Prior (Robin, Wilson (Trevor). Atlas de la Première guerre mondiale.

LA PREMIERE GUERRE MONDIALE

1914-1918

 

Robin Prior, Trevor Wilson.

 

Edts Autrement, Atlas des guerres 2001 (1999), 223 pages.

 

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Introduction.

 

« La guerre éclate parce que les hommes dans leur grande majorité sont prêts à considérer, du moins en certaines circonstances, que le recours aux armes est une démarche légitime. Ce peut être le désir d’enrichir sa communauté et d’exalter son amour propre par des actes d’agression à l’égard de ses voisins (…) La guerre est dans la nature humaine. »

 

Les raisons et les causes des tensions.

 

- La France depuis 1871 vit dans une atmosphère de rancune face à l’Allemagne et d’inquiétude face à sa croissance démographique et économique.

 

- Une instabilité politique en Europe méridionale et orientale. En particulier l’Autriche-Hongrie voit son fondement multi ethnique remis en cause par le développement des nationalismes. Le parti pris de la Russie en faveur des nouveaux Etats balkaniques augmentait les causes de tensions.

 

- L’Angleterre voit avec inquiétude l’émergence d’un Etat trop puissant capable de s’imposer aux peuples d’Europe centrale et orientale et de la concurrence dans le domaine maritime.

 

Mais parallèlement des forces œuvraient contre la guerre :

 

- Instabilité intérieure de certains régimes.

 

  • Expériences militaires pour d’autres régimes.

 

- Menace constituée par une énorme accumulation d’armements.

 

- Les fortes aspirations à un consensus international incarné par les idéaux libéraux, les mouvements socialistes et l’interdépendance croissante des économies industrielles.

 

« Il est clair, cependant, qu’une puissance adopta pour ne plus la quitter une ligne de conduite dont la conséquence la plus probable était un conflit européen (…). Un regard sur l’explosion de juillet 1914 montre que tous les chemins menaient alors à Berlin (…) C’est l’attitude de Berlin qui poussa Vienne à adresser à Belgrade un ultimatum inacceptable, conçu non comme une mesure diplomatique mais comme un prélude à l’invasion. »

 

« Pour les détenteurs du pouvoir réel en Allemagne (l’aristocratie prussienne et l’élite militaire) ce plongeon dans la guerre à l’Est comme à l’Ouest, quels qu’en fussent les dangers, était exaltant. Les possibilités offertes par l’expansionnisme allemand semblaient illimitées (et pratiquement sans risques).

 

« En résumé, on peut attribuer le déclenchement d’un grand conflit à l’accumulation complexe d’événements situés dans le passé. On peut de même, l’attribuer à des facteurs d’une simplicité dramatique : un petit groupe d’hommes aux commandes d’un pays assurés de l’obéissance du peuple, prompt à viser des objectifs ambitieux et prometteurs, et assez peu scrupuleux pour ne pas tenir compte, en cas d’échec des conséquences effroyables. Tel fut le cas en 19143 »

 

Chapitre I. 1914.

 

Les plans de guerre.

 

Chaque puissance a élaboré de vastes plans militaires qui visent à assurer une prompte victoire sur l’un, au moins, des principaux adversaires.

 

Le plan militaire allemand (plan Schlieffen) prévoit une concentration des efforts à l’Ouest pour vaincre la France avant de se retourner contre la Russie. La pression doit reposer sur l’aile droite visant, au départ, la Belgique, puis un vaste déploiement vers Paris et le Sud. Cela permettrait de tourner le système défensif français construit sur la frontière franco-allemande. Les forces allemandes ne doivent pas s’arrêter à Paris, mais infléchir leur marche vers l’Est pour refouler les forces françaises vers la frontière où doit les attendre l’étau des armées allemandes postées plus au Sud.

 

Le plan français (plan 17) est moins ambitieux. Il prévoit lui aussi l’offensive. Les armées du Centre devront marcher sur l’Alsace et la Lorraine et repousser les Allemands jusqu’au Rhin, puis par une conversion par le Nord, de couper les lignes de communication de l’ennemi en arrivant par le Sud de la Belgique. Joffre n’exclut pas totalement une contre attaque allemande sur sa gauche, mais il sous estime l’ampleur du mouvement prévu. Il ne réalise pas l’ampleur du mouvement prévu. Il ne réalise pas que les Allemands vont lancer immédiatement dans la bataille leurs divisions d’active et de réserve, disposant ainsi d’une masse très supérieure à la masse française.

 

La Russie prévoit de lancer un grand coup contre l’Allemagne tant que celle-ci est occupée à l’Ouest ou encore de profiter de sa position défensive à l’Est pour se porter contre l’Autriche-Hongrie plus vulnérable. Mais la sagesse conseille d’éviter une double offensive. Le Haut commandement tsariste incapable de trancher opte pour deux offensives massives, en Prusse Orientale, au Nord, et en Galicie, avec une percée dans la plaine de Hongrie au Sud.

 

L’Autriche-Hongrie prévoit elle aussi une double offensive. Contre Belgrade après avoir franchi le Danube pour mettre l’armée serbe en déroute, en Pologne du Sud pour aller à la rencontre des armées russes.

 

L’Angleterre avec son armée de métier est incapable de faire campagne seule contre aucune des grandes armées du continent. Par contre sur mer sa flotte devra bloquer la flotte allemande dans ses ports.

 

La mise en œuvre des plans.

 

L’offensive autrichienne contre la Serbie échoue pratiquement dès le début. Sur le front des Carpathes, une contre-offensive russe fait échouer l’attaque autrichienne. Dans les premières semaines de la guerre, l’Autriche perd environ un tiers de ses troupes au combat.

 

L’offensive russe contre l’Allemagne est elle aussi un cuisant échec.

- Défaite de Tannenberg le 26 août pour la IIe Armée.

- Défaite de Gumbinnen pour la Iere Armée.

 

En France le plan 17 est lui aussi un coûteux échec (350.000 hommes perdus en deux semaines).

 

En Allemagne le plan Schlieffen « se déroule avec une terrible efficacité. Dès le 23 août, l’aile gauche française effectue sa retraite, mais le front français n’est pas disloqué et constitue une ligne ininterrompue. En réalité le plan Schlieffen n’est pas viable. Il a en effet négligé les questions de logistiques et de transport qui seules, bien étudiées, auraient permis d’assurer les chances de succès de ce plan audacieux (…) De plus, les distances énormes parcourues par les armées de l’aile droite allemande minent la résistance des soldats et perturbent gravement le ravitaillement. Ainsi même si les 1ere et 2e armées allemandes avaient réussi à encercler Paris et à remporter une victoire sur la Marne, il est peu probable qu’elles auraient été en état de repartir sur le champ vers l’Est pour y défaire les troupes de Joffre. De plus le plan Schlieffen misait sur une immobilisation des troupes françaises massées à la frontière. La 6e armée de Joffre, nouvellement formée attaque l’ennemi par le flanc, le forçant à se déporter vers Paris. A ce moment les troupes françaises alors en repli, contre attaquent la 2e armée allemande ouvrant une brèche importante entre les 1ere et 2e armée allemandes. Soutenues par le BEF, les forces françaises s’y engouffrent. Pour sauver son aile droite le haut commandement allemand doit ordonner la retraite. »

 

La guerre de position s’installe.

 

La victoire de la Marne n’est décisive que sur un point. Elle anhile l’espoir d’une victoire éclair à l’Ouest. Les Allemands se replient sur l’Aisne et se fortifient en creusant des tranchées. Ils concentrent un impressionnant arsenal défensif.

 

Dès la fin de septembre 1914, l’ensemble du front occidental est stabilisé depuis l’Aisne jusqu’au Sud de la frontière suisse. Seules des attaques vers le Nord, pour contourner le flanc de l’ennemi sont possibles, déclenchant ainsi « la course à la mer », jusqu’au blocage complet du front.

 

La guerre de position dure.

 

Malgré d’éclatants succès à l’Est, Falkenhaym qui a remplacé Von Moltke, reste persuadé que la victoire sera acquise à l’Ouest. Les espaces immenses de l’Est lui paraissent manquer d’objectifs accessibles.

 

Pour briser l’alliance franco-anglaise et empêcher l’arrivée des renforts anglais, les Allemands lancent à la fin du mois d’octobre 1914, une furieuse offensive (1ere bataille d’Ypres du 30 octobre au 24 novembre 1914) contre la Belgique dans le but de prendre Dunkerque et Calais. Mais c’et un échec sanglant.

 

Parallèlement, Joffre lance des offensives en Champagne et dans les Vosges. C’est aussi un échec.

 

Chapitre II. 1915.

 

Les limites du choix.

 

Au début de l’année deux seules solutions semblent envisageables :

- L’arrêt de la guerre.

- L’arrêt des assauts et le retranchement des combattants sur des positions défensives.

Ces deux solutions sont rejetées par l’ensemble des belligérants pour des raisons de politique intérieure.

 

Le dilemme de Falkenhaym.

 

Malgré ses hésitations, Falkenhaym sous la pression d’Hindenburg et des Autrichiens est obligé d’adopter une position défensive à l’Ouest et de mener une offensive à l’Est (en fait deux, une en Mazurie et une dans les Carpathes). Les Russes pour leur part hésitent aussi sur la stratégie à adopter.

 

Le front oriental.

 

La guerre est différente aussi bien en terme d’effectifs que de matériels. Sur le front Oriental, un mètre de front est tenu par 30% d’effectifs et de matériels de moins que sur le front occidental. En conséquence la guerre des tranchées ne s’imposera jamais sur le front russe. De même à l’Est la qualité des moyens de transport pose d’énormes problèmes logistiques (en particulier pour les déplacements latéraux).

 

La guerre de mouvement multiplie les engagements mais en raison des distances considérables et des problèmes de communication, ces actions aboutissent souvent à d’aussi piètres résultats que sur le front de l’Ouest, et cela malgré la très nette supériorité de l’armée allemande sur l’armée russe.

 

Par contre la qualité et l’équipement de l’armée russe sont à peu près équivalents à ceux de l’armée austro-hongroise.

 

L’Allemagne frappe à l’Est.

 

23 janvier 1915. Début de la campagne des Carpathes dirigée par les Autrichiens. Les conditions climatiques et le relief causent l’échec de cette offensive. Avec la chute de la forteresse de Przemysl, l’armée autrichienne n’est plus en mesure de mener une offensive indépendante (plus de 500.000 hommes de perdus, 2.000.000 depuis le début de la guerre).

 

L’offensive allemande menée plus au Nord, malgré la résistance russe à l’aile droite permet une progression de 150 km pour des pertes inférieures à celles des Russes. Mais échec d’une tentative d’encerclement qui prive les Allemands d’une grande victoire stratégique.

 

L’arrivée du général Mackensen et de 8 divisions permet aux austro-allemands de lancer une nouvelle offensive le 2 mai 1915. En deux semaines la progression est de 160 km. Le 3 juin Przemysl est reprise. Les Russes effectuent une retraite générale de Galicie.

 

Le 5 août 1915 Varsovie est prise, puis Brest-Litovsk (Pologne russe). L’avance allemande est désormais de 500 km. Mais la logistique ne suit pas, les troupes s’épuisent, le matériel s’use alors que les positions russes s’améliorent (elles se rapprochent de leurs propres bases logistiques). Le front se stabilise peu à peu. Au total les Russes ont perdu 850.000 prisonniers, 1.000.000 de tués ou de blessés et 3000 canons.

 

L’Italie entre en guerre.

 

23 mai 1915. L’Italie déclare la guerre aux puissances centrales. Mais elle est très mal équipée pour entrer guerre (manque d’artillerie moderne et de mitrailleuses) et les Autrichiens sont installés en position défensive sur les hauteurs. Les 3 offensives italiennes (juin, juillet, octobre) sont des échecs.

 

L’écrasement de la Serbie.

 

7 octobre 1915. Début d’une offensive austro allemande contre la Serbie aidée par les Bulgares qui attaquent à revers. Malgré leur résistance, les Serbes doivent se replier vers l’Adriatique à travers les montagnes albanaises. Elles sont recueillies et évacuées par les forces de l’Entente.

 

Parallèlement pour soutenir les Serbes, les Alliés débarquent à Salonique le 5 octobre 1915. Mais les Bulgares occupent les montagnes les premiers bloquant toute offensive vers le Nord. Après le départ des Anglais, le corps expéditionnaire français reste sur place, mais inefficace. « Le plus grand camp d’internement du monde » (Falkenhaym).

 

La décision franco-anglaise.

 

Les grandes offensives françaises sur le front occidental vont tenir l’Allemagne en alerte tout au long de l’année et nécessiter l’intervention de forces armées considérables.

 

Le choix des objectifs sera déterminé par les réalités objectives de la situation mais aussi par les réactions qu’ils suscitent auprès des chefs politiques et militaires des nations, notamment du haut commandement français.

 

Joffre et ses adjoints développent une stratégie qui a pour but de refouler les Allemands par des actions massives.

 

En Angleterre, Lloyd George et W Churchill préconisent d’étendre les combats à d’autres théâtres d’opérations (Balkans, Moyen-Orient) pour éviter de se heurter à la puissance du système défensif allemand. Ils s’insurgent également contre la transmission au commandement français de la liberté d’action britannique.

 

Ces propositions ne sont pas justifiées car, si la perspective de poursuivre la guerre en France et dans les Flandres est des plus désagréables, c’est là seulement que l’Angleterre peut espérer atteindre son objectif primordial : préserver l’Europe occidentale de l’hégémonie allemande et libérer les territoires occupés. De plus en 1915, la Grande Bretagne n’a ni le nombre de soldats mobilisables, ni l’armement nécessaire pour conduire seul une campagne d’envergure.

 

Les offensives sur le front occidental.

 

Mais Joffre n’a pas encore de stratégie pour résoudre le problème : comment déloger un adversaire solidement retranché et disposant de tous les avantages de l’armement défensif ? Ses campagnes présentent deus aspects essentiels.

- Des efforts inouïs pour enfoncer le front ennemi.

- L’échec à chacune de ces tentatives.

 

10 mars 1915. Offensive anglaise sur Neuve Chapelle avec un succès relatif. Le manque de soutien de l’artillerie oblige à stopper l’offensive.

 

22 avril 1915. Offensive allemande à Ypres avec utilisation de gaz pour la première fois.

 

9 mai 1915. Début des bombardements pour une offensive en Artois (entre la crête de Vimy et Arras sur 30 km de front). Après un succès initial, échec (perte de 100.000 Français contre 60.000 Allemands).

 

25 septembre 1915. Offensive alliée à la fois en Artois et en Champagne. En Champagne les Français buttent sur la deuxième ligne de défense, alors que c’est un échec total en Artois (mauvaise préparation d’artillerie). Les pertes alliées se chiffrent à presque 200.000 hommes contre 85.000 du côté allemand pour une prise de 15 à 20 km de lignes sur une profondeur de 2 km.

 

Maigre bilan.

 

1915 a procuré de considérables succès aux puissances centrales et de constants déboires à leurs adversaires. Mais l’Allemagne n’a atteint aucun de ses objectifs majeurs. Ses grandes offensives ont eu pour but non d’abattre ses principaux adversaires, la France et l’Angleterre, mais de soutenir son alliée défaillante, l’Autriche-Hongrie contre les Russes et les Serbes. A la fin de 1915, l’Allemagne se retrouve confrontée au même défi : la mobilisation et la production industrielle croissante en France et surtout en Grande Bretagne qui conserve la maîtrise des mers et peut commercer avec les neutres.

 

Chapitre III. Théâtres d’opérations périphériques.

 

Intervention dans le Pacifique.

 

L’Australie et la Nouvelle Zélande capturent les colonies allemandes : Samoa, Nouvelle Guinée allemande, archipel Bismarck.

 

En Chine, malgré l’opposition britannique, les Japonais en guerre depuis le 23 août 1914 s’emparent des îles Marshall, Carolines et Mariannes. Le 7 novembre 1914, ils s’emparent en Chine de la base navale allemande de Ts’ing-Tao (6000 Japonais tués contre 700 Allemands).

 

La guerre en Afrique.

 

En Afrique du Sud, après avoir maté une rébellion d’Afrikaners pro allemands, les troupes sud africaines se lancent à la conquête de l’Afrique du Sud allemande (Namibie) qui est rapidement conquise. Elle est attribuée à l’Afrique du Sud le 9 juillet 1915.

 

En Afrique occidentale après une rapide conquête du Togo, le Cameroun dirigé par le colonel Zimmermann résiste plus de 18 mois. En février 1916, il fait interner ses troupes en territoire espagnol.

 

En Afrique orientale, les Anglais vont devoir lutter toute la guerre contre le général Paul Von Lettow-Vorbeck qui a abandonné la guerre traditionnelle pour la guérilla (avec une utilisation importante des troupes indigènes). Il ne se rendra que le 25 novembre 1918.

 

Gallipoli.

 

A première vue, aucun mobile essentiel ne justifie une intervention massive de l’Angleterre contre la Turquie. La première opération militaire importante contre les Turcs aura pour but de renouer les relations commerciales avec la Russie par la mer Noire, tout en éliminant la Turquie du conflit.

 

Winston Churchill est persuadé que l’usage d’une force exclusivement navale peut changer le cours de la guerre. Son plan prévoit de forcer le détroit des Dardanelles avec une flotte de vieux bâtiments qui feront route vers Constantinople poussant la Turquie à la capitulation. Les Etats neutres des Balkans, impressionnés, devraient se rallier et appuyer une vaste offensive par la vallée du Danube pour menacer l’Autriche-Hongrie et l’Allemagne par le Sud-Est.

 

L’échec de l’opération navale le 18 mars 1915 impose la mise en place d’une opération terrestre pour supprimer les forts et permettre à la flotte de forcer le passage.

 

L’opération terrestre se déroule le 25 avril 1915 sur deux fronts.

 

- Au cap Helles débarquement britannique avec un autre débarquement plus au Nord effectué par les ANZAC pour bloquer les renforts Turcs.

 

- Une diversion française près de Kum Kale.

 

Les deux débarquements sont des échecs. Les troupes mettent pied à terre mais sont bloquées dans leur avance (en particulier les ANZAC à cause d’erreurs d’orientation et de cartes inadaptées). Dans les semaines suivantes, toutes les offensives alliées échouent et le front se transforme en guerre des tranchées. A partir du 19 décembre 1915 les alliés commencent à évacuer les Dardanelles.

 

« On a souvent considéré l’affaire de Gallipoli comme la grande occasion manquée de la guerre. Rien ne vient justifier cette opinion. Les troupes débarquées à Gallipoli n’ont jamais eu la moindre possibilité d’atteindre leurs objectifs, et si, même elles avaient envahi la péninsule et détruit les forts turcs, on imagine mal que quelques navires de guerre se dirigeant vers Constantinople aient pu effrayer les Turcs au point de les faire capituler. La présence de la Turquie dans cette guerre n’eut d’ailleurs aucune influence réelle sur le conflit qui se déroulait en Europe. »

 

La Mésopotamie et la Palestine.

 

Après les succès initiaux de 1914 en Mésopotamie, les opérations les 3 années suivantes se limitent à progresser le long du Tigre et de l’Euphrate pour empêcher les contre attaques turques (septembre 1915 prise de Kut).

 

Mais la deuxième phase est un échec. Les forces anglaises rencontrent les forces turques réorganisées par les Allemands. Elles sont refoulées sur Kut où elles sont assiégées. Les Anglais se rendent le 29 avril 1916 avec 13500 hommes.

 

Une troisième phase débute avec l’arrivée en renfort de 3 divisions et une lente reconquête étape par étape. Kut est repris le 24 février 1917, Bagdad est prise deux semaines plus tard.

 

Bilan.

 

« Si la prise des colonies africaines allemandes fut peu coûteuse et donc se justifiait, il n’en va pas de même pour les autres campagnes. Les opérations contre la Turquie coûtèrent plus de 250.000 hommes aux alliés qui auraient pu être mieux utilisés en 1918 lors des offensives allemandes. D’autre part, les Alliés durent mobiliser des munitions et des navires. Or le facteur munition fut capital en 1915 et 1916, tout comme celui des navires quand l’Allemagne déclencha sa campagne de guerre sous-marine tous azimuts en 1917. Enfin la plupart des entreprises se révélèrent foncièrement injustifiées. De plus la Grande Bretagne fit aux Arabes et aux partisans du sionisme des promesses contradictoires, qui devaient à long terme avoir des conséquences néfastes.

 

Chapitre IV. 1916.

 

L’Allemagne face à l’Occident.

 

L’engagement sur deux fronts demeure la principale difficulté de l’Allemagne. L’Autriche-Hongrie reste dans une situation précaire. Après ses défaites, la Russie ne représente plus une menace sérieuse pour longtemps. Falkenhaym voit l’occasion de mener une offensive contre la France et l’Angleterre. Pour vaincre les défenses de plus en plus organisées et puissantes, il envisage de concentrer d’énormes quantités d’obus sur un secteur de front limité. Il porte son choix sur l’armée française, qu’il pense très affaiblie, dans le secteur de Verdun.

 

L’Entente fait ses choix.

 

Si l’Allemagne est suffisamment puissante pour imposer sa stratégie à ses alliés, du côté de l’Entente, une consultation doit entériner le choix. Mais en 1916, il y a unanimité pour s’accorder sur une offensive simultanée. Ce choix empêchera l’Allemagne d’utiliser sa position centrale pour envoyer ses troupes successivement sur un front puis sur l’autre.

Les Français et les Anglais doivent attaquer côte à côte au centre du front occidental.

La Russie doit attaquer les Allemands au Nord et les Austro-hongrois au Sud-Ouest.

Les Italiens doivent attaquer sur l’Isonzo.

 

D’un côté comme de l’autre, les plans reposent sur la quantité d’obus disponible pour détruire les défenses adverses.

 

L’approvisionnement des armées.

 

Avec la guerre des tranchées, les armements sont inadaptés (manque de canons lourds et d’obus explosifs).

 

L’Allemagne est la mieux placée pour réagir avec une industrie en plein essor (38 canons mensuels en 1915, 330 canons mensuels à l’automne 1916). Au début de 1917, c’est elle qui possède l’artillerie la plus puissante et la mieux approvisionnée.

 

La France est plus handicapée par la mobilisation de ses ouvriers (juin 1915, la loi Dalbiez libère 500.000 ouvriers du front) mais surtout par l’occupation par l’Allemagne de zones industrielles importantes (Nord et Lorraine).

 

La Russie est le maillon faible de l’Entente au niveau industriel. Elle commence pourtant à produire en masse à partir de 1916.

 

La Grande Bretagne elle aussi réagit à sa pénurie d’artillerie et sa production passe de 90 canons par an à 3200 par an en 1916 (essentiellement de l’artillerie lourde). Pour compenser leur faiblesse, dès 1914, les Anglais passent commande aux Américains d’artillerie et d’obus.

 

Verdun.

 

Les Allemands sont prêts avant l’Entente et Falkenhaym concentre 1000 canons lourds et 2 millions d’obus sur un secteur de 16 km de front (1 canon tous les 16 m).

 

L’attaque débute le 21 février 1916 et après 4 jours d’offensives, le gain territorial est de 10 km. Mais si les Allemands progressent bien sur la rive droite de la Meuse, le système défensif français sur la rive gauche demeure intacte et l’artillerie française prend les Allemands en enfilade. L’avance allemande est stoppée. Par la suite Verdun se transforme en une succession d’improvisations. Falkenhaym est obligé d’élargir sa ligne d’attaque.

 

Cette tentative allemande n’a pas été entièrement vaine. Les pertes françaises sont importantes (300.000 hommes environ) et l’usure morale est profonde. Dans certains cas le moral des troupes françaises a donné des signes de défaillance.

 

Broussilov.

 

Le 18 mars 1916, les Russes lancent une offensive en direction de Vilna, mais c’est un échec. Le dégel paralyse l’action russe et les expose à une contre attaque. Cet échec met un terme à toute action contre les Allemands dans le Nord du commandement russe.

 

Le général Broussilov commandant du front Sud (face aux Austro-hongrois) est alors chargé de préparer une offensive d’été. Celle-ci est avancée et débute le 4 juin 1916 pour venir en aide aux Italiens en difficulté face aux Autrichiens (5e bataille de l'Isonzo en mars et perte de 400,000 prisonniers lors de la contre-offensive autrichienne). Le succès est immédiat et les Russes progressent de 120km sur toute la largeur du front en un mois (350,000 prisonniers autrichiens). Mais les Russes ne peuvent soutenir le rythme, manquent de réserves en hommes et en armement. L'intervention allemande va stopper cette offensive qui a seulement démontré la relative fragilité des austro-hongrois.

 

L'entrée en guerre des Roumains aux côtés des alliés ne change pas grand chose. Ils sont vaincus par les Allemands en 9 semaines.

 

Avant la fin de l'année, la totalité du terrain conquis par Broussilov est reprise et les Russes ont perdu au total 1,4 million d'hommes.

 

Si Broussilov a mis en évidence la fragilité autrichienne, il a également prouvé l'incapacité de la Russie à en tirer parti. Mais surtout cette offensive démontre que jamais le régime du Tsar ne viendra à bout des Allemands avec les ressources dont il dispose et les structures de gouvernement et de commandement en place.

 

La Somme.

 

La bataille de Verdun contraint Joffre à réduire sa contribution et à laisser le soin aux Anglais de mener l'offensive sur la Somme.

 

Pour éviter un tir de flanquement sur le centre comme à Verdun, Haig a prévu un front de 40km, mais cela nécessite d'énormes quantités de munitions et des artilleurs habiles pour détruire rapidement les défenses allemandes.

 

Mais à cause de l'inadaptation des munitions et de leur mauvaise qualité, la préparation d'artillerie laisse intacte les points clés de la défense allemande.

 

L'attaque du 1er juillet est un échec qui coûte aux Anglais 57,000 hommes dont 20,000 morts pour des gains insignifiants. Au Sud l'assaut français réussit mieux et progresse vers les secondes lignes.

 

En juillet - août les offensives se poursuivent mais sans préparation ni objet précis. En face les Allemands ripostent par des contre-attaques qui visent à reprendre tout mètre de terrain perdu.

 

En septembre, Haig lance une offensive avec pour la première fois l'utilisation de chars (15/9). Mais c'est un échec, les matériels ne sont pas assez fiables.

 

Le 25 septembre, il utilise un barrage rasant pour s'emparer d'une partie des défenses allemandes. Mais les Allemands ont construit des défenses supplémentaires. L'arrivée des pluies d'automne qui transforment le terrain en champ de boue et l'épuisement des troupes mettent fin aux offensives. Les pertes alliées s'élèvent à 650,000 hommes contre 400,000 Allemands.

 

Le jour s'achève.

 

« Dans l'ensemble les batailles de 1916 ont valu de grandes souffrances et peu de succès à chaque camp. Le pays qui s'en sort le mieux est la Grande-Bretagne car elle conserve la maîtrise des mers et l'accès à des ressources variées. »

 

Chapitre V. 1917.  

 

Quels choix ?

 

En Allemagne, les nouveaux chefs, Hindenburg et Ludendorff veulent éviter les offensives épuisantes et se prononcent pour un renforcement des positions défensives à l'Ouest quitte à abandonner du terrain (ligne Hindenburg). A l'Est, ils n'envisagent pas d'actions importantes. Ils ont deux vastes projets :

- Entreprendre un programme de mobilisation massive de l'industrie en consacrant l'économie allemande toute entière à la production de matériel de guerre.

- Tenter de faire capituler l'Angleterre par une campagne navale sous-marine pour affamer la population.

 

Chez les Alliés, les plans prévoient toujours des offensives traditionnelles pour essayer de percer le front. En particulier les Anglais se rallient au projet d'offensive du nouveau commandant français, le général Nivelle (offensive du chemin des Dames). Pour cette attaque Nivelle aura le commandement suprême des troupes britanniques sur le front occidental (elles doivent attaquer sur Arras).

 

La campagne des U-Boats.

 

A partir de février, l’Allemagne lance ses sous-marins contre les navires marchands neutres et alliés. Les résultats sont spectaculaires mais sans jamais atteindre les objectifs fixés. La méthode repose sur le calcul de tonnage de marchandises qu'il est nécessaire de couler pour affamer l'Angleterre, calcul de la plus haute fantaisie en l'absence de données précises. A partir de juin, la mise en place de convois rend plus difficile les attaques allemandes.

 

La seule conséquence durable est défavorable aux Allemands. Elle provoque l'entrée en guerre des USA (dans un premier temps l'impact est essentiellement économique et financier).

 

La Russie se retire du conflit.

 

A partir de février l'armée russe donne des signes évidents de désagrégation, en particulier sous l'influence du mouvement révolutionnaire (2 millions de déserteurs en mars avril).

 

A l'arrière le régime s'effondre. Le gouvernement provisoire dirigé par Kérenski veut une grande victoire sur le terrain pour acquérir de la crédibilité. Broussilov improvise une offensive contre les Autrichiens qui débute le 18 juin. Après un succès initial, l'intervention allemande pousse les Russes à la retraite. Les Allemands en profite pour monter une contre-offensive qui permet de s'emparer de Riga, le grand port de la Baltique.

 

Le moral de l'armée russe s'effondre complètement et les autorités supérieures se révoltent contre le gouvernement civil.

 

Après la révolution d'octobre, les Bolcheviks escomptent que le retrait russe poussera les soldats allemands à s'opposer à leur hiérarchie et à déposer les armes. Cette attente va être cruellement déçue.

 

L'heure de Nivelle.

 

L'offensive de Nivelle s'achève sur un échec. Seule la contribution britannique et canadienne produit un résultat. Le 9 avril, les Canadiens s'emparent de la crête de Vimy et les Britanniques d'un secteur capital devant Arras. Ils progressent davantage en un jour que durant toute autre opération. Grâce à ses ressources industrielles, l'Angleterre est désormais en mesure de répondre aux nécessités militaires. Mais la cavalerie mal équipée ne peut exploiter le succès. L'artillerie qui ne peut être déplacée assez rapidement ne peut atteindre ses nouveaux objectifs.

 

L'offensive Nivelle débute le 16 avril. Elle est stoppée dès le 19 avril. Rapidement dans la troupe on assiste à une vague d'actes spontanés de « désobéissance collective ». La menace est claire. Il ne peut être question de poursuivre sur la même lancée. 68 des 112 divisions françaises sont touchées. Mais il n'y a que 52 condamnations à mort. La réaction de la hiérarchie témoigne d'un esprit de conciliation. Désormais il est clair qu'aucune autre opération de grande ampleur n'est envisageable dans un proche avenir.

 

La troisième bataille d'Ypres.

 

Le désastre de Nivelle a pour conséquence de transférer l'initiative stratégique aux Anglais. Haig propose un ambitieux projet de campagne autour d'Ypres.

 

L'offensive commence le 7 juin par la prise de la crête de Messines grâce à l'explosion de 19 grosses mines et un énorme bombardement d'artillerie. Mais ensuite une longue pause brise l'élan et donne aux Allemands le temps de renforcer leurs défenses. L'attaque ne reprend que le 31 juillet pour des résultats décevants.

 

De la fin septembre à début octobre, 3 attaques limitées permettent des gains importants. La méthode du coup par coup qui est utilisée consiste à masser un énorme volume d'artillerie qui couvre l'infanterie par des tirs de barrage sur 1km au fur et à mesure de l'avancée de l'infanterie. Une fois l'objectif atteint, de nouveaux tirs de barrage protègent les troupes de soutien contre l'inévitable contre-attaque. Les forces allemandes sont dispersées et ne peuvent maintenir un front continu. Avec l'arrivée du mauvais temps la campagne se poursuit mais elle est désormais devenue inutile.

 

Cambrai.

 

Constatant que la défense allemande est réduite autour de Cambrai, Haig prépare une offensive. Le terrain intact permet l'utilisation de 400 chars. L'introduction de nouvelles techniques d'artillerie laisse espérer le succès. Désormais des appareils de télémétrie acoustique permettent de situer l'artillerie sur une carte et d'éviter les tirs d'essais. L'effet de surprise est rétabli. L'attaque est un succès mais le manque de réserve pour renforcer le front permet aux Allemands de tout reprendre 10 jours plus tard (utilisation de troupes d'assaut comme à Riga).

 

Caporetto.

 

Une offensive allemande menée sur le front italien leur permet de reprendre tout le territoire perdu depuis le début de la guerre (Les Italiens perdent 300,000 morts et 750,000 blessés durant ces 30 premiers mois de la guerre). En 3 semaines les Allemands progressent de 160km capturant des masses de prisonniers. Mais les Italiens aidés par les Français et les Anglais se regroupent sur la Piave. Les Allemands alarmés par l'offensive de Cambrai doivent arrêter leur propre offensive.

 

Chapitre VI. 1918.

 

Paroxysme.

 

Après une accalmie entre 1915 et 1917 (au point de vue des effectifs engagés), en 1918, les batailles retrouvent puis dépassent l'ampleur de celles de 1914.

 

L'alternative de l'Allemagne.

 

Plutôt que de renforcer ses lignes de défense à l'ouest et laisser aux alliés l'initiative de l'offensive, Ludendorff préfère profiter de sa supériorité numérique temporaire (192 divisions contre 169) pour préparer une offensive.

 

Le choix se porte sur le terrain entre Arras et Saint Quentin car il permet de toucher les Anglais, d’espérer enfoncer le front et être plus facilement et plus rapidement praticable. Pour cela les Allemands massent 750,000 hommes face à 300,000 Britanniques soutenus par 6600 canons. Les divisions allemandes sont réparties entre troupes d'assaut qui doivent enfoncer le front sans s'occuper des poches de résistance et troupes d'attaque qui doivent réduire ces poches de résistance et troupes de soutien. Cette offensive doit s'accompagner d'une préparation d'artillerie très brève mais très violente pour désorganiser les lignes anglaises.

 

Mais au bout d'un certain temps, l'artillerie ne pourra plus couvrir l'infanterie d'assaut qui devra exploiter ses succès initiaux avec ses propres moyens. « A moins que ses adversaires ne soient trop déstabilisés par l'effet de surprise pour fournir une riposte coordonnée, Ludendorff s'apprête à accepter des pertes importantes comme prix de la victoire. »

 

Le choix de Ludendorff à l'Est.

 

Les Allemands gardent à l'Est environ 1 million d'hommes car à l'Est les objectifs de guerre allemands envisagent le démembrement d'une part importante de la Russie d'Europe et la soumission économique et politique au Reich des États qui doivent émerger.

 

La rupture des négociations par les Russes provoque une offensive allemande le 18 février. Le 3 mars les Russes doivent signer le traité de Brest Litovsk. La Russie perd la Finlande, l'Ukraine, la Lituanie, la Courlande, la Livonie, la Pologne, c'est à dire 90% de ses réserves de charbon, 50% de son industrie et 30% de sa population.

 

Le 10 mars, le régime fantoche installé en Ukraine s'effondre forçant les Allemands à une intervention. L'instabilité générale aboutit à l'occupation de la Crimée et à une marche sur Bakou et les champs pétrolifères du Caucase (prise de Bakou le 10 septembre).

 

Cette obstination à mener une politique expansionniste à l'Est a immobilisé 500,000 hommes qui auraient pu être transférés à l'Ouest.

 

Le Choix de Ludendorff à l'Ouest.

 

L'offensive débute le 21 mars et la percée est rapide. En une semaine les Allemands progressent de 65km sur un front de 80km et s'approchent du nœud ferroviaire d'Amiens. Mais les pertes ont été lourdes et les troupes s'épuisent. L'infanterie ne peut compter que sur ses ressources alors que les Anglais reçoivent des renforts d'artillerie français. Ces renforts mettent fin à l'offensive allemande.

 

Ludendorff se retourne alors contre le saillant d'Ypres qu'il attaque le 9 avril. Il rencontre les mêmes problèmes qu'en mars et son offensive est stoppée.

 

Les alliés ont réagi en donnant à Foch le commandement suprême des armées alliées sur le front occidental.

 

Le 27 mai Ludendorff lance une nouvelle offensive cette fois contre les Français au Chemin des Dames. Les Français ont commis l'erreur de concentrer leurs troupes dans la zone avancée les transformant en cible facile. En trois jours la progression allemande est de 65km, et les Allemands ne sont plus qu'à 65km de Paris. Mais la défense française réorganisée bloque son avance. L'arrivée sur la Marne des troupes américaines va faire basculer le rapport de forces.

 

Ludendorff monte deux autres offensives :

 

Le 9 juin contre les Français au Nord du Chemin des Dames.

 

Le 15 juillet sur la Marne.

 

Ces deux offensives sont stoppées par l'artillerie et des divisions de réserve.

 

A mi-chemin.

 

Pour les Allemands le bilan peut apparaître positif. Ils sont conquis plus de terrain en 5 mois que les alliés en 3 ans mais :

 

Lourdes pertes et des réserves en hommes moindre que chez les alliés.

 

Le front s'est étendu et il doit être tenu par des effectifs moins importants.

 

Les zones conquises ne représentent pas d'intérêt stratégique vital.

 

Le grand retournement.

 

La contre-offensive alliée débute sur la Marne le 18 juillet. Deux armées françaises et 750 chars attaquent de flanc et forcent les Allemands à la retraite. Le 7 août, ils sont de retour sur l'Aisne.

 

A l'arrière la situation de l'Allemagne se dégrade. Le rendement industriel a diminué de 30%. Le blocus commence à faire sentir ses effets. Les pénuries se développent, dont sont victimes les populations civiles. Même le réseau ferré, faute d'entretien, commence à donner des signes de défaillance.

 

En face les alliés , en particulier les Anglais sont de mieux en mieux équipés.

 

Le 8 août, les Anglais lancent une attaque devant Amiens. Ils combinent des canons lourds, des mortiers, des mitrailleuses, des chars et des avions. En 24 heures la progression est de 15km. Les Allemands perdent 27,000 hommes et 400 canons. La bataille se termine le 12 août.

 

Les Britanniques lancent d'autres offensives. Quand une offensive marque le pas sur un secteur, elle reprend dans un autre secteur. De cette manière les Allemands ne peuvent concentrer leurs renforts sur un point déterminé de la ligne. Début septembre le front britannique progresse partout.

 

Entre le 26 et le 29 septembre, les Alliés (Français, Anglais, Belges, Américains) attaquent sur la quasi totalité du front occidental.

 

Français et Américains dans la Meuse et en Argonne (22 et 15 divisions). Malgré la difficulté du terrain, la progression est de 25km. 36 divisions allemandes sont neutralisées.

 

Anglais, Français, Belges et Américains attaquent la ligne Hindenburg en particulier entre Epehy et Saint Quentin.

 

Le 5 octobre, grâce à un prodigieux volume d'obus (50,000 obus par secteur de 500m de front), la ligne Hindenburg est percée de part en part et les Alliés parviennent en rase campagne. A partir de ce moment là les Alliés poursuivent une avancée qui bien que lente est néanmoins régulière. Les armées allemandes désorganisées ne peuvent plus qu’accélérer leur retraite.

 

Les autres fronts.

 

En Italie. Une attaque austro-hongroise en juin, manquée, entraîne une contre-attaque italienne qui met en déroute l'armée autrichienne. Les soldats des minorités désertent en masse, avant que les territoires se déclarent indépendants les uns après les autres. L'Autriche capitule le 4 novembre.

 

En Grèce. Une attaque française à partir du 14 septembre provoque l'effondrement de la Bulgarie.

 

Conclusion. Le retour à la paix et ses lendemains.

 

« L’Allemagne doit se séparer des territoires conquis habités par des populations essentiellement non germaniques. Les termes de la paix ne cherchent nullement à priver l'Allemagne de sont intégrité territoriale, ni de ses formidables industries, ni de son statut de grande puissance. Rien dans les termes de la paix ne vient confirmer la thèse courante selon laquelle le retour à la paix aurait comporté une volonté délibérée de maintenir l'Allemagne dans un Etat de faiblesse et de dépendance. »

 

A l'issue de la guerre, l'Allemagne demeure la principale nation et la première puissance économique du continent européen. L’Allemagne, désarmée, est imprévisible. Tout va dépendre de la bonne volonté des futurs gouvernements allemands à se plier aux clauses du traité, et de la détermination des Alliés à intervenir dans le cas contraire.

 

«  La Grande guerre ne pouvait produire un décret politique plus convaincant ni faire naître un plus grand espoir de paix en Europe. A la lumière de ce texte, le constant dénigrement dont on fait l'objet les décisions des acteurs de la paix de 1919 semble parfaitement indéfendable. »

 

La question du dédommagement.

 

«  La tentative pour obtenir réparation n'achoppe pas sur la question de savoir si les sommes initiales réclamées ou les sommes réduites qui les remplacent sont réalistes ou excessives. L'échec vient de ce que les gouvernements et le peuple allemands n'ont jamais accepté d'être soumis à de tels prélèvements. Par ailleurs, après une brève affirmation, par la France de sa fermeté, les pays vainqueurs n'ont jamais réellement cherché à savoir si les sommes exigées étaient recouvrables. »

 

Déceptions et réalisations.

 

Durant la guerre naquit l'immense espoir d'un monde meilleur, l'espoir de la fin des conflits, l'installation de la démocratie et d'une société plus juste. Mais l'après guerre connut un tout autre déroulement avec de multiples crises économiques.

 

« Si la tyrannie, la tourmente économique, la marche inéluctable vers un conflit plus terrible encore finissent par l'emporter, la faute en est, selon toute apparence, aux acteurs de la paix. »

 

« D'une manière générale, le président Wilson, esprit élevé mais orgueilleux et superficiel devient rapidement victime des menées revanchardes de Clemenceau et de la duplicité de Lloyd George, tous deux plus habiles et moins scrupuleux. Leur détermination et leurs arguties jointes à l'inconsistance de Wilson débouchent sur une paix en contradiction avec l'idéalisme des 14 points et en violation avec les principes de justice.

 

L'échec de l'application.

 

«  Les succès militaires de 1918 pas plus que le traité de paix de 1919 ne sont capables d'assurer une situation durable, et cela non par manque de mérite mais parce qu'ils sont trop rapidement privés des fondements nécessaires pour garantir une permanence. »

 

La Russie puis l'URSS sont fondamentalement hostiles à la démocratie libérale de l'Occident. Ils font tout pour miner les décisions de Versailles et contribuent au réarmement allemand.

 

L’Italie quitte rapidement la conférence de la paix avec un profond sentiment d'injustice.

 

Les USA en refusant de participer à la SDN donnent un coup fatal à cette institution. Le refus par le Sénat américain de ratifier le traité et de garantir la France, sitôt après le revirement d'une union soviétique devenue ennemie potentiel de l'Occident, rompt l'équilibre du pouvoir en Europe.

 

Dernières réflexions.

 

Trois éléments viennent compenser l'horreur de cette guerre.

 

En Angleterre, la guerre contribue à faire naître l'idée d'une société plus équitable et plus généreuse. Les femmes gardent le droit de vote, la semaine de travail adopte un rythme de travail moins pénible, les indemnités chômage apparaissent.

 

La guerre fait progresser la thèse selon laquelle les nationalités identifiables ont droit à l'autodétermination et à un gouvernement autonome.

 

En août 1914, le statu quo en Europe est au bord de la faillite. Les démocraties doivent choisir entre s'engager dans un conflit meurtrier ou être anéanties par l'autocratie et le militarisme allemand. Cette menace signifiait l'annulation de ce qui durant des siècles, avait œuvré en faveur d'une humanité meilleure, et l'écroulement de tout espoir de progrès futur.

 

« De nos jours, à l'heure où, en occident du moins, le respect et l'humanité qui s'attachent à l’état libéral s'exercent au profit de chacun, il semble bien mal venu de la part des occidentaux de dénigrer un combat du passé qui a servi la défense de telles valeurs et a sauvé la dignité d'un péril mortel. »

 

FIN



27/12/2013
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