Marrus (M-R) et Paxton (R-O). Vichy et les Juifs. (NDL)

VICHY ET LES JUIFS

 

 

Michael R Marrus et Robert O Paxton.

 

Livre de Poche (1990 (Calmann Levy 1981), 672 pages. 

 

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Chapitre 1. Les premières mesures.

 

            Pendant l'été et l'automne 1940, grande offensive législative du gouvernement de Vichy contre les Juifs.

 

            17 juillet 1940. Loi limitant aux citoyens nés de père français l'accès à l'administration publique.

 

            22 juillet 1940. Loi instituant une commission chargée de réviser toutes les naturalisations accordées depuis 1927 et de retirer la nationalité française à tous les naturalisés jugés indésirables (plus de 15.000 citoyens français dont 6.000 Juifs perdent leur nationalité). 

 

            27 août 1940. Abrogation de la loi Marchandeau, décret loi du 21 avril 1939 modifiant la loi de 1881 sur la presse. Cette loi punissait toute attaque par voie de presse « envers un groupe de personnes qui appartiennent par leur origine à  une race ou à une religion déterminée, lorsqu'elle aura pour but d'exciter la haine entre les citoyens ou habitants. »

 

            16 août 1940. Loi instituant un ordre national des médecins et limitant l'accès à la profession aux citoyens nés de père français.

 

            10 septembre 1940. Loi réglementant de la même manière que pour les médecins, l'accès aux carrières juridiques. 

 

            3 octobre 1940. Statut des Juifs. « Cette loi avait en fait une portée constitutionnelle. Sur la base de critères raciaux, elle assignait à toute une catégorie de citoyens français et d'autres personnes résidant en France une condition juridique et sociale inférieure. »

 

            7 octobre 1940. Loi abrogeant le décret Crémieux du 24 octobre 1870 qui accordait la nationalité française aux Juifs algériens.

 

            « C'est seulement le 27 septembre 1940 que fut prise la première ordonnance allemande en zone occupée qui visât explicitement les Juifs. Elle suivait de près les propositions antérieures d'Abetz. Après avoir défini qui était Juif aux yeux des autorités d'occupation, elle interdisait aux Juifs qui avaient fui la zone d'occupation d'y retourner et exigeait que tous ceux de la zone occupée se fassent inscrire à la sous-préfecture de leur domicile habituel.  (�) Il est certain que Vichy a inauguré sa propre politique antisémite avant la publication du premier texte allemand, et sans avoir reçu d'ordres directs des Allemands. » 

 

            «  Au moins jusqu'au milieu de 1941, la stratégie allemande consista à encourager l'émigration des Juifs hors d'Allemagne, des territoires occupés par elle et ceux qui étaient destinés à une implantation allemande. Ce n'est qu'après la conférence de Wansee le 20 janvier 1942 que le régime nazi commença à pratiquer la déportation systématique des Juifs européens à l'Est et leur extermination, et ce n'est qu'a partir de juin 1942 que cette politique fut étendue aux territoires occupés d'Europe occidentale et à la France non occupée. »

 

            «  Il y avait donc un conflit entre la politique de Vichy à l'égard des Juifs de la zone non occupée et ce que souhaitaient les Allemands en 1940. Pour parler sans détours, les Allemands voulaient rejeter les Juifs dans la zone sud et Vichy ne voulait pas les y recevoir. Dès lors l'on comprend exactement la politique allemande de 1940, il devint manifeste que la politique de Vichy n'en était pas une simple copie. Vichy installait un antisémitisme concurrent au rival, plutôt qu'il ne se mettait à la remorque de l'antisémitisme allemand. »

 

            Les mesures de Vichy contre les Juifs sont d'origine française. Ce furent des actions autonomes décidées en vue d'atteindre les objectifs propres au pays. 

           

                        - Empêcher toute nouvelle immigration de réfugiés en particulier de réfugiés Juifs (fermeture des frontières le 5 juillet 1940)

 

                        - Encourager les départs de réfugiés se trouvant en France dans la mesure où les restrictions en temps de guerre le permettraient.

 

                        - Réduction de l'élément étranger inassimilable « non français » dans la vie publique, dans l'économie et dans la vie culturelle française.

 

            Pétain et l'antisémitisme (par rapport aux courriers d'Anciens combattants Juifs). « Il ne semble pas qu'il ait répondu à aucune d'entre elles. Il faut probablement voir en lui un homme qui considérait comme allant de soi un certain antisémitisme poli dans les milieux sociaux ou il était finalement parvenu et dont il goutait si manifestement la compagnie. Il trouvait l'invective de mauvais goût, mais il consentit parfaitement à laisser les mains libres à ceux dont l'hostilité aux Juifs était déterminée. »

 

            « L'indifférence foncière de Pétain et Laval laissait le champ libre aux fanatiques. L'antisémitisme de Vichy ne nous paraît avoir été l'�uvre, ni de l'opinion des masses, ni des hommes du sommet. Il a reçu son impulsion de groupes puissants et d'hommes déterminés auxquels l'indifférence des autres, prompts à marquer leurs distances avec un ancien régime abhorré, laissait les mains libres. Il y avait une minorité substantielle d'antisémites convaincus dans la nouvelle équipe ministérielle de Vichy pendant l'été et 'automne 1940. »

 

                        Adrien Marquet, ministre de l'intérieur.

                        Raphael Alibert ancien membre du Conseil d'Etat associé à l'Action française.

                        Jean Louis Tixier Vignancourt qui présidait la radio et la télévision de Vichy.

                        Alain Laubreau et Lucien Rebatet journalistes à « Je suis partout ».

                        Xavier Vallat secrétaire général aux Anciens combattants.     

 

Chapitre 2. Les origines de l'antisémitisme de Vichy.

 

            L'antisémitisme a existé par intermittence dans l'histoire de France avec de notables variations d'intensité et de malfaisance.

 

                        - 25 mai 1926. A Paris, le poète yiddish Scholem Schwartzbard tue d'un coup de pistolet Semyon Petlioure dirigeant militaire et nationaliste ukrainien responsable de la mort de dizaines de milliers de juifs massacrés en 1919.  Il sera acquitté quelques mois plus tard lors d'un procès à sensation.

 

                        - 7 novembre 1938. Herschel Grynszpan, juif allemand d'origine polonaise assassine le diplomate allemand Ernst von Rath pour attirer l'attention de l'opinion publique sur ses parents et 15.000 autres Juifs brutalement arrachés d'Allemagne et expulsés sans bagages en Pologne. Ce geste déclenchera en Allemagne la nuit de cristal (incendie de 267 synagogues, saccage d'au moins 7500 magasins, assassinat de 91 Juifs). En France Herschel est arrêté ainsi que son oncle et sa tante qui sont condamnés à 6 mois de prison pour avoir hébergé un étranger en situation irrégulière. Plus tard Herschel sera livré aux Allemands.    

 

            « L'antisémitisme était florissant en France pendant la décennie qui précéda Vichy. Le gouvernement de Pétain n'a pas inventé la politique antijuive qu'il mit en place avec tant de zèle et de passion en 1940. Chacun des éléments de ce plan était présent dans les années qui ont précédé la chute de la 3e République. »

 

            « Les thèses antijuives pénétraient subrepticement dans la culture, changeant périodiquement de composition, parfois trop faibles pour s'affirmer, parfois comprimé par des pressions extérieures, et parfois éclatant au grand jour, aboutissant à un mélange détonnant, lorsqu'un problème économique ou social venait se mêler à eux. »

 

            Les images traditionnelles du Juif.

 

            1886. Publication par Drumont du livre « La France juive » qui obtient un succès extraordinaire. Ses droits d'auteurs lui permettent de fonder un quotidien « La libre parole », journal à sensation, provocateur et populaire.

 

            Autre journal antisémite, « La Croix » journal des Assomptionnistes.

 

            « Ces deux journaux contribuèrent l'un et l'autre à convaincre tout un éventail de groupes sociaux inquiets (artisans, agriculteurs, aristocrates qui se voyaient décliner à une époque de commercialisation croissante, patriotes apeurés en face de la montée de l'Allemagne et des USA) que leurs malheurs avaient un responsable : Les Juifs. »

 

            Les modifications du comportement politique vinrent renforcer l'antisémitisme à la fin du XIXe siècle car l'antisémitisme a été utile aux nouveaux hommes politiques issus de la petite bourgeoisie pour prendre des voix aux notables libéraux.

 

            Nul mouvement ne fit autant pour propager l'antisémitisme que l'action française de Charles Maurras (1898). « Maurras fut le plus systématique des théoriciens antiparlementaires ; antidémocrates et antisémites. »   

 

            « Il subsistait donc en France, sous la modération apparente des années 1920, une réserve d'antipathie à l'égard des Juifs, souvent stagnante et rarement visible. »

 

            La deuxième vague : les crises des années 30 et le renouveau de l'antisémitisme.

 

            « L'antisémitisme fut un catalyseur important de l'opposition au Front populaire. Au cours de ces années, ce qui était jusque là une sensibilité  antijuive devint une conception générale du monde, politique, économique et sociale, dotée d'une nouvelle ardeur combative, et exprimant les sentiments d'une opposition qui s'efforçait de défendre la France contre les changements révolutionnaires. » La psychose de la guerre de 1938 accentua l'insistance sur l'image du juif belliqueux et ses intrigues.

 

            « Du fait que la mentalité des années 30 reposait sur un sentiment aussi radical d'insécurité, et la conviction d'une décadence encore plus forte que celle des années 90, l'antisémitisme qui en résultait était différent, lui aussi, plus radical, plus violent, plus énergique. Ses principaux porte-parole étaient de jeunes écrivains qui trouvaient leurs ainés  trop mous (Lucien Rebatet, Céline).

 

            L'étendue de l'antisémitisme et son influence.

 

            « L'antisémitisme français n'était pas un article d'importation alimenté par les fonds secrets allemands (�) En fait l'antisémitisme eut à son service quelques uns des plus remarquables talents littéraires de la France des années 30. »

 

                        Georges Bernanos « La grande peur des bien pensants (1931)

                        Robert Brasillach.

                        Céline « Bagatelles pour un massacre » (1937)

                        Drieu la Rochelle « Gilles » (1939) 

 

            Par contre dans les milieux catholiques de nombreuses voix s'élevèrent pour condamner le racisme et l'antisémitisme : cardinal Verdier à Paris, Mgr Saliège archevêque de Toulouse, cardinal Maurin à Lyon. En 1938, le cardinal Gerlier préside une réunion contre le racisme et l'antisémitisme. 

 

            A gauche le Parti Communiste considérait l'antisémitisme comme une tactique de diversion bourgeoise.

 

            Dans la droite traditionnelle on pouvait trouver une opposition déclarée à l'antisémitisme (en particulier le colonel de la Rocque refusa de se rallier au camp antisémite).

 

            « Le malheur était qu'en France les adversaires de l'antisémitisme sous sa forme la plus déterminée manquaient d'éléments leur permettant de lancer une contre offensive. »

 

            « La fin des années 30 vit des hommes relativement inconnus présenter de modestes suggestions à l'encontre des étrangers et même des propositions manifestement antijuives. Souvent encore exprimés dans un langage républicain ou libéral, des projets menaçaient les Juifs au moins autant que les menaces des antisémites déclarés. Ils attestaient l'existence d'un consensus du « juste milieu » que Vichy allait utiliser plus tard. Après la langue accoutumance de la fin des années 30, comment les mesures de Vichy auraient elles choqué. »

 

            La réponse de l'administration.

 

            10 avril 1932, loi autorisant le gouvernement à limiter la proportion d'étrangers dans certains secteurs de l'activité professionnelle.

 

            Automne 1934, le cabinet Flandin autorise l'expulsion par la force des étrangers dont les documents d'identité ne sont pas en règle (il y aura plus de 4.000 expulsions durant les 4 premiers mois de 1935)

 

            L'administration décida qu'un orchestre russe de balalaïkas ne  pouvait employer que 15% de musiciens russes.

 

            « Il devint désormais très difficile pour les réfugiés de gagner leur vie en France, même lorsqu'ils y résidaient légalement. Un grand nombre se virent contraints de travailler illégalement, faisant naître ainsi la situation même de situation irrégulière que les lois avaient pour mission de réprimer. »

 

            La réglementation et les restrictions se relâchèrent durant le Front populaire.

 

            12 novembre 1938. Décret relatif à la situation et à la police des étrangers qui modifie la loi libérale du 10 août 1927 sur la naturalisation. Désormais la nationalité française pouvait être retirée à ceux qui étaient déjà naturalisés au cas où ils seraient jugés « indignes du titre de citoyen français ».

 

            « Dans le climat de la fin des années 30, il n'était pas difficile pour un fonctionnaire français d'être rompu à traiter arbitrairement des réfugiés étrangers, parmi ceux-ci il ne s'en trouvait pas de plus en vue, de plus désarmés ou, évidemment, de plus irritants que les Juifs. Les rouages administratifs, ayant pour but de déposséder des milliers d'entre eux de la liberté qu'ils étaient venus chercher en France ne tardèrent pas à être mis en place. » 

 

            La crise des réfugiés 1938-1941.

 

            1938 est une année cruciale pour l'antisémitisme. Les tensions intérieures et les risques de guerre (crise des Sudètes) mettent les Juifs au premier plan. L'administration commence à mettre en place des processus d'exclusion.

 

            L'Anschluss (mars 1938) débouche sur une campagne de terreur visant à forcer les Juifs autrichiens à émigrer. A Vienne plus de 3.000 Juifs se rendaient tous les jours à l'ambassade américaine pour essayer d'obtenir un visa. Mais Roosevelt refusant d'augmenter les quotas, convoque en juillet une conférence internationale à Evian pour essayer de résoudre le problème. Il aurait suffit que les 32 Etats participants acceptent d'accueillir 17.000 Juifs pour régler le problème. Mais aucun Etat n'augmenta ne modifia ses contingents. La France resta très en retrait lors de cette conférence et montra réticente à participer à la création d'un comité intergouvernemental d'aide aux réfugiés allemands et autrichiens (en particulier pas de participation financière et refus de transit pour se rendre dans un autre pays).

 

            « La France est arrivée au point de saturation qui ne permet plus d'accueillir de nouveaux réfugiés sans une rupture d'équilibre pour son corps social. La limite est depuis longtemps dépassée chez nous. » (Henry Béranger président de la commission des Affaires étrangères du Sénat).

 

            La notion de France saturée par les étrangers « était devenue l'orthodoxie gouvernementale bien avant de devenir une phrase favorite de Xavier Vallat en 1941. »     

 

            Parallèlement l'Angleterre ne voulait pas accepter des Juifs pour ne pas susciter de sentiments antisémites. 

 

            7 décembre 1938. Rencontre à Paris entre le ministre des Affaires étrangères Georges Bonnet et le ministre des Affaires étrangères allemand Von Ribbentrop. Malgré des divergences par la suite sur le déroulement de la conversation « tout indique une conversation d'affaires entre Ribbentrop et Bonnet, au cours de laquelle il n'y eut pas de protestation française au plan humain et ou Bonnet fit preuve d'un certain optimisme sur la collaboration franco-allemande pour diminuer l'afflux des réfugiés en France. » En particulier Bonnet aurait suggéré d'envoyer des Juifs dans les colonies en particulier à Madagascar.

 

            L'effondrement de la résistance espagnole en janvier 1939 vit l'afflux de 400.000 réfugiés (Espagnols et membres des brigades internationales) qui augmentèrent encore les problèmes face aux réfugiés. « Les 6 mois qui s'écoulèrent entre l'internement des Espagnols et le début de la guerre furent faits de la part des autorités, d'incertitudes, d'improvisations et de souffrances involontairement infligées (�) L'internement paraissait à une bureaucratie harassée et affolée le recours le plus simple en une période critique. »

 

            L'exode de mai 1940 (environ 8 millions de personnes dont 1 million seront encore déplacées un an plus tard) accentua encore la panique et la désorganisation. « Dans ce tourbillon on ne s'embarrassa guère des étrangers. L'internement était le recours le plus simple pour les fonctionnaires débordés, mais les réfugiés ne pouvaient pas comprendre pourquoi ils étaient emprisonnés, ni savoir quel serait leur sort à l'approche des Allemands. »

 

            « Quels que soient les chiffres exacts, on ne saurait douter de l'importance de « pogrom administratif » de 1939-1940 dans la préparation de la persécution explicitement antijuive qui devait suivre de peu. Le dispositif des camps de concentration, non moins dégradants et brutaux que ceux de l'Allemagne nazie d'avant guère, d'après ceux qui ont fait l'expérience des uns et des autres, était désormais en place. Les fonctionnaires s'étaient habitués à rassembler de vastes troupeaux d'étrangers misérables parmi lesquels les Juifs étaient l'élément dominant. »

 

            « Le changement de régime, en juillet 1940, ne marqua donc pas une rupture radicale, en ce qui concerne la politique à l'égard des réfugiés. Il est vrai que les sentiments antijuifs se firent plus forts dans la colère et le chagrin d'un désastre national humiliant (�) Elle en fut plutôt la continuation et le renforcement élevés à une nouvelle puissance par la chasse aux coupables et par l'effort pour créer une impression de vigueur et d'autorité. »     

 

            En 1940, pour le gouvernement les réfugiés représentaient 3 dangers :

 

                        - Le chômage dans une économie saignée à blanc par l'occupation.

 

                        - La crainte d'un étouffement de la culture française dont le prestige avait été dégradée par la défaite.

 

                        - La peur des fauteurs de guerre à un moment ou Vichy voulait défendre sa neutralité face aux gaullistes.      

 

            «Le programme antijuif n'était pas nouveau ; il n'était pas non plus limité à une petite minorité d'extrême droite. Il s'alimentait à l'obsession, exprimée tout au long de la décennie, de la menace étrangère. Même les modérés avaient appris pendant les années trente, à penser aux réfugiés étrangers, et parmi eux d'abord les Juifs, comme à une menace pour l'emploi, pour la pureté de la culture française et pour la paix. »

 

Chapitre III. La stratégie de Xavier Vallat 1941-1942.

 

            Trois forces à l'�uvre pour pousser la politique de Vichy au-delà des premières mesures prises par Vichy (chapitre I)

 

                        - Les pressions allemandes commencent à se faire sentir en 1941.

 

                        - La réponse de Vichy à ces demandes.

 

                        - Les tentatives de Vichy pour rétablir sa souveraineté administrative dans la zone occupée qui débouchèrent sur des négociations pour remplacer les ordonnances allemandes par des lois françaises.

 

            Les premières pressions allemandes.

 

            Organisation allemande en France. 

 

                        MBF (Militarbefehbhaber in Frankreich) (Commandement militaire en France), dirigé par le général Otto von Stülpnagel.

-          Etat-major militaire dirigé par le colonel Speidel.

-          Etat-major civil dirigé par le Dr Werner Best.

- Section économique dirigée par le Dr Elmar Michel.

  

                        Ambassade allemande à Paris dirigée par Otto Abetz  (indépendant du MBF)

 

                        Gestapo ou SD (Sicherheitsdient) dirigée par Helmut Knochen. Ce service dépendra rapidement directement d'Himmler à Berlin.

                                   Herbert Martin Hagen spécialiste des affaires juives.

                                   Kurt Lischka assistant de Knochen.

                                   Théodor Dannecker dirigeant le Département spécial des affaires juives. C'était un antisémite fanatique. Il devait être le plus actif des Allemands engagés dans le programme à long terme de la politique antijuive en France.

 

                        Einsatzstab Rosenberg, dirigé par le fils du théoricien nazi Alfred Rosenberg. Il avait l'autorisation personnelle d'Hitler pour piller les archives françaises et les collections artistiques juives.

 

            La réduction des effectifs allemands en France du fait de la campagne de Russie rend nécessaire la collaboration de l'administration française.

 

            3 février 1941. Dannecker organise une réunion à Paris où il présente un plan destiné à amener les Français à établir un « office central juif » qui servirait à unifier et à stimuler la politique antijuive de la France et à aider les Allemands dans la solution finale qui commençait à se mettre en place.

 

            29 mars 1941. Création à Vichy du Commissariat Général aux Questions Juives (CGQJ) dirigé par Xavier Vallat antisémite résolu. « Les services de Vichy seraient désormais plus étroitement impliqués dans l'application des programmes antijuifs décidés par les Allemands. Si les Français cessaient de coopérer, le programme antijuif des Allemands en zone occupée serait moins complètement réalisé, faute de bénéficier des ressources en personnel et de l'expérience administrative des Français. Mais le régime de Vichy perdrait en zone occupée la souveraineté administrative qu'il venait de recouvrir. »

 

            Vichy définit le problème juif : 1941.

 

            13 décembre 1940. Pétain chasse Pierre Laval du gouvernement et le remplace par l'amiral Darlan. Cela provoque un refroidissement des relations avec les Allemands qui sont contre ce changement. 

            La politique de Darlan veut « réaffirmer la souveraineté de la France sur la zone occupée et restaurer l'unité de son action administrative dans les deux zones. Cet effort est un trait dominant de la politique générale de Vichy au printemps 1941. »

 

            Xavier Vallat allie l'antisémitisme à une conception du monde profondément traditionaliste. Il se proclame le champion de « l'antisémitisme d'Etat », de la réglementation de l'existence des Juifs par l'Etat pour le plus grand bien de tous « ni haine, ni représailles. »

 

            « Il insistait pour distinguer ses efforts antijuifs de ceux des racistes allemands et français et des collaborateurs extrémistes français dont l'antisémitisme était un moyen de bouleverser la société française. »

 

            « Il ne fait pas de doute que Vallat avait de l'aversion pour les formes les plus brutales et plus désordonnées du racisme « Blut und Boden », aversion qu'il partageai avec la plupart des membres de l'Action française, attachés au rôle historique de la France, à sa mission civilisatrice et à l'existence d'un Etat ordonné : en bon réactionnaire, Vallat préférait l'histoire à la biologie dans sa dénonciation des Juifs. »

 

            « Il voulait que la loi fut appliquée et il voulait diminuer le nombre des Juifs en France. Si une certaine dose de racisme pouvait l'y aider, il s'en accommoderait. »       

 

            Un activiste à l'�uvre : Xavier Vallat. 

 

            Lorsqu'il prend ses fonctions, Pétain lui confie trois taches :

 

                        - Présenter une nouvelle législation qui non seulement serait adaptée à la situation française mais serait acceptable pour les Allemands. Cela débouche sur le statut des Juifs du 2 juin 19141 qui remplace celui du 3 octobre 1940. Ce nouveau statut fut soigneusement discuté en conseil des ministres.

            « C'était une initiative proprement française sans intervention directe des Allemands. ». C'était un nouveau texte destiné à combler les lacunes de la loi précédente, mais aussi à prendre en compte les mesures allemandes les plus récentes.  

 

                        - Etablir un recensement détaillé de tous les Juifs de la zone non occupée. La police, les administrations préfectorales et municipales  furent toutes engagées dans l'opération et aucun juif n'en fut exempté. Les réfractaires pouvaient être punis de peines d'amendes voire d'internement.

 

                        - L'aryanisation des entreprises juives permises par la loi du 22 juillet 1941 qui permettait de les confisquer. « Le plus grave était que cette loi engageait l'administration française encore plus profondément dans la spoliation instaurée, par les Allemands, des biens des Juifs déjà en cours dans la zone occupée. En un marché néfaste et décisif, Vallat proposait d'obtenir pour Vichy le droit d'étendre à l'ensemble du pays, y compris la zone occupée, un programme antijuif désormais unifié, acceptant, en contrepartie de « toucher aux biens » en zone non occupée. (�) La loi fournissait une couverture juridique complexe et douteuse au pillage des biens des Juifs. Elle avait pour objet d'éliminer toute influence juive dans l'économie nationale. Elle permettait (sans toutefois l'y obliger) au Commissaire général de désigner à son gré des administrateurs à (tout bien) (�) appartenant aux Juifs. Les administrateurs avaient le pouvoir non seulement d'administrer les biens des Juifs dont le contrôle leur était confié, mais de les liquider si l'on estimait qu'ils n'apportaient rien à l'économie française, ou, dans le cas contraire, de les vendre à un acquéreur non juif. »         

 

            Sous la pression allemande, Dannecker voulant créer « un groupement obligatoire des Juifs en France,  et pour éviter une partition de fait entre les deux zones Vallat créa par la loi du 29 novembre 1941 l'Union Générale des Israélites de France (UGIF).

 

            « L'UGIF absorba tous les services philanthropiques et sociaux créés par les Juifs de France et les plaça sous une nouvelle structure administrative subordonnée  au CGQJ. Tous les Juifs résidant en France devaient payer des cotisations à l'UGIF qui était chargée officiellement de la « représentation des Juifs auprès des pouvoirs publics notamment pour les questions d'assistance, de prévoyance et de reclassement social. »

 

            Cette organisation inquiéta de nombreux notables Juifs qui craignaient un détournement des avoirs juifs.

 

            Une fois créée l'UGIF, Vallat use de promesses ou d'intimidation pour recruter des notables juifs qui accepteraient de diriger les deux conseils (zone occupée et zone sud).

                        - Les associations philanthropiques  et d'assistance sociale pourraient conserver leur identité au sein de l'UGIF.

                        - Il n'y aurait pas de liens officiels avec le consistoire.

                        - Le mot enseignement n'apparaitrait pas dans l'énumération des fonctions de l'UGIF (les Juifs redoutaient un enseignement séparé qui ouvrirait la voie à la création de ghettos.)

                        - Indépendance des deux conseils.

 

            Il menaça par ailleurs de nommer d'autres personnes à ces postes d'influence au cas où aucun notable juif ne serait volontaire.

 

            Finalement en zone occupée, André Baur assisté de Marcel Stora et Georges Edinger prend la direction de l'UGIF.

           

            En zone libre Albert Levy assisté de Raymond Raoul Lambert prend la direction de l'UGIF.      

 

            A partir d'août 1941, en représailles d'attentats anti-allemands, les autorités allemandes imposent une amende d'un milliard de francs à l'ensemble de la communauté juive (17 décembre 1941). « Utilisant l'outil que Vichy venait de mettre dans les mains, les Allemands ordonnèrent à l'UGIF de rassembler immédiatement la somme par les moyens qu'elle choisirait. »   

 

            16 janvier 1942. Loi de Vichy interdisant aux Juifs de la zone occupée de transférer leurs avoirs en France non occupée où ils pourraient échapper aux saisies allemandes.

 

            « La manière dont Vallat céda aux injonctions des Allemands au sujet de l'UGIF permet de penser que la combinaison de nationalisme, d'antisémitisme et d'orgueil personnel faussait son jugement sur les intentions des nazis (�) Comme tout le monde à Vichy, il voyait avec colère l'autorité des Allemands s'accroître dans la zone occupée, plus que la plupart, il croyait que seuls  les Français devraient y diriger le programme antijuif, car antisémite sa vie durant, il était fier de ses réalisations. Il pensait que le CGQJ et son chef avaient bien servi la reconstruction de la France et avaient posé les fondements d'un antisémitisme d'Etat qui était adapté à la situation et aux traditions françaises. »

 

            « Légaliste à l'excès, il croyait que les lois françaises garantiraient les intérêts français. Il semble avoir été convaincu que l'UGIF, ayant été créée par la législation française, augmenterait sa propre autorité en zone occupée, y réduirait le contrôle allemand sur les affaires juives et ne compromettrait pas les intérêts français au sud de la ligne de démarcation. »  

 

            Une impasse : l'émigration.

 

            Sous la direction de Vallat, les plans de Vichy n'allèrent pas plus loin que l'émigration du plus grand nombre possible de juifs étrangers.

 

            De leur côté, jusqu'à l'automne 1941, les Allemands encouragèrent eux aussi l'émigration des Juifs. Ils laissèrent les Français libres de mener leur propre politique, sauf en ce qui concernait l'application de la clause d'armistice relative au départ des hommes en âge de servir.

 

            Vichy désirait ardemment cette émigration et divers responsables politiques aplanirent les obstacles s'opposant au départ des Juifs. L'idée était de porter au maximum le nombre de départs, et de s'assurer que les Juifs d'autres pays, lorsqu'ils traverseraient la France n'épuiseraient pas les contingents d'émigration français dans un pays donné.

 

            Pour faire face aux difficultés et aux dépenses engendrées par un tel projet Vichy se tourna vers une organisation juive le HICEM, organisme d'émigration juif fondé à Paris en 1927 regroupant 3 organisations d'aide aux Juifs :

                        - HIAS (Hebrew Immigrant Aid and Sheltering Society), organisme américain.   

                        - Jewish Colonization Association, organisme anglais.

                        - Emigdirect, organisme juif allemand d'assistance aux Juifs d'Europe de l'Est en Allemagne.

 

            « La HICEM accomplit une tâche héroïque pendant les premières années de l'occupation, luttant inlassablement pour que l'administration française, les compagnies de navigation et les services consulaires de nombreux pays se mettent d'accord pour permettre aux Juifs de quitter la France. »

 

            Lorsqu'elle fut dissoute en mars 1943, la HICEM avait aidé environ 24.000 Juifs à émigrer régulièrement depuis juin 1940. Sa tâche fut d'autant plus compliquée que de nombreux pays avaient fermé leurs portes (USA avec la loi Russel, Suisse depuis 1938, Royaume Uni qui ferma aussi les portes de Palestine, l'Espagne, le Portugal).

 

            La chute de Vallat.

 

            A la fin de 1941, diminution de la crédibilité de Vallat aussi bien à Vichy qu'à Paris. Tous ses plans avaient échoué en particulier celui visant à substituer la loi française à la loi allemande et obtenir le retrait des ordonnances antijuives allemandes dans la zone occupée.

 

            14 décembre 1941. Arrestation à Paris d'un millier de notables juifs liés au monde des affaires et aux professions libérales.

 

            Juin 1941. Vallat demande officiellement au docteur Best d'abroger leurs ordonnances économiques relatives aux Juifs puisque les Français avaient leur propre programme d'aryanisation. Au cours d'une abondante correspondance le MBF souleva systématiquement des objections pour finalement refuser le 25 novembre, jugeant que ce n'étaient pas les textes qui n'étaient pas en cause, mais la manière dont ils étaient appliqués (trop lentement au gout des Allemands).

 

            « Le prix du retrait des mesures allemandes et d'une politique antijuive unifiée sous la direction française commença dès lors à apparaître plus élevée qu'auparavant. Parmi ceux qui commençaient à avoir des doutes figurait l'amiral Darlan. Le 8 janvier 1942, il écrivit au commissaire général pour lui exposer ses objections vigoureuses à un nouveau projet qui fermait aux Juifs une nouvelle série de professions commerciales. Darlan jugeait la mesure excessive et propre à augmenter le taux de chômage des Juifs. »         

   

            Vallat était pris entre un gouvernement français de plus en plus hésitant et des Allemands de plus en plus acharnés. Il ne voulait plus être poussé de l'avant dans ses négociations avec les nazis, mais ne pas revenir non plus en arrière.

 

            Du côté allemand son utilité était de plus en plus remise en question et dès décembre 1941 la Gestapo le traita avec le plus grand mépris, perquisitionnant même ses services à Pris et emportant des documents. La rupture se produit le 17 février 1942 lors d'un entretien violent entre Vallat et Dannecker. Vallat est démis de ses fonctions par Darlan le 19 mars 1942.  

 

            « Vallat n'était pas l'homme de la « solution finale », quel que fut le sens ou l'entendaient les Allemands. A mesure que les objectifs nazis se clarifiaient, à la fin de 1941 et au début de 1942, les Allemands voulurent établir une nouvelle politique antijuive et un nouveau style d'antisémitisme. Néanmoins ils appréciaient ce que Vallat avait fait et reconnaissaient à quel point sont travail avait été indispensable. Dannecker lui-même rendit largement hommage à Vallat dans une note envoyée à Berlin, cinq jours seulement après leur échange d'insultes. « Bien que la personne du commissaire aux Juifs soit fort discutée pour diverses raisons, il faut dire cependant que, grâce à l'existence d'un commissariat  aux Juifs, la législation antijuive a connu un regain d'activité et de progrès. » »

 

Chapitre IV. Le système à l'oeuvre (1940-1942)

 

            

 

A suivre

11/04/12(01/01/12)

 



08/01/2012
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