enseigne ; et qui n'a rien à enseigner se consacre à la méthodologie. »


5. La tradition stratégique française.


Très influente au XIXe siècle avec :

Pour la terre Feuquière, Puységur, Folard, Joly de Maizeroy, Guibert.

Pour la marine Hoste, Bigot de Morogues, Grenier.


Elle l'est beaucoup moins aujourd'hui malgré les généraux Beaufre, Gallois, Poirier.


Actuellement une dissociation tend à s'établir entre la pensée et l'action. De plus la liberté d'expression qui régnait au XIXe siècle n'existe plus aujourd'hui.


6. Objet de réflexion.


« L'objectif est d'informer sur des théories à « moyenne portée » intermédiaires entre les hypothèses mineures qui jaillissent chaque jour à foison dans le travail quotidien de la recherche et les larges spéculations qui partent d'un large schéma conceptuel.


7. But du traité.


Une présentation aussi systématique que possible des concepts et des problèmes fondamentaux de la stratégie.


8. Domaine du traité.


Ce traité ne s'intéresse qu'à la stratégie dans son sens fort qui prend simultanément en compte les données politiques et militaires.


9. Plan du traité.


Cet ouvrage est divisé en 3 parties.


- La stratégie générale s'appliquant quel que soit le milieu.


- Les stratégies particulières, maritimes et aériennes.


- Définition et étude de la géostratégie (validité et limites).


Livre Premier. Stratégie générale.


Introduction.


10. La guerre comme matrice de l'histoire.


« Au commencement était la guerre, source de toutes choses » (Héraclite). La guerre peut être considérée comme universelle.


11. La guerre comme compétence légitime de l'Etat.


La guerre est dans toutes les sociétés évoluées une compétence légitime et courante de l'Etat. Les juristes occidentaux distinguent à la fois le jus in bello (droit de la guerre) et le jus ad bellum (droit à la guerre).


Le droit essayant de limiter les effets de la guerre, on assiste à une évolution contraire. Le jus ad bellum tend à consacrer le droit presque illimité des Etats à faire ma guerre tandis que le jus in bello essaye de limiter les effets de la guerre à l'égard des populations civiles.


12. La mutation contemporaine de la guerre.


L'époque contemporaine va connaître une évolution radicalement inverse : la guerre va perdre progressivement sa légitimité alors que ses effets vont devenir de plus en plus dévastateurs et universels.


- Industrialisation de la guerre (perfectionnement des armes et des moyens de transport).


- Avènement des guerres nationales qui accentuent le caractère acharné des combats.


- Développement de la propagande et de l'emprise du pouvoir sur la société.


13. La sécurité par le désarmement.


Avec la naissance de la SDN, la sécurité collective s'identifie en partie au désarmement qui cesse d'être une utopie pour devenir une stratégie. Les exigences de la défense sont reléguées au second plan. Mais l'édifice est fragile car reposant essentiellement sur la force morale de l'opinion publique.


14. La sécurité par la défense.


Le mot défense commence à se vulgariser dans le discours stratégique seulement après la Première guerre mondiale. Cette vulgarisation à une triple signification.


- Conséquence logique de l'évolution qui critique le droit des Etats à faire la guerre. Désormais les politiques de bien être (se défendre) ont pris le pas sur les politiques de puissance et le problème fondamental n'est plus celui de l'extension de l'espace mais de son organisation.


- La Défense a une portée qui dépasse la seule dimension militaire. La défense est contemporaine de la guerre totale.


- La Défense a une signification organique. Auparavant il y avait deux départements séparés avec deux stratégies distinctes (la Guerre et la Marine). Désormais il y a intégration de toutes les composantes dans une seule stratégie (terre, air, mer).


Aujourd'hui la sécurité est considérée comme indissociable de la Défense alors que ces deux notions ont leur logique différente.

La Défense est fondamentalement militaire. Elle repose sur des facteurs objectifs.

La sécurité touche tous les secteurs de la vie sociale, elle repose sur des facteurs plus subjectifs.


Il en résulte une différence de nature entre les systèmes de défense collective qui présupposent toujours un ennemi commun, au moins potentiel et les systèmes de sécurité collective qui présupposent une alliance automatique contre l'agresseur, quel qu'il soit (avec la difficulté de distinguer l'agresseur de la victime et l'incapacité des membres à se mettre d'accord sur les sanctions).


15. La sécurité sans défense ?


Un discours alternatif développe la notion de sécurité globale (Peace research). Les menaces militaires classiques (couple ami/ennemi) sont dévalorisées au profit des véritables menaces qui pèsent sur l'humanité (sous développement, surpopulation, dégradation de l'environnement). Ces menaces appellent non pas un affrontement, mais une coopération entre Etats.


16. Le spectre de la stratégie.


La stratégie constitue un ensemble trop complexe pour qu'il soit possible d'intégrer toutes ses facettes dans une seule définition. Il faut donc le décomposer pour analyser successivement chacune d'entre elle.


- Concept : évolution en tant que mot renvoyant à une idée.


- Catégorie du conflit : Situer sa place entre la politique et les catégories subordonnées.


- Science : Suivre l'histoire de la pensée stratégique.


- Méthode : Extraire les enseignements permanents quand à la démarche à suivre.


- Art : Pour apprécier ce que peut être la pratique stratégique.


- Système : Pour rendre compte de la globalisation de la stratégie à l'époque contemporaine.


Chapitre I. La stratégie en tant que concept (17-43)


Chapitre II. La stratégie en tant que catégorie du conflit (44-60)


Chapitre III. La stratégie en tant que science (61-126)


Chapitre IV. La stratégie en tant que méthode (127-176)


Chapitre V. La stratégie en tant qu'art (177-207)


Chapitre VI. La stratégie en tant que système (208-247)


Livre II. Stratégies particulières.


Introduction.


248. Identification des stratégies particulières.


La stratégie théorique devrait recevoir 3 applications :

- stratégie terrestre.

- stratégie maritime.

- stratégie aérienne, à laquelle certains associent la dimension spatiale.


Les analystes américains ajoutent la dimension électromagnétique.


L'infirmation n'est pas une fin en soi, mais un moyen. Elle n'a de sens que si elle est mise au service d'une manœuvre globale.


La terre étant un habitat naturel de l'homme, c'est à partir d'elle qu'a été conçue la stratégie générale. Les stratégies particulières sont donc la stratégie maritime et la stratégie navale.


249. Nature des stratégies particulières.


La stratégie maritime et la stratégie aérienne se déploient dans des milieux qui n'ont d'intérêt que dans leur rapport avec la terre. Ils posent un problème central semblable : celui de l'articulation entre l'acquisition (offensive) et la conservation (défensive) de la maîtrise de leur milieu, d'une part, et son exploitation contre la terre dans le cadre d'une stratégie générale parfois perçue comme une servitude d'autre part.


Sur mer, la maîtrise que l'on exerce n'a de valeur que si elle permet de contrôler la fonction centrale de l'élément marin qui est d'être une voie de communication (dimension économique).


Dans les airs, la dimension militaire se double d'une dimension économique (bombardement des infrastructures économiques), mais aussi d'une dimension sociale (attaque d'objectifs civils). La guerre aérienne autorise des dévastations que le droit des gens n'admet plus dans la guerre terrestre.


250. Rapports des stratégies particulières avec la stratégie générale.


Il existe une parenté entre stratégie maritime et stratégie aérienne. La plupart des concepts fondateurs de la pensée stratégique aérienne ont été directement empruntés à la stratégie maritime.


Pour ces deux stratégies, les principes de la guerre se trouvent modifiés dans leurs modalités d'application sans pour autant être invalidés.


251. Autonomie des stratégies particulières.


Les arguments en faveur d'une conception unitaire ne sont pas dénués de validité théorique mais on ne peut pas pour autant occulter les différences considérables entre les diverses stratégies. S'il existe une stratégie fondamentale, celle-ci doit s'adapter à des milieux différents qui lui imposent des modalités diverses, parfois contradictoires.


Chapitre VII. La stratégie maritime théorique (252-284)


Chapitre VIII. La stratégie maritime classique (285-305)


Chapitre IX. La stratégie maritime contemporaine (306-317)


Chapitre X. La pensée stratégique aérienne (318-340)


Chapitre XI. Les missions aériennes (341-362).


Livre III. Géostratégie.


363. Le retour de la géopolitique.


« Les disputes territoriales sont le ressort le plus puissant de l'histoire interétatique ; les considérations économiques et commerciales ne les supplantent véritablement qu'à l'époque contemporaine, après la Seconde Guerre Mondiale, sans jamais les faire disparaître. »


Les bouleversements introduits par l'arme nucléaire avaient fait sombrer la géopolitique dans une certaine léthargie jusqu'à son réveil dans les années 1970 en particulier grâce à deux grandes revues.

Political Geography Quaterly fondée en 1975 en Grande Bretagne par Peter Taylor.

Hérodote fondée en 1976 en France par Yves Lacoste.


« Ils ont puissamment contribué à laver la géopolitique de sa souillure originelle. Aujourd'hui il est acquis que la géopolitique n'a pas seulement pour objet l'extension de l'espace mais d'abord son organisation et que les excès de la Géopolitik ne condamnent pas la géopolitique en tant que telle. »


364. Le développement de la géostratégie.


« Cette réhabilitation de la géopolitique s'accompagne de la déclinaison d'un certain nombre de dérivées. »


    géohistoire (Fernand Braudel et Jaime Vicens).

    géoéconomie (Edward Luttwak, mais beaucoup critiqué)

géosociologie (Jean-Paul Charnay, mais échec de ce concept qui n'est utilisé que par son auteur)

géomercatique (traitement des clients potentiels par zones géographiques).


géostratégie.


« Ce développement témoigne de la redécouverte d'une dimension stratégique et même purement militaire qui avait jusque là été « gommée » au profit de rivalités économiques et des stratégies dissuasives ou indirectes (…..) Si la plupart des conflits du tiers monde ont revêtu des formes « non conventionnelles (guérilla), il y a eu aussi de véritables guerres. »


Chapitre XII. Le mot et la chose (365-386)


Chapitre XIII. Les facteurs de la géostratégie (387-420)


Chapitre XIV. Géostratégie aérienne (446-451).


Chapitre XV. Géostratégie aérienne (446-451)


Chapitre XVI. Géostratégie spatiale (452-464)





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