1943. Pour Stéphane Courtois, Manouchian fut une "erreur de casting"

Pour Stéphane Courtois, Manouchian fut une « erreur de casting »

 

 

Pour l'historien qui a dirigé «Le Livre noir du communisme», le résistant d'origine arménienne fut davantage un intellectuel et un poète qu'un chef de guerre.

Morts en héros, Missak ­Manouchian, 38 ans, et vingt-deux de ses camarades furent fusillés, après avoir refusé qu'on leur bande les yeux, le 21 février 1944 au Mont Valérien. Olga Bancic, vingt-troisième membre du groupe, fut, elle, décapitée à la prison de Stuttgart. La loi allemande ne permettait pas de fusiller les femmes…

Dans la foulée de ces exécutions, la propagande allemande placarde des milliers de ces fameuses affiches rouges portant en médaillons noirs les visages de dix fusillés. Au centre, la photo ­de Manouchian, avec cette inscription : « Arménien, chef de bande, 56 attentats, 150 morts, 600 blessés. »

Missak Manouchian est, en effet, un Arménien, né en 1906 en Turquie dans une famille paysanne. Enfant, il perd son père, probablement tué lors du génocide arménien, et sa mère meurt peu après de la famine. Manouchian débarque à Marseille en 1925. Au printemps 1943, il devient le responsable des Francs-tireurs et partisans, Main d'œuvre immigrée (FTP-MOI).

Des jeunes imprudents

Une organisation créée par le parti communiste et la CGT, composée d'hommes ayant fui le nazisme, notamment des juifs hongrois et polonais. Le groupe commandé par Manouchian se distingue très vite par ses actions d'éclats, ses attentats en plein Paris contre des soldats et des officiers nazis.

L'historien Stéphane Courtois insiste sur le fait que le groupe Manouchian rassemblait des « amateurs » : « Il s'agissait de jeunes de 18 ou 19 ans qui allaient au cinéma, à la piscine, sans se soucier des règles de sécurité. Ils étaient des amateurs qui avaient en face d'eux une police française parfaitement professionnelle, spécialisée dans les filatures. Ils ont ainsi été suivis pendant des mois. »

L'imprudence de ces jeunes gens était telle, selon Stéphane Courtois, que Boris Holban, fondateur des FTP-MOI, avait, dès 1943, demandé à la direction du PCF de « mettre au vert » le groupe, au moins le temps de « couper les filatures ». Une demande que refusa le parti communiste. Si bien que Boris Holban quitta son poste et fut remplacé par Manouchian.

S'il le considère bien comme un héros, Stéphane Courtois remarque toutefois que ­Manouchian fut « une erreur de casting ». Pour l'historien, « c'est un héros parce qu'il était courageux, mais un héros malheureux qui n'avait pas la compétence pour être un chef militaire. Il était un intellectuel et un poète. »



Blaise de Chabalier

Le Figaro.fr le 16 septembre 2009.



07/03/2017
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