Clausewitz. De la guerre. V. Les forces militaires. (NDL)

Livre V. Les forces militaires.

 

Chapitre I. Aperçu général.

 

Dans cette partie, les forces militaires sont étudiées comme une condition nécessaire du combat et non sous l'angle du combat lui même.

 

Chapitre II. Armée, théâtre de guerre et campagne.

 

1. Le théâtre de guerre.

 

Il désigne toute partie de l'ensemble de la zone de guerre dont les limites sont protégées, et qui possède de ce fait une certaine indépendance. Elle représente elle même un petit ensemble.

 

2. L'armée.

 

Ce sont les troupes massées dans un seul et même théâtre de guerre. Le commandant en chef est une marque distinctive de l'armé. Si ces choses sont bien organisées, il ne doit y avoir qu'un seul commandement pour un seul théâtre de guerre et le commandant en chef d'un théâtre de guerre particulier devrait toujours jouir de l'indépendance voulue.

 

3. La campagne.

 

Désigne les événements d'un seul théâtre de guerre. Le pire c'est d'attacher la durée d'un an à cette notion, car les guerre ne se divisent plus tout naturellement, et en raison des quartiers d'hiver déterminés et prolongés, en campagne d'un an.

 

Chapitre III. Le rapport de force.

 

« Si l'on examine en toute impartialité l'histoire militaire moderne, il faut reconnaître que la supériorité numérique devient de jour en jour plus décisive (….) En effet on chercherait vainement dans l'histoire militaire moderne, un exemple de bataille où la victoire ait été remportée sur un ennemi deux fois plus fort, comme cela se produisait jadis. Bonaparte (…) a toujours su rassembler pour ses principales batailles victorieuses, une armée supérieure ou tout au moins à peine inférieure à celle du camp adverse, et lorsqu'il n'en eut pas la possibilité comme à Leipzig, Laon et Waterloo, il fut battu. »

 

« Plus les forces sont faibles, plus les objectifs doivent être réduits ; en outre, plus les forces sont faibles, plus la durée sera courte. »

 

« Quand la disproportion des forces est telle qu'aucune limitation de l’objectif ne peut conjurer la catastrophe ou que la durée probable du danger est si longue que la plus extrême économie des forces ne suffit plus à conduire au but, la tension des forces se concentrera ou devra se concentrer en un seul coup désespéré. »

 

Chapitre IV. Le rapport des armes.

 

L'engagement dispose de deux moyens essentiellement différents :

- Le principe destructeur du feu.

- Le corps à corps ou engagement personnel.

 

L'artillerie n'opère que par le premier.

La cavalerie n'opère que par le deuxième.

L'infanterie opère par les deux.

 

Dans l'engagement personnel, l'essence de la défense consiste à demeurer fermement debout, comme enraciné dans le sol. L'essence de l'attaque est le mouvement. La faculté essentielle de l'infanterie consiste dans la fermeté de la station, mais elle n'est pas complètement privée de mouvement.

 

« Dans nos guerres actuelles le principe destructeur du feu est évidemment de loin le plus efficace. Néanmoins, il est tout aussi évident que le combat personnel d'homme à homme doit être considéré comme la véritable base de l'engagement. Ainsi une armée qui ne se composerait que d'artillerie serait un non sens. Par contre une armée faite entièrement de cavalerie serait une chose concevable ; mais une armée d'infanterie serait bien la plus forte. » En ce qui concerne leur indépendance, il en résulte que :

 

L'infanterie est la plus indépendante des trois.

L'artillerie manque totalement d'indépendance.

La cavalerie est l'arme la moins indispensable.

 

Une force maximum résulte de la combinaison des trois.

 

« L'artillerie est la plus terrible des armes et son insuffisance affaiblit plus que tout autre l'intensité d'une force armée. C'est l'arme la moins mobile (…) Elle a toujours besoin d'une couverture car elle est incapable de livrer combat elle même (….) Elle est la seule dont l'ennemi puisse très vite se servir contre nous (….) Un excès d'artillerie impose aux opérations un caractère plutôt défensif et passif ; on aura recours à des positions fortifiées, à un terrain accidenté, voire à des positions de montagne, pour que les obstacles naturels servent de défense. »

 

« La cavalerie renforce la mobilité de l'armée. Un excès de cavalerie n'est jamais un facteur d'affaiblissement direct de la force militaire ou de disproportion intrinsèque, mais il peut l'être indirectement à cause des difficultés de ravitaillement (….) Avec une cavalerie nombreuse, nous aurons une prédilection pour les grands mouvements (tourner les flancs, opérer des mouvements plus audacieux). »

 

Le bilan des remarques.

 

1. L'infanterie est l'arme principale à laquelle les deux autres sont subordonnées.

 

2. En déployant plus d'art et d'activité dans la direction de la guerre, l'insuffisance des deux armes subordonnées peut être compensée dans une certaine mesure, à condition que l'on soit d'autant plus fort en infanterie ; plus celle ci sera bonne, plus cela sera facile.

 

3. Il est plus difficile de se passer d'artillerie que de cavalerie, car elle constitue le principe de destruction par excellence et son action se confond davantage avec celle de l'infanterie.

 

4. De façon générale l'artillerie étant l'arme la plus forte quand à sa capacité de destruction, et la cavalerie la moins forte, il faut toujours se demander : quel est le maximum d'artillerie que l'on peut avoir sans inconvénient et quel est le minimum de cavalerie dont on a besoin.

 

Chapitre V. Ordre de bataille de l'armée.

 

« L'ordre de bataille est la répartition et la combinaison des différentes armes en unités de l'armée entière ; c'est la disposition qui restera de règle à travers toute la campagne ou toute la guerre. »

 

Il consiste donc en quelque sorte en un élément arithmétique et un élément géométrique, la division et la disposition.

 

La division en 8 parts :

avant-garde : 1 partie.

Aile droite, noyau central, aile gauche : 3 parties.

Réserve : 2 parties.

Reconnaissance à droite et à gauche : 2 parties.

 

Le nombre de parties ne doit pas devenir trop grand sous peine de désordre.

 

Une brigade est une section qu'un seul homme est censé pouvoir diriger directement, c'est à dire à portée de voix.

 

La combinaison des armes. « En stratégie, la combinaison des armes dans l'ordre de bataille n'a d'importance que pour les parties qui, dans l'ordre habituel des choses, s'emploient souvent en positions détachées où elles peuvent se trouver dans l'obligation de livrer un engagement indépendant. La combinaison détaillée des trois armes, jusqu'où elle doit aller, jusqu'à quel point de fusion et dans quelles proportions le contingent de réserves qu'il faut conserver de chacune, toutes ces questions sont purement tactiques. »

 

La disposition. « L'ordre de bataille de l'armée est donc la division et la disposition de celle ci au sein d'une masse prête à la bataille. Les parties se combinent de telle manière que les exigences tactiques et stratégiques du moment peuvent être aisément satisfaites par l'utilisation de certaines d'entre elles prélevées sur cette masse. Une fois que ces besoins momentanés ont disparu, les parties reprennent leurs anciennes places. »

 

Chapitre VI. Disposition générale de l'armée.

 

En dehors de l'engagement, l'armée peut se trouver dans trois dispositions différentes :

Les quartiers.

Les marches.

Les cantonnements.

 

En l'absence de tout objectif particulier, le seul qui compte est celui de la subsistance, et par conséquent la sécurité de l'armée.

 

Facilité de ravitaillement et facilité d'abri pour les troupes. Il faut rechercher des régions cultivées, de grandes villes et de grandes routes. Ce sont des mesures plus générales que particulières.

 

Sécurité des arrières. Il faut que la position soit à angle droit avec la principale ligne de retraite la plus proche de la position.

 

De l'espace libre devant soi. L'avant garde, les équipes d'éclaireurs, les espions etc... servent de vue stratégique, et l'observation leur sera naturellement plus facile en terrain libre qu'en terrain couvert.

 

Etablir la position elle même en terrain coupé (envers de la précédente)

 

Des points d'appui stratégiques. Ils différent des points d'appui tactique en deux choses ; d'abord il est inutile que l'armée soit en contact direct avec eux, ensuite ils doivent être beaucoup plus étendus.

 

Disposition fragmentée de l'armée.

 

- Il faut mettre en avant l'avant-garde en même temps que d'autres groupes chargés d'observer l'ennemi.

 

- Dans les très grandes armées les réserves sont généralement placées plusieurs milles en arrière, c'est à dire sur une position distincte.

 

- La couverture des deux ailes de l'armée exige en général des corps spéciaux disposés séparément. «  Les ailes elles mêmes ne sont pas les points faibles d'une armée, pour la bonne raison que l'armée ennemie en a aussi et ne peut pas menacer les nôtres sans exposer les siennes au même péril. Elles sont cependant singulièrement importantes, car à cause des mouvements tournants, la résistance n'est plus aussi aussi simple que sur le front. Il faut toujours que les ailes soient particulièrement bien défendues contre les entreprises imprévues de l'ennemi, et c'est ce que l'on fait en plaçant aux ailes des masses plus fortes que la simple observation n'en exigerait. »

 

Chapitre VII. Avant-garde et avant-postes.

 

« Tout corps de troupe qui n'est pas parfaitement prêt au combat a besoin d'une avant-garde qui dépiste et découvre l'approche de l'ennemi avant qu'il ne soit en vue, car en règle générale le champ visuel des troupes ne dépasse pas l'aire d'efficacité des armes. »

 

Quand les troupes sont en marche, un détachement plus ou moins important forme son avant-garde ; si le mouvement se fait en sens inverse, celui ci devient l'arrière garde. Si les troupes se trouvent dans des quartiers au cantonnement, l'avant-garde est formée par une ligne étendue de faibles postes, les avant-postes. » Les objectifs de ces derniers vont de la simple observation à la résistance effective, le temps de se préparer au combat et contrarier les plans de l'ennemi.

 

Les raisons d'une forte avant-garde à l'armée centrale plus que sur les ailes.

 

- La masse de troupes qui compose le centre est généralement plus considérable.

 

- Le point central d'un secteur sur lequel s'étend le front d'une armée reste toujours le point le plus important ; les plans se rapportent presque tous à lui et c'est pourquoi il se trouve aussi plus près du champ de bataille que les ailes.

 

- Un corps placé en tête de la partie centrale, bien qu'il ne puisse protéger directement les ailes comme le ferait une véritable avant-garde, contribue cependant beaucoup à leur sécurité de façon indirecte. En effet d'ordinaire l'ennemi ne peut pas déplacer une pareil corps d'une distance donnée pour entreprendre une action de quelque envergure contre une de ses ailes car il s'exposerait à une attaque de flanc et sur les arrières.

 

« L'avant-garde centrale, si elle est beaucoup plus forte que celle des ailes (….) prend en tant que corps avancé un sens stratégique général. »

 

- Il offre une résistance plus vigoureuse dans les cas où nos dispositions exigent beaucoup de temps ; comme il impose une plus grande prudence à l'ennemi qui avance, il sert donc à multiplier les efforts d'une avant-garde ennemie

 

- Quand la masse centrale des troupes est très nombreuse, il sert à retenir cette masse peu maniable à quelques distances, tout en nous permettant de garder un corps de troupe mobile à proximité de l'ennemi.

 

- Il sert à tenir un corps d'observation à proximité de l'ennemi lorsque pour d'autres raisons la masse principale est obligée de rester très loin de lui.

 

- Pendant la poursuite de l'ennemi, un simple corps de l'avant-garde, joint à la plus grande partie de la cavalerie permet des mouvements plus rapides, au point de rester le soir plus longtemps sur place, et le matin être prêt plus tôt que lorsqu'il s'agit d'engager l'ensemble.

 

- Ce corps peut servir d'arrière-garde dans la retraite et à défendre les principaux secteurs du terrain.

 

« Lorsqu'une armée en marche fait halte le soir pour reprendre sa marche le lendemain matin, l'avant-garde doit naturellement faire de même, et assurer les postes de sécurité pour elle même et pour l'ensemble de l'armée. »

 

« Plus la durée du repos est brève, moins la couverture a besoin d'être parfaite ; l'ennemi ne peut apprendre du jour au lendemain ce qui es couvert et ce qui ne l'est pas. Plus la durée du repos est longue, plus l'observation et la couverture de tous les points d'accès devront être parfaites. »

 

Chapitre VIII. Forme d'efficacité des corps avancés.

 

Les fonctions de l'avant-garde et des corps de flanquement :

 

- Observer l'ennemi.

 

- Retarder son avance.

 

Trois manières de retarder son avance :

 

- Par l'avance plus prudente, donc plus lente de l'ennemi.

 

- Par la durée de la résistance réelle.

 

- Par la retraite elle même. « Cette retraite doit s'effectuer aussi lentement que la sécurité le permet. Toute occasion de disposition nouvelle, offerte par la nature du terrain, doit être mise à profit, ce qui oblige l'ennemi à préparer de nouvelles attaques et des mouvements tournants. »

 

« La résistance par la lutte et la retraite sont étroitement liées et (…) la brièveté des engagements doit être compensée par leur multiplicité. »

 

« Plus la distance à laquelle un corps a été avancé est grande, plus sa retraite sera longue, et plus par conséquent, sera long aussi le temps gagné par sa résistance ; mais comme dans sa position ce corps a moins de force de résistance et moins de renfort, il devra retraiter en un temps relativement plus court que si son chemin avait été plus court et qu'il se fût trouvé à proximité de l'armée principale. »

 

Conclusion. « L'efficacité des corps avancés consiste plutôt dans leur simple présence que dans la force réellement déployée par eux, plutôt dans la possibilité des engagements qu'ils pourraient livrer que dans ceux qu'ils livrent réellement ; ils ne sont pas destinés à arrêter les mouvements de l'ennemi mais à les modérer et à les régulariser comme le ferait un pendule, ce qui nous permet de les soumettre à nos calculs. »

 

Chapitre IX. Les camps.

 

Clausewitz estime que l'abandon des toiles de tente à cause de l'encombrement est une erreur. Le manque de protection a pour conséquence une augmentation des pertes par suite de maladie.

 

Chapitre X. Les marches.

 

« Les marches ne sont que le passage d'une position à une autre, ce qui pose deux conditions capitales. »

 

La commodité des troupes.

 

La précision des mouvements.

 

« La marche devient d'autant plus facile et précise que la masse des troupes composant la colonne est petite. »

 

Lors de la marche, dès qu'un engagement peut-être envisagé les colonnes doivent être en mesure de livrer un engagement indépendant par la combinaison des trois armes.

 

Les marches se divisent en :

 

Marches perpendiculaires au front.

 

Marches parallèles au front (marches de flanc).

 

Chapitre XI. Les marches (suite).

 

Longueur et temps des marches d'après Clausewitz : 3 milles par jour soit de 8 à 10 heures en terrain plat et de 10 à 12 heures en montagne (pour une division de 8000 hommes).

 

Chapitre XII. Les marches (suite).

 

L'effet destructeur des marches sur les forces combattantes : « Sur le théâtre de guerre proprement dit, le manque de ravitaillement et d'abris, les mauvaises routes usées et l'obligation d'être à tout moment prêt à la bataille, sont la cause d'efforts disproportionnés qui détruisent les hommes, les bêtes, les véhicules et les vêtements. »

 

« Après une marche de 100 milles ou plus, une armée arrive toujours à destination dans un état très affaibli, surtout en fait de cavalerie et de véhicules. »

 

« Quand on se prépare à mener une guerre riche en mouvements, il faut donc s'attendre à une grande destruction de ses propres forces ; il faut organiser les autres plans en conséquence et veiller avant tout aux renforts qui devront suivre. »

 

Chapitre XIII. Les quartiers.

 

Deux éléments qui rendent l'établissement de quartiers impossible :

 

- La proximité de l'ennemi.

 

- La rapidité du mouvement.

 

« Quand les forces en présence oscillent, s'équilibrent, se pèsent mutuellement, l'attention principale se porte sur la manière d'héberger les troupes. Ce besoin exerce une certaine influence sur la conduite même de la guerre, d'une part en nous poussant à gagner du temps grâce à une avant-garde plus considérable et plus avancée, d'autre part en nous poussant à tenir compte de la richesse et de la fertilité du territoire plutôt que de ses avantages tactiques, des rapports géométriques, des lignes et des points. »

 

« Plus la forme des quartiers se rapproche du carré voire du cercle, plus vite se fait le rassemblement des troupes sur un point, c'est à dire au centre. Plus le point de rassemblement est situé en arrière, plus l'ennemi mettra du temps à l'atteindre, et plus il nous restera de temps pour le rassemblement. »

 

Il faut prendre les quartiers derrière les obstacles naturels qui servent de couverture et qui permettent de détacher quelques petites équipes pour l'observation.

 

Il ne faut prendre complètement ses quartiers que dans les 3 cas suivants :

 

- Quand l'ennemi en fait autant.

 

- Quand l'état des troupes le rend absolument nécessaire.

 

- Quand la tâche immédiate de l'armée se borne absolument à la défense d'une forte proportion et que tout ce qui importe est d'y rassembler les troupes en temps voulu.

 

Chapitre XIV. Le ravitaillement.

 

« Les guerres modernes (après 148) ont pris par la volonté des gouvernement une forme plus systématique et plus cohérente. L'objectif militaire s'impose partout ; en ce qui concerne les subsistances, il exige une organisation qui permette de satisfaire les besoins de l'armée. »

 

Celui qui ne prend pas en compte le problème du ravitaillement comment une grave erreur. « La capacité de supporter les privations est une des plus belles vertus militaires, et sans elle aucune armée n'est animée d'un véritable esprit guerrier ; à condition que ces privations soient temporaires, imposées par les circonstances et non la conséquence d'un système mesquin. »

 

4 modes de ravitaillement.

 

1. Ravitaillement aux frais de l'habitant ou de la commune, ce qui revient au même. « Dans un territoire de densité moyenne, c'est à dire de deux ou trois mille habitants par mille carré, une armée de 150.000 combattants pourra être ravitaillée par l'habitant et la commune pendant une durée d'un ou deux jours sur un espace très réduit. »

 

2. Réquisitions effectuées par les troupes. Il faut placer les bataillons isolés à proximité de villages pour permettre la réquisition de vivres. Mais ce système ne permet que de ravitailler de petits effectifs et il ne faut « y recourir que comme à un mal nécessaire. »

 

3. Par voie de réquisition régulière. « Il se distingue du moyen précédent notamment par la collaboration de autorités locales. Les provisions ne doivent plus être enlevées de force de l'endroit où elles se trouvent, mais livrées régulièrement et raisonnablement réparties. Cette répartition ne peut être faite que par les autorités locales.

 

Le meilleur moyen pour que les livraisons demandées soient livrées. « la crainte des responsabilités, des représailles et des sévices qui en pareil cas présent lourdement sur toute la population. »

 

Aucun autre système « ne donne de pareils résultats tant en ce qui concerne la poursuite de la guerre que l'aisance et la flexibilité des mouvements. (…..) Il n'y a qu'une exception à cette règle : ce sont les retraites effectuées en pays ennemi. En ce cas, les conditions défavorables au ravitaillement se multiplient. » (temps de rassemblement des provisions, attitude hostile des populations)

 

4. Approvisionnement par les magasins. « La guerre fondée sur les réquisitions et l’approvisionnement local présente de tels avantages sur le ravitaillement par les magasins seulement, que ce dernier système apparaît comme un instrument totalement différent » En fait ce système convient à une guerre statique mais pas à une guerre mobile.

 

Les problèmes du ravitaillement dans l'attaque et la défense. « La défense peut faire au cours de l'acte de défense, un usage ininterrompu de son organisation préparatoire du ravitaillement. Il est donc peu probable que le défenseur manque jamais du strict nécessaire. Cela se confirmera surtout dans le pays d'origine, mais reste vrai même en pays ennemi. L'attaque au contraire, s'éloigne de ses ressources. Tant que durera son avance, et même pendant les premières semaines d'arrêt, elle devra vivre au jour le jour, ce qui va rarement sans embarras et sans pénurie. »

 

Chapitre XV. Les bases d'opération.

 

« Quand une armée quitte son point d'origine pour entreprendre une action, que ce soit une attaque dirigée contre l'ennemi et son théâtre de guerre, ou pour prendre position à la limite du sien, elle reste forcément dépendante de ses sources, avec lesquelles elle doit maintenir ses communications. »

 

Les besoins d'une armée :

 

Les moyens de subsistance. Les dépôts de vivre se trouvent généralement dans des villes ouvertes du pays.

 

Les moyens d'équipement. « Stocks d'armes, de munitions, de matériels ne seront pas entreposés dans des villes ouvertes à proximité du théâtre de guerre, mais il vaudra mieux les faire venir de plus loin. »

 

« Une fois que les préparatifs d'équipement et de ravitaillement de l'armée sont faits dans un territoire et dans une direction donnée, seul ce territoire doit être considéré comme la base de l'armée. » Comme un changement nécessite du temps, l'établissement d'une base d'opération limite la direction des opérations.

 

Chapitre XVI. Les lignes de communications.

 

« Les routes qui relient la position d'une armée aux points des arrières ont une double importance. D'abord ce sont des lignes de communications qui servent à alimenter constamment les forces de combat ; ensuite, ce sont des lignes de retraite. » Ces lignes de communications sont donc « des artères vitales (qui) ne doivent pas être interrompues de façon permanente, ni être trop longues et difficiles, car la longueur de la route épuise toujours une partie des forces, ce qui entraîne l’affaiblissement de l'armée. »

 

la valeur de ces routes dépend de leur longueur, de leur nombre, de leur situation, de leur qualité comme route, des difficultés du terrain, de la situation et de l'attitude des habitants, de la protection des forteresses ou des obstacles naturels.

 

En pays ami, l'armée possédera des lignes de communication préparées à l'avance, car elle est partout chez elle.

 

En pays ennemi, l'armée ne peut considérer comme lignes de communications que les routes sur lesquelles elle a progressé et qu'elle protège.

 

« Etant donné la situation des lignes de communications, une armée qui attaque n'est libre que dans une certaine mesure de choisir sa route, la position précise étant liée aux conditions géographiques. Tous ces facteurs réunis constituent la force ou la faiblesse de la liaison d'une armée avec sa base et ce résultat comparé à celui de l’armée adverse relatif au même objet décide quel est des deux antagonistes celui qui sera le mieux placé pour couper les voies de communication, voire la retraite, de l'autre, c'est à dire pour le tourner. »

 

Chapitre XVII. La contrée et le terrain.

 

« Le territoire et le sol sont en rapport étroit et constant avec l'activité militaire. Ils ont une influence décisive sur l'engagement, sur son déroulement lui même comme sur sa préparation et son exploitation. »

 

Le terrain agit sur l'activité militaire de 3 manières :

 

- Il constitue un obstacle à une approche.

 

- Il constitue un obstacle à une vue d'ensemble.

 

- Il constitue une protection contre l'effet des armes à feu.

 

Un territoire s'écarte de 3 manières principales du concept de plaine ouverte et dégagée.

 

- La configuration du sol : éminences et creux.

 

- Des forêts, des marécages, des lacs.

 

- Les produits de l'agriculture. Cette influence est plus ou moins grande selon leur genre (fossés, palissades, haies, remblais, maisons isolées).

 

Dans un pays boisé, l'obstacle opposé au coup d’œil est prédominant.

 

En montagne, la difficulté d'accès prédomine car le passage n'est pas possible partout et là où il l'est nos mouvements sont plus lents et exigent plus d'efforts.

 

Le terrain a une influence sur la composition relative des 3 armes. Dans les régions très inaccessibles, une cavalerie nombreuse est inutile. Il en va de même pour l'artillerie en terrain très boisé. Pour l'artillerie ce sont les terrains cultivés et la montagne qui sont les plus avantageux. L'infanterie pour sa part peut progresser partout. « En terrain difficile, la supériorité décisive de l'infanterie sur toutes les autres armes est incontestable ; ses effectifs peuvent y dépasser de beaucoup la proportion habituelle. »

 

Chapitre XVIII. Les hauteurs dominantes.

 

« Tout effort physique exercé du bas vers le haut est plus difficile qu'en sens inverse ; par conséquent, il doit en être de même dans l'engagement. »

 

- Toute éminence doit être considérée comme un obstacle à l'approche.

 

- Le tir est nettement meilleur du haut vers le bas que le contraire.

 

- On a l'avantage de la vue d'ensemble.

 

« Des trois avantages stratégiques de la position dominante, la plus grande force tactique, la plus grande difficulté d'approche et la meilleure vue d'ensemble, seuls les deux premiers ne sont profitables qu'au défenseur, car c'est seulement si l'on tient une position qu'on peut en tirer parti, tandis que l'assaillant qui est en mouvement ne peut l'emporter. Le troisième avantage peut servir à l'assaillant comme au défenseur. »

 

 

 

 



08/08/2014
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