Volume 1. Chapitre 1. La Gaule au Ve siècle. (NDL)

Chapitre 1. LA GAULE AU Ve SIECLE.

 

 

407, passage du Rhin par des groupes barbares. « En aucun cas, le passage du Rhin ne peut être aujourd'hui considéré comme une confrontation inédite entre une romanité inchangée depuis le Haut Empire et une civilisation germanique, soudainement surgie des forêts profondes de l'Europe centrale. Invasions barbares ? Les historiens préfèrent désormais parler de migrations des peuples, qu'ils replacent dans un temps long. Ils insistent davantage sur l'intégration, non sans heurts certes, des barbares dans l'Empire depuis le IV e siècle. »

 

I. L'EMPREINTE DE ROME.

 

476, l'empereur Romulus Augustule est déposé mais « parler de la chute de Rome à ce propos n'a pas grand sens, tant les structures politiques et administratives de l'antiquité tardive continuent à marquer durablement les siècles mérovingiens. »

 

1). Géographie administrative de la Gaule.

 

La Gaule est divisée en deux diocèses civils.

 

Diocèse des Gaules qui comprend 10 provinces : les quatre Lyonnaises, les deux Belgiques, les deux Germanies, la Grande Séquanie, les Alpes Gréées et Pénines. La capitale de ce diocèse était fixée à Trêves.

 

Diocèse de Viennoise avec 7 provinces : Les deux Aquitaines, les deux Narbonnaises, la Novempopulanie et les Alpes maritimes. La capitale du diocèse, au départ fixée à Vienne, fut ensuite transférée à Arles.

 

Dans chaque province, il y a un nombre variable de cités (civitate) possédant chacune une capitale (caput civitatis). Au départ ces cités correspondaient aux territoires des principales tribus gauloises (au total 114 cités dans les 2 diocèses).

 

Avec le temps, il y a disparition du maillage des diocèses civils, mais pas celui des provinces et des cités, qui à partir du IV e siècle accueillent les principales institutions de l’Église. « Le diocèse ecclésiastique fut le continuateur de la civitas antique. Ainsi sans changement majeur, le réseau des cités se maintiendra t'il intact jusqu'à la révolution française. »

 

Les impôts pesaient sur les cités mais les membres de la noblesse sénatoriale (service militaire) et les clercs (service religieux) en étaient exemptés.

 

Rome est aussi à l'origine du développement d'un extraordinaire réseau de routes qui reliaient entre eux tous les chefs lieu de cités.

 

« Il fallut attendre le XI e siècle et l'inadaptation progressive aux réalités économiques, en particulier l'affirmation de nouveaux centres urbains, distincts des anciens chefs lieux de cité, pour voir en partie remodelé ce réseau urbain et routier hérité de Rome. »

 

2). Le christianisme.

 

Il y a christianisation de la Gaule dès le II e siècle par l'installation de petites communautés orientales de marchands juifs.

 

177. Persécution de la communauté de Lyon.

 

313. L’Édit de Milan fait cesser les persécutions et le christianisme est autorisé dans l'ensemble de l'Empire.

 

314. Réunion d'un concile à Arles qui rassemble une quarantaine de participants.

 

Entre 319 et 394, une série de lois interdisent dans l'Empire toute expression privée ou publique du paganisme traditionnel.

 

« Avec Théodose (379-395), l'Empire devint officiellement chrétien. Seuls les Juifs conservaient leur liberté de culte. D'Oriental, le christianisme se fit profondément romain et latin, en particulier grâce au travail de traduction et de commentaire réalisé par les Pères occidentaux au IV e siècle, en premier lieu Jérôme et Augustin. »

 

Par contre la Gaule est massivement touchée par les thèses arianistes condamnées en 325 au concile de Nicée (Arius considérait que la divinité du Christ, qui s'était fait homme, ne pouvait en aucun cas être équivalente à celle de Dieu. Il contestait le mystère de la Trinité et l'égalité entre le Père, le Fils et l'Esprit). A partir de 360, l'orthodoxie l'emporte à nouveau.

 

A partir du milieu du IV e siècle on assiste au développement du monachisme en particulier avec Martin (avant 371). A la fin du IV e, l'évêque de Fréjus installe Honorat sur l'île de Lérins.

 

3). La transformation des pouvoirs dans les cités.

 

Au cours du IV e siècle, on assiste à un désintérêt progressif des élites traditionnelles pour la vie politique locale :

- Obligation de dépenses sous forme d'évergétisme.

- Rendre compte de la levée des impôts sur sa fortune.

- Tenir tête aux bandes de révoltés, les bagaudes.

 

« Au même moment, un personnage s'affirme dans la cité. Il s'agit de l'évêque. Institutionnalisation progressive du christianisme jusqu'à sa reconnaissance comme religion officielle dans l'Empire lui donne un rôle de plus en plus important dans la gestion des affaires locales. » Peu à peu l'épiscopat va exercer les responsabilités publiques.

 

« L'association étroite de l'épiscopat aux responsabilités locales n'est pas propre à la royauté mérovingienne puis carolingienne. Elle n'est pas née non plus de l'urgence dans laquelle les cités se cherchèrent des chefs, pour faire face aux menaces des Germains puis des Huns, mais elle trouve son origine dans la réorganisation des pouvoirs au sein de l'Empire romain tardif. » Cela implique une modification de la topographie des cités, l'église étant installé au centre, à proximité du forum.

 

Cet épiscopat gaulois est dans sa très grande majorité issu de l'aristocratie sénatoriale, ce qui permet à ces familles de maintenir leur position.

 

II. DES PEUPLES GERMANIQUES AU SERVICE DE ROME.

 

1). Les crises du IIIe siècle et les transformations du limes.

 

Début du IIIe siècle, augmentation de la pression des peuples germaniques.

 

Vers 250, aggravation de la situation, les Romains doivent faire face à une triple poussée :

- Sur le Rhin.

- Le long du Danube.

- En Orient de la part du royaume perse sassanide.

 

C'est dans ce contexte que les sources parlent pour la première fois de Francs.

 

« Au IIIe siècle cependant, l'empereur n'avait pas les moyens de s'opposer simultanément à toutes les menaces. La crise devint donc politique et l'on vit se multiplier les coups d'Etat et les usurpations au sein de l'armée qui pensa légitime de confier à ses chefs le soin d'affronter les Barbares. »

 

« Les réformes administratives de Dioclétien (284-305) et l'instauration de la Tétrachie permirent le retour de la paix et l'Empire connut alors un siècle de progressive récupération. (….)(Pourtant) A la fin du IIIe siècle, les champs décumates furent définitivement abandonnés aux Alamans et le limes fut alors établi de manière plus rationnelle sur le Rhin et le Danube. Les fortifications furent renforcées. »

 

En un siècle (début – fin IIIe) on estime que les forces armées romaines passèrent de 300.000 hommes à 450.000 hommes avec un maximum de 600.000 hommes au milieu du Ve siècle. A l'intérieur de l'Empire, les cités gauloises sont peu à peu fortifiées.

 

2) Le service militaire des Germains.

 

La restauration de l'autorité romaine au IV e siècle s'accompagne d'une plus grande ouverture à l'égard des peuples germaniques.

 

340. installation des Francs Saliens, par l'empereur Constant dans la boucle formée par la basse vallée du Rhin.

« Avec le temps, la part des contingents barbares tendit à croître.Au début du Ve siècle, un quart des troupes étaient constituées de citoyens romains, le reste des effectifs était composé d'auxiliaires et parmi eux de nombreux barbares. L'institution militaire fonctionnait comme un creuset favorisant leur intégration. »

 

3) Nouveau regard sur les Barbares : le phénomène d’ethnogenèse.

 

« Les historiens sont donc aujourd'hui enclins à penser que la cohésion des groupes barbares est longtemps restée extrêmement faible et qu'elle se fondait peu sur une conscience ethnique ou biologique (….) On considère aujourd'hui que la structuration progressive des groupes barbares n'est pas un phénomène endogène mais bien le résultat de la confrontation et de la collaboration, principalement militaire, on l'a dit, avec l'Empire romain à partir du IIIe. L'administration impériale exigeait de distinguer des groupes qu'elle nommait « peuples » (gentes) et de disposer d'interlocuteurs qu'elle désignait comme « rois » (reges). Rome doit donc être tenue pour la grande responsable de la formation des peuples et des royautés barbare jusqu'à leur insertion territoriale dans l'Empire au Ve siècle » (phénomène d’ethnogenèse).

 

« Ce fait que tous les peuples barbares aient cherché, à partir du VI e siècle, à écrire le récit de leur origine montre d'ailleurs la nécessité qu'il y avait alors de donner une interprétation cohérente d'un passé récent, en réalité très mal connu. »

 

« Toutes ces remarques visent à rappeler que les Barbares qui entrent en Gaule au début du Ve siècle sont familiarisés depuis des générations avec la civilisation romaine. »

 

« Les royaumes qui se formeront en Gaule au Ve siècle ne procédèrent pas de chefs germaniques complètement intégrés (…) mais de ceux qui avaient habillement su entretenir une image équivoque, leur permettant de compter dans les situations difficiles, sur leur propre armée rassemblée autour d'une certaine identité barbare. »

 

III. L'INSTALLATION DES PEUPLES GERMANIQUES AU Ve SIECLE.

 

« En Orient comme en Occident, jusque dans le dernier quart du IV e siècle, l'intégration individuelle ou collective de soldats germaniques et de leur famille concernait des effectifs relativement restreints. L'irruption du peuple des Huns, venus des steppes d'Asie centrale, bouleversa cet équilibre aux frontières de l'Empire et provoqua d'importants mouvements de populations. »

 

407. Une centaine de milliers de germains traversent le Rhin pour une population gauloise estimée à 5 millions d'habitants.

 

1) Les Barbares en Gaule.

 

Les Goths sont les premières victimes des Huns. Les Wisigoths traversent le Danube en 376 avec l'accord de l'empereur Valens.

 

406. Les Vandales traversent le Danube gelé mais sont défaits par Valens près de Florence.

 

406 (fin de l'année). Le Rhin gelé laisse le passage, à Mayence, aux Vandales, aux Alains et aux Suèves.

 

414. Arrivée des Wisigoths venant d'Italie.

 

Durant de nombreuses années des bandes militaires germanique vont parcourir la Gaule non pas pour piller et dévaster, mais pour tenter de « s'insérer vaille que vaille dans l'ordre politique et juridique romain qu'elles connaissaient en raison des services militaires qu'elles avaient rendus par le passé. »

 

2) L'établissement des royautés germaniques en Gaule au Ve siècle.

 

414. Les Wisigoths dirigées par Attale se fixent en Espagne et en Aquitaine.

 

416. Signature d'un traité entre Attale et l'empereur Honorius. Les Wisigoths reçoivent les deux tiers des terres et des revenus fiscaux destinés à rémunérer leurs nouvelles missions. « ce foedus de 416 doit être considéré comme l'acte de naissance du premier royaume barbare romano-barbare. Romain car il s'insérait dans l'ordre politique et administratif ancien , (…) barbare, car tout fonctionnaire romain qu'il pût être, le roi des Wisigoths n'en restait pas moins le chef de son peuple en armes. »

 

418-451. Règne de Théodoric Ier qui travaille à la stabilisation de son royaume autour de Toulouse (avec extension en Narbonnaise et en Espagne). Il meurt à la bataille des Champs Catalauniques. Lui succèdent ses fils Thorismond (451-452) et Théodoric II (453-466).

 

Théodoric est assassiné par son frère Euric en 466 qui meurt lui même en 484 laissant le royaume à son fils Alaric II. « A cette date le rayonnement du royaume wisigothique était considérable. Il couvrait l'ensemble des régions de la Gaule située au Sud de la Loire et coïncidait donc dans les grandes lignes avec le diocèse civil des sept provinces. »

 

Le royaume Burgonde.

 

443, le maître de la milice Aétius installe les Burgondes autour de Lyon et de Genève, situation reconnue par l'empereur Avitus en 457. Gondebaud et son fils Sigismond entendaient se comporter en fonctionnaires romains. Adeptes d'un arianisme tempéré, ils se convertissent au christianisme au début du VI e siècle. Le royaume Burgonde va progressivement s'étendre sur une partie du Jura, de la vallée de la Saône jusqu'au plateau de Langres, de l'Autunois et de l'ensemble de la vallée du Rhône jusqu'aux portes d'Orange. Il disparaît en 534 à cause de la conquête franque.

 

Le royaume Franc.

 

Installés au milieu du IV e siécle en Toxandrie, boucle formée par les bouches du Rhin, une partie d'entre eux (Francs saliens) amorcent vers le Sud un lent mouvement migratoire en suivant l'axe de l'Escaut.

 

Peu de connaissances sur ces chefs Francs mais « il est sûr cependant que coexistaient dans la seconde moitié du Ve siècle un certain nombre de petits groupes, qui n'étaient pas encore soumis à l'autorité d'un seul chef, puisque ce fut précisément l'habileté de Clovis que de parvenir à les fédérer ».

 

« Dans le domaine du droit, l'ambition des nouveaux souverains s'est manifesté avec force. Avec le concours de juristes romains, ils entreprirent rapidement de fixer par écrit les coutumes de leurs peuples en latin, bien que certaines expressions en langue germanique aient pu être conservées. »

 

Edit de Théodoric

Code d'Euric (476)

Loi Gombette (vers 502)

 

« La mise par écrit du droit chez les Francs pose davantage de problèmes, car il est beaucoup plus difficile de fixer le lieu et l'époque où fut rédigée la plus ancienne version de la loi salique (peut être vers le milieu du Ve siècle pour la version primitive) »

 

3) Les Barbares et la défense de la Gaule romaine.

 

425. L'impératrice Galla Placidia qui gouverne au nom de son fils Valentinien III confie à Aétius la charge de maître de milice en Gaule. Il laisse surtout le souvenir de l'homme qui arrêta Attila en 451 à la bataille des Champs Catalauniques (entre Troyes et Châlons).

 

« Lorsque le 4 septembre 476, on apprit en Gaule que l'Empereur d'Occident Romulus Augustule, avait été déposé par le chef de la garde impériale, le skire Odoacre et que les insignes impériaux avaient été renvoyés à Constantinople, désormais seule capitale de l'Empire romain, la situation ne changea pas en Gaule. On trouverait même difficilement un événement qui, aux yeux des contemporains, eut aussi peu d'importance que celui là. Depuis des décennies le pouvoir était dans les mains des généraux qui se présentaient tous comme romains, bien qu'ils aient commandé indistinctement des armées qui, depuis longtemps, étaient tout à la fois romaines et germaniques. »



07/05/2014
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