Servent (Pierre). 50 nuances de guerre (NDL)

50 nuances de guerre 

 

 

Pierre Servent. 

 

Robert Lafont 2018, 266 pages 

 

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Avant propos. 

 

« Cinquante nuances de guerre est une nouvelle étape après « Les Guerres modernes » (2009) et « Extension du domaine de la guerre » (2016). C’est, en quelque sorte, le dernier tome d’une trilogie sur la guerre mutante. Cette constance de thématique s’explique : le « phénomène guerre » est un animal polymorphe qui questionne désormais tous les citoyens, ne serait-ce que parce qu’ils sont des cibles potentielles de ce camaïeu mortifère qui joue de la couleur noire à la faon d’un peintre saisi brusquement d’une frénésie guerrière. 

 

Dans la même veine que les deux ouvrages précédents, Cinquante Nuances de guerre répond aux mêmes exigences : rendre accessible ce qui est complexe ; partir du haut (les grands enjeux géostratégiques) pour mieux redescendre là où vivent les hommes ; sortir du francocentrisme en s’ouvrant sur les réalités du monde ; proscrire l’éditorialisation pour verser au dossier des pièces concrètes, sérieuses et vérifiées ; éviter de se laisser enfermer dans le cadre étroit de la polémologie (science de la guerre) pour déborder sur le sociologique, le politique, le philosophique, le psychologique, l’historique, etc… afin de tenter de lire les signaux faibles ou forts annonciateurs des défis de demain. » 

 

Préambule.

 

« La géostratégie ne doit jamais oublier le sort réservé aux hommes, tout en bas, loin des concepts/ Sinon, elle ne servirait à rien. »

 

Introduction.

 

« Tout le monde s’accorde à dire que nous assistons effectivement à la fin d’un « monde westphalien », allusion un peu précieuse au traité de Westphalie , qui, en 1648, mit un terme à la guerre de Trente ans. L’Etat-nation, fort de ses frontières et de sa souveraineté, était alors reconnu comme l’autorité politique suprême, composant avec ses pairs ce que l’on nomme aujourd’hui « le concert des nations. » De nos jours, ce concert est devenu tintamarre. Chacun entend produire son propre son et jouer sa partition en solo. Le monde se fractionne et revient à la logique psychologique du duché, du marquisat, de la principauté, du comté, du califat… Tout le monde veut se mettre à son compte, en estimant que son entité doit être the first, la première, la seule et qu’elle doit vivre « une nouvelle ère ». Bienvenue dans le nouveau « grand Moyen Age », puisque ce phénomène d’éclatement ne concerne plus seulement l’Europe, mais la planète toute entière. » 

 

Deux traits majeurs structurent ce livre :

  • Une envie de barbarie.

  • Une envie de tyrannie. 

 

« La peur de l’autre stimule cette double appétence et nourrit une envie de mise à l’écart ou de destruction de « l’autre », du « différent ». Elle déborde les frontières des Etats pour inonder la sphère communautaire et familiale. » 

 

Cela débouche sur un déclin de la civilisation (construction du bien commun) qui est remplacée par un renouveau du tribalisme (mon clan d’abord) et du tripalisme (l’instinct de la violence prime sur la raison et le savoir)

 

Mais un constat et une espérance : «  Il y a dans le monde une envie de France …. Et d’Europe. Nous ne croyons absolument pas à la thèse du déclin de l’Occident post-chrétien. Vaccinée contre le mal absolu au XXe siècle (deux guerre mondiales, un génocide), la France et les autres pays européens sont aujourd’hui parmi les derniers remparts démocratiques contre les poussées tribales et autocratiques. Leur histoire, leurs valeurs humanistes - héritages gréco-romain, gallo-romain, judo-chrétien et des Lumières -, leur mode original de gouverne, leur puissance économique réelle, diplomatique et militaire encore potentielle sont des atouts majeurs pour lutter contre les nuances de guerre qui tentent de submerger ce début de siècle. Il faut donc que l’Europe renforce sa capacité à coudre pour faire face aux multiples entités qui a travers le monde veulent en découdre. » 

 

La situation actuelle d’après l’ONU (en 2018) (sur 193 Etats)

  • Une trentaine d’Etats faillis. 

  • 120 pays sur sa liste rouge d’alerte pour cause d’instabilité chronique. 

  • Une centaine de nations ne contrôlent plus la totalité de leur territoire, facteur récurrent de tensions et de conflits persistants. 

  • La criminalité organisée ronge de nombreux Etats dont la souveraineté est malmenée (Brésil, Mexique, Venezuela , Afrique du Sud, Pakistan). 

 

Pourtant malgré cela, il n’y a jamais eu si peu de morts violentes lors des conflits, par rapport aux siècles passés (autour de 65 millions pour les deux conflits mondiaux, sans compter les conflits coloniaux)

  • Guerre en Syrie (en 7 ans) : 385.000 morts.

  • Guerre en Irak (depuis 2003) : 280.000 morts. 

  • Guerre en Afghanistan (2002-2015) : 17.000 civils, 3.500 soldats de l’OTAN, 13.000 policiers et soldats Afghans. Les pertes talibans sont inconnues. 

  • Guerre de Libye (2011). 35.000 morts)

 

On peut mettre ces chiffres en perspectives avec les victimes de la pollution de l’air ou de l’eau (9 millions de morts par an), ou du tabac (7 millions de morts par an). 

 

« Ce monde post-westphalien et post-démocratique voit en effet s’estomper toutes les lignes de démarcation claires du passé. Les frontières physiques, psychologiques et conceptuelles se sont brouillées (…) Les définitions et les distinctions hier évidantes sont devenues floues : entre la guerre et la paix, entre le public et le privé, entre la police et l’armée, entre le terrorisme et le gangstérisme, entre le légal et l’illégal, entre le légitime et l’illégitime, etc…, il n’y a plus de consensus ni sur la caractérisation de ce que sont la paix et la guerre ni sur la définition de l’ennemi. Le brouillard domine, l’incertitude règne, la confusion s’impose. » (Jean-François Gayraud, spécialiste du renseignement dans le domaine du terrorisme et de la mafia)

 

« Le monde n’est ni bipolaire, ni unipolaire. Il est chaotique. Les gens font n’importe quoi. » (Antonio Guterres secrétaire général de l’ONU)

 

« Dans le paysage du « n’importe quoi », le djihadisme mondial figure en place de choix. C’est la quintessence de l’envie de barbarie et de tyrannie au nom de Dieu (….) Son caractère « religieux » en fait une forme totalitaire exceptionnellement pernicieuse, car on ne négocie pas avec un « Dieu » instrumentalisé par les hommes. » 

 

Les adeptes de Daech en Syrie et en Irak venaient de 80 pays. 

 

Première partie. Comme une envie de barbarie. 

 

« Quand les premiers hommes se constitués en clans pour faire face à l’adversité, leurs cerveaux reptiliens commandaient aux mâles de considérer tout être différent comme une menace à éliminer sans attendre. Nécessairement rivaux dans la course à la survie dans un monde hostile, les autres tribus devaient être détruites, dominées, capturées (notamment ses femmes), dévorées à l’occasion ou mises en esclavage quand les prisonniers n’étaient plus seulement considérés comme un simple stock de protéines sur pied, mais comme une marchandise bonne à revendre. Ce passage du cannibalisme à l’esclavage fut d’ailleurs salué comme un « progrès » (relatif) de l’humanité par les anthropologues. Depuis l’homme ne cesse de lutter contre ses pulsions barbares, son envie de détruire l’altérité. Il a cherché après bien des combats sur lui-même, à dompter ce cerveau reptilien qui sommeille toujours. Il s’est administré progressivement un contrepoison qui a pour nom : « civilisation » (…) La civilisation défend un monde où les conflits et les pulsions violentes sont encadrés par le droit, la négociation, la transaction, le compromis, les instances internationales et nationales de conciliation et dans lequel l’information prend ses distances avec la propagande pour éclairer au mieux le citoyen. A l’inverse, la propagande - subie ou voulue - est consubstantielle à la dictature et à la tyrannie - subie ou attendue. C’est le règne du mensonge institutionnalisé, propagé pour tromper, tricher, travestir, détruire les hommes de l’intérieur. C’est toujours une forme de violence faite à l’esprit. » 

 

Actuellement dans le monde constat de recul de la civilisation et au contraire augmentation de la barbarie. « Le monde est à nouveau saisi d’une formidable envie de repli barbare, de recherche identitaire par rejet de la tribu des « autres » (…) Nombre de leaders des temps modernes se positionnent désormais comme des messies inspirés pour sauver leur clan. Ils cherchent à fédérer leurs ouailles par le ciment de la crainte en leur faisant croire qu’ils sont menacés de l’extérieur et de l’intérieur par les envahisseurs et par les traitres qui refusent la « chaleur » du groupe. Ils clament que seule leur puissance incontestée permettra de faire face à un monde dangereux qui menace de les engloutir. » 

 

« Le populisme et la nationalisme (barbarie soft) comme le terrorisme (barbarie hard) s’abreuvent à la même source : la peur de l’autre, la recherche permanente du bouc émissaire. » 

 

Face à ces nouvelles menaces, les structures de dialogue et de coopération (Union européenne, ONU etc) sont en perte de vitesse et ont de moins en moins de pouvoir car de plus en plus contestées (y compris d’ailleurs par les Etats-Unis).

 

« Les médias des pays libres qui auraient également un rôle à jouer pour contrer la propagation du mal sont aussi responsables de son progrès. En considérant que seules les informations concernant les trains qui arrivent en retard sont dignes d’intérêt, ils facilitent la pénétration des idées qui font de la peur, de la perspective de l’apocalypse et du désarroi leurs meilleurs atouts. Le combat sur le terrain du sens est aujourd’hui essentiel et la pente naturelle du quatrième (médias classiques) et cinquième(internet) pouvoir pour la vie en noir ou en dérision est mortifère à l’échelle du monde. Il n’a jamais été aussi important pour ces deux vecteurs, faiseurs d’opinion, de mettre en avant ce que les comportements « civilisés » apportent de grand dans le monde, donc de révéler le « beau » de l’action humaine face à la montée du « mal » qu’il est si aidé de mettre en avant. Assécher le terrain de la barbarie, c’est aussi se battre au plus près de soi sur ce terrain du sens, des valeurs, de la spiritualité (comprise dans acception la plus large). »

 

1 / Recherche d’identité.

 

« Cela fait bien longtemps que les sociologues relèvent l’appétit croissant des citoyens pour les « valeurs chaudes », face aux tensions du monde actuel. Ces valeurs dites « féminines » sont celles de la protection, de l’écoute, de la solidarité, du collaboratif, de la discrétion, de l’égo… Ces études sociologiques montrent parallèlement, depuis la fin du siècle dernier (et de façon croissante avec la montée des périls), une attente « d’autorité » (voire d’autoritarisme) de la part de ces mêmes citoyens, une valeur qui est le plus souvent plutôt qualifiée quant à elle de « masculine » »

 

Valeurs chaudes.

 

Les populismes, de droite comme de gauche, se sont emparés massivement de ces valeurs chaudes. « En ce sens, le rejet progressif de Bruxelles perçu comme la tête froide d’une bureaucratie européenne lointaine s’inscrit depuis longtemps en creux dans cette attente de valeurs chaudes que l’Union européenne peine à incarner. » 

 

En opposition à cela « tout ce qui touche aux identités de proximité, aux cultures locales, voire au folklore, à l’histoire nationale et régionale est, par contraste, plébiscité ces dernières années par les opinions publiques européennes. » 

 

En France, le mépris affichés pour les valeurs patriotiques (dans les médias et les discours politiques) a eu au contraire pour effet de faire « monter ces dernières années (avant 2015) le chauvinisme chez les uns (Français de « souche ») et la haine de la France chez les autres (une partie de la population française de « fraiche souche » et, par réaction, en quête de repères identitaires religieux radicaux) » 

 

« Il n’y a pas de contradiction entre identités proche et plus lointaine… sauf quand on se sent menacé dans son identité première, celle qui, normalement, « va de soi ». Or, à travers la planète, des millions de personnes se sentent en voie d’expropriation : de leur terre, de leur culture, de leur maison natale, que cela soit une réalité (crises économiques, guerres, terrorismes, purification ethnique ou religieuse, peuples sans Etat : on pense aux Palestiniens et aux Kurdes) ou juste une crainte (« je ne suis pas menacé mais je vais l’être à coup sûr ») »

 

« L’entrée dans la mondialisation change tous les repères de la vie des sociétés. Elle crée partout une crise identitaire en relativisant la manière dont les identités collectives se sont définies jusqu’à présent. Toutes les sociétés se définissaient du dedans en référence à un passé qui leur servait de généalogie. Le récit national, c’est celui d’un arbre généalogique. Avec la mondialisation, l’axe de toutes les sociétés a basculé de l’histoire vers la géographie. On se définit désormais par la place qu’on occupe dans le monde, avec dans un premier temps l’oubli que cette place est fonction du passé. Mais dans un second temps, cet oubli fait place à une exigence de redéfinition en fonction de cette situation nouvelle. » (Marcel Gauchet, historien et philosophe). 

 

Du Völkisch dans l’air. 

 

Le concept de Vôlkisch évoque la notion de « peuple » dans une acception très restrictive, faite de sang pur, de folklore et de tradition fermée aux nouveaux venus. 

 

Le monde est actuellement saisi d’un désir irrépressible de pureté.

 

« Chez les musulmans ultras, cela se traduit par la notion dévoyée de l’oumma (qui désigne la communauté de l’ensemble des musulmans dans distinction) qui a pris ces derniers temps un petit air de Vôlkisch (…) En terre d’Islam, il est interdit par exemple, d’être athée, et se convertir à une autre religion est sévèrement puni. L’oumma, notion radicale qui n’a rien à voir avec la foi et la spiritualité, alimente l’un des fanatismes religieux les plus puissants : l’islam salutiste d’inspiration saoudienne-wahhabite. (…) Dans les quartiers à forte concentration de populations musulmanes ou de cultures islamique, une pression sociale salifiante très forte (tenue vestimentaire, conduite dans la rue, cigarettes et alcool interdits, respect du ramadan imposé par la pression sociale, etc..) s’est exercée sur les « frères » et « soeurs » ; et sur une société civile et politique passive, béate et ravie de se « racheter » pour pas trop cher une bonne conscience post-coloniale en cédant aux revendications communautaires.» 

 

Birminghamstan.

 

La ville de Birmingham en Angleterre est le parfait exemple de cette quête de « pureté tribale » islamique. Dans la rue, la différence n’est plus autorisée. Les hommes et les femmes sont habillés en conformité avec la pensée wahhabite. 

 

Certains font une distinction entre :

  • Salafisme djihadiste (à combattre)

  • Salafisme politique (celui des Frères musulmans qui a le droit de cité)

  • Salafisme quiétiste (purement religieux qui a le droit de cité)

 

« Ce sont pourtant les rameaux d’un même mal qui fait de toutes les valeurs de l’Europe un objet d’exécration. »

 

« Un salutiste, même quiétiste, est raciste, antisémite, homophobe, misogyne et sectaire (..) Le salafiste quiétiste c’est Hitler en 1934. Un nazi quiétiste » (Pierre Conessa)

 

« La seule vraie différence entre un salutiste politique et un salafiste djihadiste, c’est le rapport au temps. L’Islam politique accepte les élections, les structures politiques actuelles, mais il travaille en profondeur : il cherche à investir l’enseignement, l’éducation et va formater petit à petit nos enfants. » 

 

« Si le satanisme de combat a déclaré la guerre à la France (entre autres), ce n’est pas à cause de ce qu’elle ferait en Moyen-Orient ou au Sahel, mais bien à cause de ce qu’elle est intrinsèquement. Cela vaut pour les autres croisés, mécréants, impies et apostats dont l’existence même insupporte les « purs » en Dieu. » 

 

Mais ces formes de recherche de la pureté ne touchent pas seulement l’islam. On peut peut les retrouver dans le judaïsme et dans le christianisme. 

 

« La monté de la pulsion identitaire, à travers une quête « religieuse » inerte toute la planète et touts les religions. » 

 

« Nous avons là une facette puissante de la « barbarie » montante dont nous parlons : elle chosifie l’autre, qui perd son humanité, celui qui n’est pas de la même « chapelle ». Dans ce paysage, l’islam extrémiste focalise légitimement l’attention de l’observateur, car il est porteur de nombreuses morts violentes à travers le monde. Aucune autre religion aujourd’hui, même dans des formes radicalisées, ne rivalise avec lui dans l’horreur. » 

 

2 / Climat religieux tempéré…. Menacé. 

 

L’Indonésie qui le plus grand pays musulman du monde (87% des 225 millions d’habitants) commence à être touché par cette contamination salafiste. Sa tradition de pays tolérant est remise en cause petit à petit. « Les choses commencent toujours de la même façon : « l’impur » est chassé pour avoir « blasphémé ». C’est la première étape de la prise du pouvoir. » 

 

Ex de l’ancien gouverneur de Jakarta, Basuli Tjahaja Purnama. Protestant d’origine chinoise qui était très apprécié de la population. 

 

  • Première étape. Alors qu’il était crédité de 70% d’intentions de vote avant les élections des printemps 2017, il a fait l’objet d’une campagne diffamatoire de la part de ses adversaires islamo-radicaux. Il a été présenté comme ethniquement et religieusement inapte à représenter la première puissance musulmane du monde mais aussi accusé de blasphème pour avoir commenté une sourate du coran. Il a été battu aux élections. 

 

  • Deuxième étape. Quelques semaines après les élections, il a été condamné à deux ans de prisons pour « blasphème ». A l’époque de son procès, le Jakarta Post s’était indigné de la procédure qui n’avait retenu que les propos à charge de ses accusateurs et aucunement les avis favorables, y compris de proches musulmans de Purnama. 

 

« Ce verdict n’est que l’un des signaux illustrant la façon dont la version indonésienne de la laïcité est bousculée par les assauts des islamo-nationalistes désireux de faire évoluer le caractère traditionnellement tolérant et ouvert du plus grand pays musulman du monde. » (Bruno Philip dans Le monde)

 

« Au plan national, l’immense majorité des gens reste attachée à la tolérance officielle et u Pancasila (règles de vie, de conduite et de tolérance religieuse), mais ils sont sous influence, dans certaines mosquées, une influence wahhabite due aux milliers d’étudiants indonésiens envoyés dans les universités des pays du Golfe » (Remy Madinier chercheur au CNRS)

 

Ce qui menace l’indonésien actuellement c’est une « pakistanisation » du pays qui créerait des zones de non droit contrôlées par des islamistes-raidcaux. Ces zones pourraient ensuite servir de bases de départ pour progresser dans le pays voire s’exporter à l’étranger. Il y aurait déjà des cellules dormantes de l’Etat islamique). 

 

Marawi sous le drapeau noir. 

 

Printemps 2017, début de la guerre civile aux Philippines avec l’apparition d’un groupe armé, l’organisation Abou Sayyaf (mouvement islamique en arabe) affilié à Daech. Ils ont même réussi à s’emparer d’une ville, Marawi, située en bordure du lac Lanao dans le sud de l’archipel, provoquant la fuite de 200.000 personnes qui ont du se réfugier dans des camps de fortune. Il faudra 5 mois de combat et plus de 2000 morts pour libérer la ville. 

 

« Le cas philippin est très intéressant, car il montre comment un groupe terroriste, plutôt « amateur » à ses débuts, a su au fil du temps se constituer en force paramilitaire efficace, tenant tête à l’armée philippine. (…) La question cruciale est : comment ces terroristes ont-ils fait pour monter en gamme au point de contraindre une armée régulière à marquer le pas ? » 

 

Plusieurs hypothèses : 

  • Lors de sa filiation à Al-Qaida (avant de rejoindre Daech), le groupe avait pu bénéficier des formations dispensée par ce groupe, en particulier grâce à des vidéos et des manuels. 

  • Bénéfice du savoir faire de la diaspora salafiste combattante. 

  • Recrutement de terroristes étrangers originaires d’Asie et du Moyen-Orient (Indonésiens, Saoudiens, Yéménites, Tchétchènes)

  • Les Islamistes ont pu contracter une alliance avec un puissant clan local semi-mafieux, celui des Maute qui a toujours flirté avec les mouvements dissidents radicalisés. 

 

« C’est ce cocktail à trois alcools forts qui explique l’inexplicable « exploit » militaire de Marawi. Le clan Maute a fourni la connaissance parfaite du terrain, les appuis (notamment logistique) et le soutien forcé de la partie de la population sous son influence ; les islamistes locaux ont apporté la chair à canon ; les brigades internationales ont encadré les troupes et transféré leurs connaissances et compétences en matière de guérilla urbaine acquises un peu partout sur les théâtres de guerre du djihad. »

 

Shebab …. Le retour.

 

14 octobre 2017 à Mogadiscio (Somalie) explosion d’un camion bourré d’explosifs (environ 2 tonnes) à proximité d’un camion d’essence. Il y a 355 morts et plusieurs centaines de blessés graves. Cet attentat est revendiqué par le groupe islamiste Harakat al-Shabab al-Mujahedin (Mouvement des jeunes combattants) plus connu sous le nom de Shebab (affilié à Al-Qaida). 

 

« Au-delà de la violence extrême, ce qui a retenu l’attention, c’est que pendant sept mois le pays avait réappris à vivre sans les Shebab. » En 2016 ce groupe avait été le plus meurtrier du continent africain avec plus de 4200 victimes, devant le groupe Boko Haram (3500 victimes)

 

La voie étroite du partenariat.

 

Toutes les terres de djihad sont victimes des mêmes facteurs négatifs :

  • Corruption des élites. 

  • Mauvaise gouvernance locale. 

  • Effondrement des services publics (en particulier les soins ou les infrastructures). 

  • Abandon d’une partie de la population par le pouvoir central. 

  • Clanisme exacerbé. 

  • Refus d’appliquer les accords de réconciliation. 

  • Religion instrumentalisée. 

  • Salafisme galopant. 

  • Education faible ou inexistante (en dehors de l’enseignent religieux). 

 

« En Afrique comme en Asie centrale (Afghanistan), les Occidentaux ont déversé des millions de dollars pour l’aide au développement, pour le soutien aux mécanismes de DDR (Désarmement Démobilisation Reconstruction), pour la formation d’armées locales susceptibles de prendre un jour pleinement leurs responsabilités. Un puits sans fond et sans effets structurants. » 

 

Le problème des armées africaines ce n’est pas leur manque de courage mais le manque de liens. « Un soldat ne se bat pas pour idée, il se bat pour son adjudant-chef, pour son lieutenant, pour son capitaine, éventuellement pour son colonel s’il est très charismatique. » (Général Pierre de Villiers)

 

« La corruption (les généraux volent les soldes des officiers qui volent la solde des soldats), le népotisme, les rancoeurs ethniques et tribales, le manque de détermination au combat, les chicayas au sein même des structures de coopération rendent inopérantes nombre de troupes africaines. L’argent de l’entrainement et de la formation se déverse dans le sable et dans les poches de quelques potentats. Les formateurs français, européens (UE), américains ou britanniques se donnent à fond pour des résultats non probants dans la durée. » 

 

3 / Bombes à fragmentation.

 

L’Irak et la Syrie sont des cas d’école magistraux du mouvement de déliquescence en cours. « Sur fond de guerre, de massacres et de purification ethnico-religieuse, là où il y avait une coexistence relativement harmonieuse d’identités différentes (catholiques syriaques et chaldéens, chiites, aléoutes (branche chiite), Shabaks (branche chiite), sunnites, Turkmènes, Kurdes, Yézidis, Zoroastriens, etc…), il y a désormais, une redistribution des cartes identitaires par « famille », parfois dans la main d’un « grand parrain » étranger (Iran, Russie, Turquie, Arabie-Saoudite, Etats-Unis) ». 

 

Famille recomposée.

 

Le champion toutes catégories de cette barbarie est l’Etat islamique plus connu sous le nom de Daech, mouvement salafiste totalitaire qui diffuse un djihad sans pitié contre « les croisés (occident chrétien), les juifs et les mécréants (chiites et yézidis en particulier) » Il défend un sunnisme de stricte observance (application de la charria par la violence), raciste, sectaire et manipulateur (cyberinfluence et recrutement sur la toile). Il va réussir à fonder un « Etat » sur L’Irak et la Syrie entre 2014 et 2017, avant d’en être chassé progressivement. Mais la perte de son Etat n’a pas marqué sa disparition. « Il a des ramifications de tailles très variables dans plusieurs dizaines de pays métastases. » 

 

Il est en particulier responsable du génocide des yézidis. 

 

Parallèlement en Birmanie, génocide des Rohingyas (minorité musulmane persécutée par les nationalistes bouddhiste). « Dans le cas birman, c’est curieusement le bouddhisme qui se trouve en position de religion extrémiste, signe que le nationalisme ethniciste touche bien du monde. » 

 

Le gouvernement birman a obtenu le soutien de la Chine. « Le processus de démocratisation engagé par Aung San Sur Kyi, Prix Nobel de la paix et présidente, avait conduit le pays à prendre ses distances par rapport à Pékin. Accusée de crime contre l’humanité, la Birmanie se trouve consumée et isolée. En mettant son veto à une résolution de l’ONU demandant le retour des Rohingyas sur leurs terres, Pékin envoie un signal à Rangoon : vous avez eu tort de nous snober, nous sommes vos seuls vrais alliés à même de comprendre vos difficultés avec vos minorités. » 

 

L’élimination du sel de la terre.

 

Actuellement l’Orient est menacé dans son identité par les effets conjugués de 3 éléments : 

  • Un mouvement ancien de « purification ». 

  • L’action récente du califat terroriste (Daech)

  • La multiplication des milices confessionnelles armées. 

 

« Se sont succédé par le passé des vagues d’élimination de ceux qui étaient considérés comme étrangers au groupe dominant même s’ils étaient là depuis longtemps. Sur fond de conflit israélo-palestinien instrumentalisé, les juifs ont été chassés du paysage par le nationalisme arabe d’un Nasser (années 1960 - 1970) puis l’islamisation massive a commencé au début des années 1970 sous l’influence de l’Arabie saoudite (sunnite), protectrice des lieux de l’Islam (La Mecque et Médine) »

 

Pas de chrétiens dans l’équipe nationale de foot 

 

« Après les juifs d’Orient (hors les murs d’Israël), ce sont les chrétiens, implantés dans la région bien des siècles avant les musulmans, qui ont subi des décennies d’humiliations et d’exactions dans l’indifférence quasi complète d’un Occident complexé par ses racines chrétiennes. Au début du XXe siècle, les chrétiens d’Orient représentaient 20% de la population du Moyen-Orient. Ils ne sont guère plus de 2 à 3% aujourd’hui. »

 

La situation est particulièrement grave pour les chrétiens coptes d’Egypte, victimes, de plus en plus, de violences de la part de Daech et d’Al-Qaida, dans le but de les chasser des régions où ils vivaient. 

 

Apostasie.

 

En Egypte, d’autres communautés sont aussi visées par le totalitarisme salafiste, en particulier les soufis, une branche spirituelle de l’Islam, avec en particulier l’attentat de Bir al-Abed (fin 2017) dans une mosquée qui a fait 325 morts et plus de 120 blessés. 

 

« L’attaque de Bir al-Abed ne s’explique pas seulement par la haine ancestrale des salutistes contre les soufis. Elle a aussi des raisons politiques. Cette sensibilité subtile et poétique de l’islam est en effet très répandue au sein de tribus locales (notamment les Sawarkas). Elles avaient dans un premier temps fait allégeance à Daech. Les chefs de Daech étaient passés par-dessus leur haine du soufisme pour accepter le bras armé de ces tribus locales (…) Les tribus se sont ravisées et ont fait finalement allégeance au gouvernement central du maréchal Al-Sissi. » D’où ce massacre en signe de vengeance et d’avertissement. 

 

La Libye pour sa part est actuellement partagée entre puissances locales :

  • A l’Est, le maréchal Haftar. 

  • A l’Ouest, le gouvernement légal. 

  • Au Sud, les tribus du désert. 

 

« La plupart de ces antennes terroristes ont des accords avec des groupes mafieux locaux, quand ils ne sont pas eux-mêmes des groupes mixtes mi-mafieux, mi-terroristes. Quand ils s’affrontent entre eux, ce n’est pas pour des raisons idéologiques mais pour le contrôle de zones qui rapportent et de trafics (migrants, cigarettes, drogues, armes, essence, etc…). » 

 

L’Orient se vide de ses différences.

 

« L’Orient est devenu un sol aride sur lequel ne pousseront bientôt que des religions sectaires. » 

 

« Les Chrétiens étaient présents au Moyen-Orient avant les musulmans et ont le droit d’y rester implantés. Certes, la diaspora chrétienne joue un rôle prééminent en faveur de la région depuis l’étranger, mais la place des chrétiens d’orient doit être ici, en bonne entente avec les musulmans. » (Mohammad Nokkari ancien directeur général de Dar el-Fatwa, la plus haute instance sunnite libanaise)

 

« L’Orient perd sa richesse humaine et culturelle : la lumière des Juifs, des Chrétiens, des Yézidis s’efface, emportant avec elle dans la tombe ou l’exil la vitalité de cette terre. » 

 

« Personne n’a désormais confiance dans personne, excepté dans son clan forgé dans la lutte pour la survie. Le « vivre ensemble » a été dynamité. »

 

Karakoch.

 

La ville de Karakoch (près de Mossoul dans le nord de l’Irak) en est un bon exemple. « A elle seule, c’est un résumé de ce qui se passe dans cette région où ressentiments, haines recuites, guerre des religions, affrontements mafieux se mêlent sous le regard des grands parrains de ce conflit régional. » 

 

Eté 1914. La ville habitée majoritairement de catholiques syriaques tombe sous le contrôle de l’Etat islamique. 50.000 Chrétiens doivent fuir. 

  • Le gouvernement irakien, à majorité chiite, n’a rien fait pour les défendre. 

  • Les Kurdes, malgré leur armement et leurs soldats, n’ont rien non plus. 

  • Les sunnites, dès leurs départs, se sont empressés d’occuper leurs biens. 

 

Fin 2016. Reprise de la ville à l’Etat islamique. « A une situation ante faite de cohabitation des communautés religieuses ont succédé la défiance… et les milices armées sous pavillon religieux. (…) Echaudés par les abandons successifs dont ils ont été les victimes, certains chrétiens sont bien revenus… mais en armes. » 

  • Formation des Unités de protection des plaines de Ninive (UNP) (Chrétiens)

  • Formations paramilitaires chiites armées par les Iraniens. (Musulmans)

  • Formation d’une unité Shabaks (musulmane), minorité apparentée aux chiites, qui n’aime pas les chrétiens. 

  • Formation des brigades de Babylone (Chrétiens) qui se sont alliées aux Shabaks. « Des financements venus de Bagdad auraient facilité cet étrange glissement. » 

 

On a assisté à des affrontements entre les deux groupes chrétiens pour le contrôle de la ville. 

 

On observe la même fracturation du côté des yézidis pourtant victimes d’un génocide. Dans la plaine de Ninive des milices yézidis se sont alliées à des milices chiites pour contester le pouvoir aux Peshmergas (Kurdes, majoritairement sunnites). D’autres yézidis, au contraire, ont pris fait et cause pour l’indépendance du Kurdistan. « Les rescapés de cette communauté martyre, partagés par le soutien à deux clans antagonistes, sont désormais adversaires voire ennemis. » 

 

4 / Eradiquer le pluriel.

 

« A travers la planète, la notion de « bien commun », de patrimoine pluriel à préserver ensemble, bat de l’aile. Un mouvement forcené de différenciation semble pousser les uns et les autres à se diviser, à se retrancher, à prendre ses distances avec « son frère », son « cousin » catalogué comme « étranger ». » 

 

Forces d’occupation.

 

« La Catalogne et le Kurdistan partagent deux aspirations communes, toutes choses étant inégales par ailleurs : ne volonté de ne rendre de comptes à personne d’autre qu’à soi-même et une prospérité économique qu’ils entendent ne plus partager avec les autres. Les questions économiques pèsent autant dans la balance que les attentes identitaires. Des régions prospères (on pense également à l’Italie du Nord ou à la Belgique) refusent de payer pour les autres, moins bien dotées ou moins dynamiques. »

 

« Le lien économique entre les territoires a changé. Avant l’ouverture de l’économie, les régions riches avaient besoin de main-d’oeuvre dans les régions plus pauvres. Les plus aisées voyaient leur intérêt dans la solidarité territoriale, parce qu’elle permettait la consommation de produits qu’elles vendaient. Aujourd’hui, l’économie s’est dématérialisée, la main d’oeuvre se trouve dans les pays émergents, et les habitants des régions pauvres n’ont pas les moyens d’acheter les fabrications nationales (…). Les régions indépendantistes ont estimé qu’elles feraient mieux d’investir leurs richesses dans leur propre compétitivité. » (Laurent Davezies économiste)

 

L’hispanité.

 

(Concernant la Catalogne)

 

Le conseiller d’Etat honoraire Jean-Eric Schoettl qui évoque sa jeunesse fait remarquer que l’hispanité peut s’apparenter aux « chatoiements d’un kaléidoscope hispanique depuis toujours pluriel, depuis toujours syncrétique. Cette communauté affective et culturelle est précisément ce qui incommode les indépendantistes catalans. Ils veulent extirper la part hispanique d’eux-mêmes. Leur fuite en avant ne traduit pas un projet positif mais un dessein éradicateur. » 

 

Pour sa part la journaliste Natacha Tatu évoque des « liaisons dangereuses » entre indépendantistes et islamistes. « Pour rallier les musulmans, les musulmans ont été jusqu’à leur promettre que l’islam deviendra une religion d’Etat » affirme-t-elle. 

 

5 / La chimère de l’ère nouvelle.

 

La situation au Kurdistan irakien est d’autant plus explosive que tout le monde est armé et que la région connaît de nombreux problèmes :

  • Conflit avec les survivants de Daech.

  • Tensions récurrentes entre milices, populations déplacées qui peinent à revenir. 

  • Corruption active. 

  • Réseaux mafieux prospères. 

  • Défi colossal de reconstruction des zones détruites. 

  • Interventions directes ou indirectes des parrains (Iran, pays du Golfe, Turquie)

 

25 septembre 2017. Organisation d’un scrutin d’autodétermination, alors que les listes électorales étaient loin d’être établies. Sur 4,6 millions d’inscrits, la participation a été de 72% et le oui l’emporte à 92,73%. 

 

Le président de la région autonome, le Kurde Massoud Barzani, s’était empressé de proclamer le résultat, provoquant une explosion de colère dans la région, et l’obligeant à annoncer très rapidement le gel des résultats et à demander un « cessez-le-feu » aux autorités de Bagdad. 

 

Janus kurde.

 

Pour Gérard Chaliand qui connaît bien les Kurdes, « leur pire ennemi, c’est eux-mêmes. C’est un peuple sans terre mais surtout sans unité. En Irak, les clans Barzani (d’Erbil, PDK) et Talabani (de Kirkouk, UPR) incarnent ces deux faces ennemi-ami d’une sorte de Janus Kurde grimaçant d’un côté, souriant de l’autre, chacun à son tour incarnant l’une ou l’autre de ces figures. »

 

« Le Kurdistan, qui cumule 40% des réserves du pétrole brut irakien, a dû faire face à une double offensive destinée à le ramener dans le giron national : celle conjointe de pays frontaliers, l’Iran (chiite) et la Turquie (sunnite) - à coups de boycott, de fermetures de postes-frontières, de manoeuvres militaires autour du Kurdistan et d’isolement diplomatique - et celle du gouvernement (à majorité chiite) de Bagdad. Les deux premiers pays craignent un réveil identitaire kurde chez eux : le peuple kurde est en effet réparti sur ces trois pays et sur la Syrie. »

 

Kirkouk (grande agglomération de 1,5 million d’habitants du nord du pays) est la principale pomme de discorde du divorce irakien. Elle est composée de 50% de Kurdes (majoritairement sunnites), 35% d’Arabes (sunnites) et 15% de Turkmènes (chiites). Mais cette cité importante en matière de pétrole et de gaz ne fait pas partie officiellement de la zone autonome du Kurdistan. Bien que les Kurdes y soient majoritaires, ils doivent compter avec de fortes minorités hostiles à la mainmise du Kurdistan (centré sur Erbil) sur leur ville. 

 

« La plaine de Ninive et la région de Sinjar font l’objet depuis longtemps de leur convoitise. Le référendum était l’occasion d’annexer de fait une région source d’importants revenus. Faisant le forcing, Erbil a donc élargi à Kirkouk le vote illégal d’autodétermination de septembre 2017. Les Kurdes de Massoud Barzani ont pensé que ce coup de force politique ferait reculer Bagdad encore aux prises avec le reliquat des troupes de Daech. (…) Le Parlement irakien (boycotté par les élus Kurdes) a voté très vite, à l’automne 2017, l’envoi de troupes vers Kirkouk pour mettre la pression sur le kurde des Talabani. Les chefs de guerre kurdes sont très vite partis. »

 

Rétorsions.

 

Cette défaite a attisé les tensions entre les deux partis kurdes qui se sont renvoyés mutuellement la responsabilité de cet échec. 

 

Le PDK (clan Barzani d’Erbil) a reproché à l’UPK (clan Talabani de Kirkouk) d’avoir noué une alliance secrète avec le gouvernement irakien pour livrer Kirkouk et la région du Sinja à Bagdad et ainsi les priver de la manne pétrolière de cette zone. 

 

De plus le gouvernement irakien a pris des mesures de rétorsions :

  • Fermeture des postes frontières. 

  • Ouverture de poursuites judiciaires contre les organisateurs du référendum sauvage.

  • Interdiction des vols vers les deux aéroports contrôlés par les kurdes (Erbil et Souleymaniyé). 

 

De son côté Bagdad cherche des appuis dans la communauté internationale car redoute deux choses :

  • Un statu quo qui entérinerait l’indépendance de fait du Kurdistan. 

  • Une guerre civile dans un pays déjà meurtri. 

 

La France est triplement concernée par cette question kurdo-irakienne.

  • Elle a appuyé les forces loyalistes par leurs bombardements (artillerie et avions de combat)

  • Des commandos des forces spéciales ont formé et conseillé les combattants kurdes armés en partie par la France. 

  • Paris est la ville diplomatique où se réunissent régulièrement les représentants de la soixantaine de pays qui soutiennent Bagdad. 

 

Bienvenue en … Ambazonie. 

 

D’autres régions du monde emboitent le pas. « Le contexte change mais les motivations sont toujours les mêmes : échapper au contrôle d’un pouvoir central considéré comme « oppresseur » »

 

1er octobre 2017. La minorité anglophone (20% des 23 millions d’habitants) du sud-ouest du Cameroun proclame symboliquement sa « libération du joug de Yaoundé. Elle s’est dotée d’un drapeau et d’un nom : l’Ambazonie. 

 

« La revendication des séparatistes traduit un sentiment historique de marginalisation exercée par le gouvernement central de Paul Biya (président de la République depuis 1982), qui ne prend pas en compte les demandes des anglophones et les exclut des organes de décision et surtout du système éducatif et judiciaire. » 

 

6 / La guerre des mémoires.

 

« L’époque est au révisionnisme, version « nationalisme exacerbé ». Il permet de tout repeindre aux couleurs du « clan ». Ce dernier manipule l’histoire en lui intimant l’ordre de se grimer aux couleurs nationales revissées. Le passé reconstruit se fait alors oriflamme pour guider la « juste » croisade contre les impies du moment. Nombreux sont les pays à être saisis de ce mal mémoriel. »

 

Le chinois Xi Jinping convoque la mémoire de la « Longue Marche » de Mao pour magnifier l’extraordinaire capacité de résistance des troupes communistes à la pression des « laquais de l’impérialisme. » (tout en oubliant d’évoquer la réalité d’un grand désastre militaire qui a causé la perte de 72.000 hommes sur 80.000)

 

Le japonais Shinzo Abe issu de la mouvance nationaliste souhaite que l’enseignent de l’histoire au Japon face moins de place aux exactions criminelles des japonais durant la 2e Guerre mondiale. « Avec la menace de la Corée du Nord et la montée en puissance de la Chine rouge, le courant « patriotique » se renforce dans l’archipel nippon. La page « pacifiste » est en train d’être tournée. » 

 

En Allemagne retour dans le discours public de l’extrême droite du concept du Volkisch. « L’AFD, le parti d’extrême droite qui a fait son entrée au Bundestag (92 élus) en 2017, fédère des Allemands très sensibles au discours antimigrants et, pour certains, désireux de redorer le blason des soldats allemands de 1939-1945 dont ce parti salue « le courage » au combat. (…) Le fait que ce soit un parti d’extrême droite qui entonne cette louange est pour le moins préoccupant et montre combien les barrières psychologiques ont sauté. » 

 

La bataille des deux Pologne.

 

Les cas les plus extrêmes de ce révisionnisme se trouvent en Croatie et en Pologne. 

 

En Croatie, la coalition d’extrême-droite cherche à réhabiliter, avec la bénédiction d’une partie du clergé catholique, le rôle des Oustachis qui durant la 2e Guerre mondiale alors qu’ils étaient à la tête d’un Etat fasciste ont soutenu les forces de l’Axe et ont commis des crimes contre l’humanité à l’encontre des Serbes, des Juifs et des Tziganes. « Ce sont ces alliés des nazis qu’un certain courant de pensée au pouvoir veut réhabiliter en tant que Croates « patriotes » de pure obédience. (…) Cette attitude se double d’une forte détestation de l’Europe. »

 

En Pologne « il y a désormais deux Pologne. Nous n’avons pas les mêmes informations, ni les mêmes valeurs. C’est comme si nous étions en train de perdre notre langue commune. Nous ne nous écoutons plus, nous ne nous parlons plus. Et pire encore, nous n’avons même pas envie de nous parler. » (Professeur Karol Modzelewski, historien)

 

« Le fossé est désormais infranchissable entre les conservateurs eurosceptiques au pouvoir et les libéraux pro-européens. Parmi les sujets de discorde : l’histoire nationale, devenue enjeu de combats mémoriels furieux. »

 

2017 ouverture à Gdansk du nouveau musée de la Seconde Guerre mondiale. Le comité scientifique du musée qui souhaitait élargir ce musée à plusieurs aspects de la guerre afin de l’élargir au delà du cas polonais a provoqué une importante polémique. 

  • « Le contenu du musée devrait être conforme aux principes de l’actuelle politique historique et à la raison d’Etat. » (Piotr Glinski ministre de la culture).

  • « Notre destin pendant la Seconde Guerre mondiale a été si spécifique et exceptionnel qu’il faut en parler en détail, sans diluer le récit en racontant le malheur de tout le monde. » (Jaroslaw Selin, vice-ministre de la culture)

 

Finalement le directeur du musée à été limogé et un tribunal a autorisé le ministère de la culture à revoir de fond en comble le propos historique du musée. « Ce que ne supporte pas le gouvernement de droite conservatrice du parti Droit et Justice (PiS), c’est que ce musée ait été tenu sur les fonts baptismaux, en 2007, par l’ancien Premier ministre Donald Tusk (centriste pro-européen, aujourd’hui président du Conseil européen). » 

 

Pathologies.

 

D’autres pays comme la Catalogne se sont eux aussi placés sous les auspices de leurs « mémoires » de guerre. 

 

« Entre une révolte populaire violemment réprimée (1652) et un soutien politique puni manu militari (1714, La Catalogne choisit de soutenir les Habsburg d’Autriche contre les Bourbons et subit une sanglante défaite), la Catalogne semble avoir un goût prononcé pour célébrer le souvenir des désastres et le sang. »

 

« Le nationalisme catalan a rêvé d’une nation et s’est inventé un ennemi espagnol pour exister. Le problème est que cette vision de la Catalogne comme éternelle victime de Madrid est passionnelle, instrumentalisée et fausse. Plus qu’un problème historique, c’est un problème fabriqué et extraordinairement émotionnel. La société catalane est en proie à une pathologie nationaliste anachronique, vieille de cent cinquante ans, et qui resurgit aujourd’hui. Et il est devenu presque impossible de démêler tout ça. » (Benoit Pellistrandi, historien)

 

Matilda.

 

L’hystérie nationaliste sévit aussi en Russie. 

 

2017. Sortie du film Matilda qui raconte la romance entre le futur tsar Nicolas II et une ballerine du Bolchoi, Matilda. Ce film cause un énorme scandale car attaque l’image du Tsar à qui on ne connaît aucune liaison hors mariage et qui sera massacré par les Bolcheviques. Des centaines de gérants de cinémas seront menacés de voir leurs salles brulées s’ils passaient ce film. 

 

Le patriarche de Moscou restera silencieux devant cette polémique. « S’il condamne Matilda, il sera accusé d’encourager les actions violentes des ultras de l’orthodoxie, s’il approuve sa diffusion il va les faire enrager et les pousser à l’action. »

 

7 / C’est tellement nul que c’est bien.

 

« Réécrire l’histoire, proposer des versions idéologiquement orientées, délimiter au scalpel la ligne de démarcation entre la bonne et la mauvaise mémoire, passer systématiquement du récit au roman national est l’un des marqueurs de l’époque. Il signe en creux une attente : celle de populations qui se sentent menacées dans leur histoire par le poids d’une géographie débridée, sans limite de frontière. Dans le noir de temps chaotiques, ils veulent pour avoir moins peur qu’on leur raconte des …. histoires. (…) Depuis la nuit des temps, les pouvoirs en place, quand ils sont sans contre-pouvoirs, veulent à tout prix dorer le blason clanique-national dont ils sont désormais les hérauts et les héros. En poussant un peu plus loin le raisonnement, on peut d’ailleurs estimer que la vague de fake news (fausses nouvelles sciemment répandues) qui emplit une partie de notre espace (et singulièrement celui de la toile) n’est pas seulement subie mais également voulue, attendue. La réécriture du réel est une réassurance contre la peur. C’est un bien piètre analgésique, mais, faute de mieux… 

Les peuples ne subissent donc plus la propagande, ils en redemandent. Ils appellent de leurs voeux le bourrage de crâne, la « vérité » reconstruite sur commande, la tromperie grossière. Tout, plutôt que de faire face à un monde de complexités, de surprises stratégiques et d’interactions multiples. C’est le règne de la simplification à outrance, de la recherche d’un binaire reposant pour les sens et l’esprit. » 

 

Les tables de la loi.

 

« La révolution numérique, en diffusant les messages de la « nouvelle vérité », en nivelant les discours (le pire est véhiculé plus aisément que le propos des « sachants » et « savants »), facilite la propagation de la sottise érigée en pensée ultime. « Ce monde saturé d’informations est anxiogène pour ceux qui ne parviennent plus à les hiérarchiser, ni même à les filtrer » (Jayson Harsin, professeur à l’america University of Paris). Cela les pousse à se tourner vers des univers familiers, où ils ne trouveront que des avis proches des leurs, des sortes de « bulles de filtres » (Eli Pariser). C’est précisément ce que leur proposent les algorithmes de Facebook ou de Twitter. Mais aussi le moteur de recherche de Google. (…) Ainsi ces algorithmes sont-ils des boites noires qui enferment les citoyens dans leurs conditions et privilégient des contenus viraux qui s’adressent à l’affect et circulent rapidement. »

 

« Ceux qui hier faisaient autorité ne parviennent plus à faire valoir le caractère scientifique de leur savoir. C’est le combat perdu de l’encyclopédiste pointilleux contre l’homme au doigt mouillé…

Tout cela encourage une violence verbale d’un niveau sidérant, qui rappelle les années 1930 et celles de la guerre froide. On peut désormais exprimer ouvertement sa pensée barbare sans aucun complexe. » 

 

Un monde d’après la vérité. 

 

L’inventeur du concept de « post-vérité », l’écrivain Steve Tesich (1942-1996) estime que cela a commencé avec l’affaire du Watergate en 1972 et les mensonges à répétition du président Nixon qui sera obligé de démissionner en 1974. 

 

« Tous les dictateurs jusqu’à ce jour, écrivait Tesich, ont travaillé à supprimer la vérité. Nous (Américains), par notre action, affirmons que ce n’est plus nécessaire, nous avons acquis un mécanisme spirituel qui peut priver la vérité de toute importance. En tant que peuple libre, nous avons décidé librement que nous voulions vivre dans un monde d’après la vérité. Dans ce monde, nous sommes dorénavant privés de critères par lesquels nous pouvons évaluer les choses, de sorte que nous choisissons de voir la vertu dans la banalité. C’est tellement nul que c’est bien. Nous appliquons cette philosophie à tous les aspects de notre vie. »

 

« C’est ce mécanisme qui a été porté à incandescence par un Donal Trump ou par les brexiteurs en Grande-Bretagne. (….) Après le traumatisme violent des attentats du 11 septembre 2001, l’administration Bush s’était lancé très vite dans une politique du mensonge d’Etat pour faire croire que l’Irak de Saddam Hussein avait une responsabilité dans ces attaques (commises par un groupe terroriste à majorité saoudienne), mais surtout pour monter de toutes pièces un faux procès en détention « d’armes de destruction massive. » L’immense majorité des médias américains est devenu alors adepte du concept de post-vérité, se faisant le relais servile d’un bidonnant assez grossier censé redonner au clan estime de soi et confiance dans ses chefs ; des chefs pourtant singulièrement défaillants dans leur capacité à protéger. » 

 

Cette politique de mensonge de la part des autorités américaines s’est poursuivie lors de l’invasion américaine de l’Irak en 2003. 

 

« La vérité vous rendra libre. » 

 

« Même dans une démocratie mature, bordée de médias aux aguets, avec une élite intellectuelle mobilisée, cette envie de post-vérité peut parfaitement s’épanouir. Le président Trump et son équipe ont popularisé le concept de fake news ou de « vérité alternative ». La dictature du réel, chère au chef de guerre Trotski, n’a pour eux aucune importance. » 

 

« Le mal est profond et peut même atteindre les services secrets américains. Leur travail est de serrer au plus près le réel de la menace. Faire de l’idéologie ou de la post-vérité dans une agence de renseignement, c’est assurément condamner à mort par aveuglement un certain nombre de ses compatriotes. Durant la guerre d’Irak, ces services de renseignement américains ont été sommés de « coller » à la posture idéologique du moment. Les agents récalcitrants, les journalistes rebelles et les diplomates indépendants d’esprit ont été mis sous pression, voire on fait l’objet d’opérations de déstabilisation personnelle. » 

 

Deuxième partie. Comme une envie de tyrannie

 

L’emploi du mot tyran est ici utilisé sous deux acceptions :

 

  • Acception contemporaine qui désigne un despote, un dictateur qui exerce un pouvoir quasiment sans contrôle et qui muselle les paroles « déviantes » par rapport au credo national (Poutine, Xi Jinping, Kim Jong-un, Maduro …) 

 

  • Acception ancienne, qui fait référence à l’habitude prise dans la Grèce antique de faire appel à des tyrans pour mettre un terme à une période de désordre et de décadence. 

 

Dans l’antiquité le terme de tyran « désignait des personnages à qui l’on donne une autorité exorbitante par rapport au droit habituel pour mettre un terme à la discorde et à la guerre civile. Ils concentraient dans leurs mains tous les pouvoirs et étaient politiquement irresponsables (pas de vote de défiance des « assemblées » ). A l’origine le tyran est un démagogue, au sens étymologique du terme, c’est-à-dire qu’il « guide le peuple » : il prétend défendre les intérêts de ce dernier (contre les élites) pour gagner ses suffrages, être élu, puis pour s’imposer ensuite en échappant à son contrôle. Le démagogue devenait alors un tyran au sens ou nous l’entendons aujourd’hui. » 

 

1 / Le Fils du ciel et du dérèglement mondial. 

 

« Les tyrans modernes ont tous un point commun avec ceux d’hier : ils se rêvent inamovibles. Plus ils bétonnent leur pouvoir, plus ils rendent quasiment impossible une éventuelle transition politique. »

 

En ce qui concerne Vladimir Poutine, « Plus il est puissant aujourd’hui plus ce sera difficile d’organiser sa succession. » D’autre part une défaite militaire pourrait mettre fin à son pouvoir. « Les autocrates savent que leur prestige ne pourrait survivre à la déroute. C’est l’un des paradoxes des tyrannies tentées par la violence mais toujours conscientes que l’échec est proscrit, car il frapperait de plein fouet le magistère absolu. 

 

Vatican marxiste-léniniste.

 

2017. Tenue du XIXe Congrès du Parti communiste chinois. Il consacre « l’empereur rouge Xi Jinping » et trace les contours d’une Chine conquérante jusqu’en 2049 (centenaire de la République populaire). 

 

Cette politique devra hisser la Chine au premier rang mondial. Mais « la perspective 2049 a ét comprise par tous comme la traduction de la volonté de Xi de se projeter au pouvoir le plus longtemps possible, bien au delà des dix ans traditionnels du mandat présidentiel en deux temps (2012-2022). En mars 2018, c’était chose faite. Le verrou des deux mandats a sauté pour offrir au président chinois une présidence à vie. » 

 

« La Chine étend son emprise partout dans le monde et ses méthodes ne relèvent pas toutes de l’orthodoxie. L’espionnage industriel est une seconde nature, une ardente obligation portée par un nationalisme chevillé au corps. L’oblique est une voie prisée par les Chinois. » 

 

La stratégie de jade. 

 

« Pékin préfère, et de loin, partir à la conquête du monde en déployant des stratégies subtiles et souples de domination économique et commerciale. C’est tellement plus simple d’acheter les « bijoux de famille » des Occidentaux et de les supplanter dans leurs anciens espaces de domination, que de se risquer à livrer bataille. » 

 

« Un artisan ne travaillera jamais le jade en force, mais cherchera toujours à le façonner à sa main en suivant ses veines naturelles, à les épouser au plus près pour mieux atteindre son but final. Le jade est une pierre particulièrement dure, mais elle finira par prendre la forme que l’habile artisan chinois veut lui donner. De plus Pékin considère que l’Occident est devenu une pierre « molle » donc facile à travailler, à pénétrer. L’option guerrière n’est donc pas la première à laquelle songe la Chine. » 

 

Depuis l’arrivée au pouvoir de Xi Jinping, l’armée s’est renforcée. « Moins de gras, plus de muscles ; moins de forces terrestres, plus de forces de projection (marine et aviation) »

 

« Une force armée est faite pour se battre. Nos militaires doivent considérer la préparation au combat comme l’objectif principal de leur travail et ils doivent se concentrer sur la manière de vaincre quand ils seront appelés à se battre. » (Xi Jinping au XIXe Congrès)

 

Panthéon rouge. 

 

« La suprême habileté de Xi Jinping est d’avoir fait inscrire sa pensée de son vivant dans les tables de la charte du Parti communiste chinois (…) Le procédé est diabolique (…) Si vous vous opposez à lui, ce ne sera plus seulement un désaccord avec le chef du Parti ou la personne même de Xi Jinping. Ce sera défier la ligne du Parti elle-même. Avec e dogme marxiste-léniniste augmenté de la pensée de X, après l’avoir été celés de Mao et de Deng Xiaoping, le PCC devient l’instrument de guerre idéologique du président chinois. La primauté du chef ne peut plus être désolidarisée de celle du Parti. Or le PCC est la colonne vertébrale du système. » 

 

Actuellement la Chine est en train de préparer un système de notation sociale des Chinois qui permettra au régime de vérifier la conformité du peuple aux attentes du système. « L’idée est de collecter des centaines de données sir les individus et les entreprises, de leur capacité à tenir leurs engagements commerciaux jusqu’à leur comportent sur les réseaux sociaux en passant par le respect du code de la route (…) Les « mauvais » chinois seront sanctionnés en voyant certaines de leurs prestations supprimées. »

 

La lutte contre la corruption, qui se développe, est aussi un moyen pour Xi Jinping d’éliminer certains concurrents potentiels. 

 

Le rêve suprémaciste chinois.

 

Pour Nicolas Baverez, la Chine est un colosse aux pieds d’argile qui peuvent se rompre à tout moment. Il dénonce le modèle chinois entre « capitalisme sauvage à l’international, posture agressive en mer cède Chine méridionale et propension totalitaire à l’intérieur. (…) La concentration de tous les pouvoirs entre les mains du nouvel Empereur rouge et le renouveau totalitaire pourraient se retourner contre la poursuite de la transformation du pays. Le mode de développement de la Chine est insoutenable sur le plan économique, social et environnemental. »

 

2 / La revanche de « l’homme malade »

 

15 et 16 juillet 2015. Tentative de coup d’état contre le président turc Erdogan dont l’avion a failli être abattu par les putschistes. Depuis féroce répression : 

  • Arrestations massives dans les milieux de la magistrature, du monde militaire, professoral, religieux, intellectuel, militant des droits de l’homme. (100.000 personnes limogés dont 30.000 enseignants, 37.000 personnes emprisonnées. 

  • Arrestation de journalistes étrangers qui tentent de travailler sur le conflit intérieur avec les Kurdes.

  • Appel public à la délation avec la clé de possibles primes pouvant aller jusqu’à 90.000 euros pour des arrestations importantes. 

  • Démission forcée de membres jugés trop « tièdes » de l’AKP le parti du président.

  • Dénonciation de l’étranger et en particulier de l’Europe. 

  • Camouflet infligé à l’OTAN. 

  • Chantage aux migrants envers l’Europe

 

Don de Dieu.

 

« La réalité est systématiquement déformée pour faire de la Turquie un pays assiégé. Le président Erdogan a qualifié le putsch raté de « don de Dieu. » Il lui a permis d’avancer plus vite dans la voie de l’islamisation qu’il avait lancé bien avant juillet 2015. Les nombreux pôles de résistance démocratique et laïque sont attaqués systématiquement et démantelés (…) Le régime d’Erdogan vit en permanence dans la peur d’un complot destiné à briser sont rêve d’une résurrection néo-ottomane. Les formes habituelles de la diplomatie, surtout entre alliés, ont volé en éclats au profit d’une rhétorique guerrière. » 

 

Les Etats-Unis, en particulier, sont particulièrement visés depuis qu’ils accueillent le chef de confrérie Fethullat Gülen considéré par le pouvoir comme l’instigateur du putsch. Cela rejaillit sur la population (En 2017, d’après un sondage, 70% des Turcs interrogés se sentaient menacés par le pouvoir et l’influence des Etats-Unis contre 44% quatre ans plus tôt. 

 

Pour leur part les Etats-Unis ont suspendu, fin 2017, la délivrance de visas aux ressortissants turcs. 

 

« Parmi les marqueurs qui font d’un leader un tyran, il y en a un qui émerge. C’est celui de l’instabilité et de la réversibilité de ses alliances diplomatiques ou amicales. Les Etats tyranniques ont des partenariats à géométrie variable en fonction de leurs intérêts immédiats et de leurs foucades : alliés ici, ennemis ailleurs ; amis un jour, adversaire un autre, à l’image, par exemple, de la relation tumultueuse russo-turque, turco-israélienne ou turco-américaine. »

 

« Désormais Ankara se détache de plus en plus de l’Occident, pratiquant vis-à-vis de l’Europe un habile chantage, car il a dans ses camps deux millions de réfugiés qu’il peut à tout moment lâcher dans la nature. Et Bruxelles sit parfaitement de quel côté ces migrants iront. » 

 

« Faisant partie de l’OTAN, la Turquie bénéficie, comme les vingt-huit autres membres, de la clause « mousquetaire » : « Un pour tous, tous pour un. » L’article 5 du traité prévoit, en effet, de considérer une attaque contre l’un des membres comme une attaque contre tous. Il n’est pas certain qu’au sein de l’OTAN (surtout depuis la répression violente du putsch) tout le monde se sentirait concerné par une attaque contre la Turquie. »

 

Balkanisation.

 

Cette dérive islamo-dictatoriale de la Turquie fait par ailleurs des émules : 

 

  • Le Pakistanais Sharif est un fervent soutien du leader Turc, en qui il voit un fer de lance du renouveau de l’Islam mondial.

 

  • L’Albanais Rama, même s’il est plus circonspect envers Erdogan, préfère être avec lui que contre lui. 

 

  • Le bosniaque Izetbegovic voit la Turquie comme le protecteur naturel de la Bosnie-Herzégovine. 

 

« Accablés et démoralisés depuis des décennies par la pauvreté, le nationalisme, le cléricalisme et les politiques populistes, les citoyens ordinaires sont désespérés, plus attirés par les dictateurs que par les démocrates (…) Les Balkans sont, une fois encore, devenus la scène de manoeuvres diplomatiques qui risquent un jour de prendre une tournure militaire. C’est ici que les Russes, après une absence d’un demi-siècle, opèrent leur retour sur la scène européenne. C’est ici que les Turcs réaffirment leur présence dans les régions dont ils ont été chassés il y a plus d’un siècle. » (Miljenko Jergovic, écrivain et journaliste croate). 

 

3 / Nostalgies mémorielles.

 

« Si l’on pouvait scanner le cerveau d’un tyran, qu’y trouverait-on, en plus de ce que nous avons déjà décrit ? Une mémoire historique blessée, un puissant désir de revanche sur le passé. Un moteur puissant qui, en mode action, prend l’allure d’une nostalgie revancharde. Le tyran moderne se veut le grand thaumaturge, le grand réparateur des blessures du peuple (….) Histoire et présent se confondent pour alimenter l’envie furieuse d’en découdre avec ceux qui vous ont humilié jadis. Le lecteur occidental doit donc avoir en permanence à l’esprit que la mémoire historique - souvent hystérique - des peuples et des dirigeants tyranniques est une grille d’analyse qu’il faut posséder même si elle est très éloignée de ses propres canons mentaux. 

Sur bien des continents, c’est le plus souvent une mémoire meurtrie , passionnelle, tribale et « tripale », très éloignée de celle, académisme, des historiens. Cette mémoire a été façonnée, puis transmise, par les brûlures des temps passés. (…)

Ce référentiel, teinté de dépit, de haine, mêlé de sang et de volonté de vengeance ou de revanche, constitue souvent l’arrière plan de ces nuances de guerre et des tensions contemporaines. »

 

La politique de Poutine actuellement ne peut se comprendre que si l’on prend en compte deux éléments :

  • Une nostalgie de la Russie impériale orthodoxe. 

  • Une nostalgie de la puissante URSS. 

 

Les arabe-musulmans se souviennent des heures glorieuses de l’empire abbasside (VIIe - XIIIe siècle) avec sa capitale Bagdad. 

 

Erdogan a la nostalgie de l’ancien empire ottoman dominant le bassin méditerranéen. Si Erdogan « ne souhaite pas reconstituer territorialement parlant l’Empire ottoman, il entend éviter toutes nouvelles pertes de territoires. C’est une obsession pour Ankara, qui est prêt à se fâcher avec ses anciens alliés (les Etats-Unis), avec les Européens , et même ses nouveaux, les Russes, quand ces derniers invitent leurs ennemis mortels, les Kurdes syriens, à une table de négociation à Sotchi (fin 2017) ou quand ils regardent d’un air complaisant le référendum d’indépendance des Kurdes irakiens. C’est pour cela que la Turquie conduit une guerre cruelle contre ses Kurdes de l’intérieur et contre leurs frères syriens. (….) Dans la région, c’est d’ailleurs le seul point qui unisse la Syrie, la Turquie et l’Iran : pas question que le peuple kurde puisse se retrouver un jour avec une terre commune qui fracturerait l’unité nationale de ces pays. Ces quatre pays se réjouissent chaque jour davantage des profondes divisions du clan Kurde, notamment en Irak avec les clans Talabani et Barzani. » 

 

Damas la sanglante.

 

 

« Bachar el-Assad est une sorte de « monstre » mémoriel. Il porte très haut la mémoire de braise de son peuple. Soutenu par Téhéran et Moscou, et par des milices chiites venues du Liban, d’Afghanistan, d’Irak, il ne fera jamais la moindre concession politique. C’est une grave illusion de le croire, car l’idée même n’appartient aucunement à la grammaire alaouite. Cette secte chiite, méprisée et marginalisée au cours des siècles par les bons musulmans, a pris sa revanche au XXe siècle par la force. Le père de Bachar el-Assad, le général Hafez el-Hassad, a fait un coup d’état militaire en 1970. Les aléoutes représentent, selon les sources, de 10 à 14% de la population. 

L’idée de lâcher ne serait-ce qu’un pouce de pouvoir fait resurgir dans leur coeur et leur esprit le spectre d’une nouvelle relégation dans les oubliettes de l’histoire. » 

 

« Bachar veut-être le seul prince en son pays. Et comme tous les tyrans c’est lui qui doit concentrer tous les pouvoirs, même s’il est contraint de dealer momentanément avec plus gros que lui. Il reste sourd aux appels de Moscou visant à ouvrir le jeu politique pour déboucher sur une paix durable. Pour Bachar el-Assad, le pouvoir ne se partage pas. Il doit être pleinement restauré autour de son clan, les autres minorités ne pouvant espérer que la protection du pouvoir central autocratique, comme avant le printemps syrien (2011), déclencheur de la guerre civile par la brutalité de la répression des forces de Damas. » 

 

4 / Quand les Sassanides dictent à nouveau l’histoire du Moyen-Orient. 

 

L’Iran profite du chaos généralisé pour essayer de réaliser son rêve : Restaurer un âge d’or perdu : celui des Sassanides. 

 

Cette civilisation s’étendait sur l’Iran actuel, l’Irak actuel, l’Arménie, la Transcaucasie (Sud Caucase), l’Anatolie (en Turquie aujourd’hui), la frange occidentale de l’Afghanistan, une partie de la Syrie, du Pakistan, du golfe Persique, de la péninsule Arabique. 

 

« Comme dans tous les empires aux étendues immenses, le pouvoir central perse a eu du mal à gérer les distances et à maintenir toutes ses entités géographiques dans son giron (…) De défaite en défaite, l’Empire sassanide s’est effondré sous les coups de boutoir de la nouvelle foi armée : l’islam. Il a dû laisser la place à une puissance hégémonique cherchant à convaincre fermement les peuples conquis de se convertir à la « vraie foi » pour avoir toute leur place dans le nouvel empire. Monothéistes, les Juifs, les chrétiens et les zoroastriens ont eu la possibilité d’échapper à la conversion forcée, de fait, à l’islam. Mais il y avait une contrepartie, établie par le Prophète lui-même : ceux qui refusaient la soumission à la « vraie foi » devenaient des citoyens de deuxième catégorie. Ils ne pouvaient officiellement servir ni dans la haute fonction publique ni dans les armées du califat. »

 

« Il faut prendre la mesure du traumatisme imposé par l’expansion de ce nouvel empire (…) L’expansion islamique se heurta à des résistances souvent farouches, surtout quand elle arrachait ses conquêtes à des empires et des royaumes établis. (…) Cette expansion se fit bien sûr au fil de l’épée. » 

 

Querelles d’ego et conflit géostratégique.

 

Les Perses rappellent toujours qu’ils ne sont pas arabes, même s’ils sont musulmans. 

 

« Dans une mer sunnite (la religion dominante dans l’islam), l’Iran actuel est la grande terre du chiisme. Aussi une sourde rivalité l’oppose-t-elle à l’Etat héritier de ceux qui avaient défait ce pays au VIIe siècle, et qui représente aujourd’hui la grande entité à polarité négative qui domine le monde musulman-sunnite : l’Arabie saoudite et ses alliés du Golfe. »

 

« Il ne s’agit pas seulement d’une querelle d’ego entre sunnites (les saoudiens) et chiites (les iraniens), mais d’un conflit géopolitique majeur. L’Iran recherche à tout prix l’accès à la Méditerranée. Ces deux derniers siècles, le pays a toujours été battu militairement (…) Il cherche donc à constituer une « ceinture de sécurité » destinée à protéger le coeur du pays en déplaçant les lieux du conflit. Son soutien, ancien, au Hezbollah (qui signifie, littéralement, le parti de Dieu), au Liban, était le premier maillon de cet arc chiite. La raison de son alliance au régime de Bachar el-Assad en Syrie est beaucoup moins une prétendue « solidarité » entre chiites qu’une ambition géographique. Avec le contrôle d’une bonne part de l’Irak et de la Syrie et son influence majeure au Liban, l’Iran dispose de ce bouclier. » (Henry Laurens)

 

Affrontement indirect entre l’Iran et l’Arabie Saoudite au Yémen où l’Iran soutien une forte minorité chiite les houthis dans une guerre qui dure depuis 2015 et qui fait beaucoup de victimes civiles. 

 

Succès et ambiguïté. 

 

L’Iran peut se féliciter de deux succès diplomatiques importants :

 

  • Rupture du front sunnite en développant des relations de bon voisinage avec le Qatar qui a été mis au ban des nations arabes sunnites pour cette « trahison » au profit du « serpent perse ».

 

  • Développement de bonnes relations avec la Chine qui est le premier partenaire économique de l’Iran. Et la Perse est pour la Chine, une pièce maitresse dans son projet de nouvelles routes de la soie. 

 

« Par ce biais, on mesure bien à quel point les dossiers internationaux sont liés de multiples façons. Très investie en Iran et ailleurs dans le monde, la Chine cherche à tout prix à éviter des confrontations militaires directes qui gêneraient son grand projet d’expansion mondiale pour les cinquante ans à venir. Adepte du général chinois Sun Tse, les Chinois préfèrent le soft power de l’influence surmultipliée que la guerre directe. Sun Tse enseigne d’ailleurs (….) que le stratège habile parvient, notamment par l’action psychologique, à terrasser son adversaire sans combattre directement. Mais dans ce genre de situation, il vaut mieux avoir deux fers au feu… Aussi la Chine s’est-elle lancée, sous la férule de son leader Xi Jinping, dans un programme de réarmement impressionnant, spécialement dans le domaine naval. » 

 

« La percée iranienne a créé un raidissement sunnite qui favorise l’expansion de sa forme la plus radicale : le terrorisme salafiste (Eté 2017 l’Iran est frappé pour la première fois par un attentat de Daech)

 

Jérusalem Ô Jérusalem.

 

L’installation de l’ambassade des Etats-Unis à Jérusalem si elle ravit les Israéliens, montre le mépris de Donald Trump pour les accords internationaux, en particulier ceux d’Oslo de 1993, qui prévoyaient de renvoyer le futur statut de la ville à un accord entre Palestiniens et Israéliens. Certains imaginaient même une même capitale sous statut international pour les deux Etats. 

 

« En prenant cette décision sur Jérusalem, le président américain s’est mis à dos tous ses alliés sunnites, Arabie Saoudite en tête, et cela au moment même où il a opté pour ce camp afin de faire face à « L’Empire perse ». Une autre conséquence désastreuse, en choisissant à travers un symbole détonnant un camp contre l’autre, Washington abandonne la posture de médiateur de bonne volonté du conflit israélo-palestinien. »

 

Soleimani le « céleste »

 

« Téhéran est donc en passe de réaliser son rêve : peser et disposer d’un continuum d’influence chiite de la Méditerranée au golfe persique. » (Hezbollah libanais, Alaouites de Bachar el-Assad, l’Irak et l’Iran)

 

Pour cela l’Iran disposait d’un homme essentiel le général Ghassem Soleimani, commandant des forces Al-Qods, les forces spéciales des Gardiens de la Révolution. Il aurait commandé les brigades internationales chiites venues combattre en Syrie. Mais il a été tué par une frappe de drone américain le 3 janvier 2020 à Bagdad. 

 

5 Traitement de choc pour Etat schizophrène. 

 

2017. En Arabie Saoudite, arrivée au pouvoir de Mohammed ben Salmane (MBS). Il succède son père malade. 

 

Un royaume qui tue le temps.

 

L’Arabie Saoudite a toujours été un pays de contradictions, qui peut être « tout sourire en Occident et des plus barbares à la maison avec décapitations publiques et discours de haine contre Israël, les apostats et les mécréants. »

 

« Jusqu’en 2017, le royaume des Saoud donnait donc le sentiment de naviguer à vue, pétri de contradictions et menacé de l’intérieur par une jeunesse qui, sur les réseaux sociaux, allait souvent voir du côté du dark net ce que disait les salafistes djihadistes de Daech. Après lecture du contenu des sites djihado-terroristes, les jeunes Saoudiens étaient nombreux à déduire que leur pays, protecteur des lieux saints de l’Islam (La Mecque et Médine), avait rejoint depuis longtemps le camp des mécréants en faisant alliance avec les Américains. » 

 

Aux forceps. 

 

Bien que n’ayant pas le titre de roi MBS possède actuellement tous les pouvoirs. 

 

« Avant sa prise de pouvoir de 2017, le prince a multiplié auprès des visiteurs et investisseurs étrangers les déclarations les plus modernistes sur la nécessité de prôner une religion pleine de « tolérance » et de « bonté ». Pour lui, l’obscurantisme est un frein au développement. Il faut se débarrasser du carcan du wahhabisme et mettre les Saoudiens au travail. Il pensait à la jeunesse saoudienne qui, sans horizon économique séduisant, finirait par se tourner en masse vers l’obscurantisme religieux le plus radical. (…) Les déclarations du prince nourrissait alors le frère espoir d’une révolution culturelle dans ce pays qui, depuis les années 1970, a gangrené à coup de pétrodollars le monde sunnite d’un fondamentalisme abrutissant. Les djihadistes (Al-Qaida et Daech) sont les enfants naturels du wahhabisme saoudien. Il semble que MBS en ait pris toute la mesure, réalisant l’extrême vulnérabilité du royaume, concurrencé à l’extérieur par le bouclier perse et miné de l’intérieur par une jeunesse en mal d’idéal et de projets. »

 

Au moment de la prise de pouvoir, il savait qu’il était menacé par des guerres intestines de succession. Pour éviter cela et asseoir sa domination sur le royaume, il a utilisé la manière forte. « Il a donc tout simplement fait embastiller une cinquantaine des dignitaires du pays parmi lesquels onze princes du sang comme lui. (….) La raison affichée de ces limogeages ? La corruption ! Un prétexte qui relève presque de l’humour dans un pays où les membres des familles régnantes ne font traditionnellement pas de différence entre leurs poches et celles de l’Etats. » 

 

MBS « a compris la double aspiration de la jeunesse de son pays : ouverture et tyrannie ….. éventuellement « éclairée » … Pourquoi pas un « Louvre II » dans les sables d’Arabie ? Les motifs profonds de ce coup de torchon - qui pourrait se retourner in fine contre le jeune trublion - sont hautement politiques. «Il veut être à la fois le grand modernisateur autoritaire qui met à bas le système saoudien traditionnel (le pouvoir religieux aux imans ; le pouvoir politique et économique aux familles régnantes) et le porte-étendard du volontarisme saoudien face à l’Iran. » 

 

Les trois coups.

 

Novembre 2017. Affaire Saad Hariri, Premier ministre du Liban, convoqué en Arabie Saoudite, obligé de démissionner, séquestré quelques jours avant d’être libéré sur intervention française. MBS lui reprochait d’avoir été trop conciliant avec l’Iran et ses alliés locaux du Hezbollah. 

 

« Au final, cette affaire gérée de faon brouillonne a plutôt joué contre MBS en soudant les Libanais contre la grossièreté de ses méthodes. Certains de ses cousins princiers y ont vu une nouvelle preuve de sa fébrilité, de son improvisation et de sa tyrannie mal contrôlée. »

 

« A peine le prince héritier saoudien avait-il mis en oeuvre son opération de destruction de son filleul libanais, qu’un missile était envoyé du Yémen sur la capitale Riyad (il a été intercepté avant de frapper le sol). L’expéditeur n’était autre que la milice chiite houthie, activement soutenue par Téhéran dans cette guerre invisible. Pour les Saoudiens, la responsabilité de l’Iran ne faisait aucun doute. Un contentieux de plus sur une liste sans fin…. » 

 

Alliance contre nature. 

 

Depuis 2017, l’Arabie saoudite cherche à fédérer autour d’elle ce qui reste des forces d’opposition à Bachar et à ses alliés chiites. Le prince veut contester à l’Iran sa domination dans la région. « Quant aux Etats-Unis, après avoir désigné sans ambiguïté l’axe du mal (l’Iran), ils ne peuvent que se féliciter de voir leur allié saoudien sortir du bois et se mettre en ordre de bataille politique, institutionnel, confessionnel et militaire. »

 

« Mais derrière les trois principaux protagonistes de ce drame oriental (Etats-Unis, Iran et Arabie saoudite apparaît déjà un quatrième « acteur »… Paradoxe, Israël se rétive avoir désormais des intérêts communs avec la détestée Riyad, où l’antisémitisme et l’antisionisme fleurissent abondamment. »

 

Fin 2017. Constitution d’une sorte d’axe anti-Perse constitué des Etats-Unis, de l’Arabie Saoudite, des pays du Golfe (sauf le Qatar) et Israël. 

 

« C’est un signe supplémentaire de ce que nous avons décrit plus haut : l’instabilité chronique des alliances, le rapprochement des contraires. Plus rien n’est désormais impossible. Au passage, cela montre que le conflit israélo-palestinien est rangé pour longtemps au rayon des vieux accessoires … Même les pays arabes ne font plus semblant de s’en préoccuper. » 

 

Deux axes d’attaque ? 

 

17 février 2017. Un rapport des services secrets français indique que le Hezbollah est doté de « chars T55, véhicules de transport de troupes, nombre important de pièces d’artillerie dont des canons tracés et des lances-roquettes multiples, missiles antichars, missiles de longues et de moyenne portée. » De plus il s’est installé dans la région de Qouneitra au sud de Damas. « Cette position non loin du Golan occupé par Tsahal, pourrait être demain une base d’assaut en cas de nouveau conflit avec les Israéliens. »

 

« Les balances des forces sont déséquilibrées : les Iraniens disposent d’hommes et de brigades internationales aguerris mais leurs armements conventionnels sont de facture ancienne ; les pays du Golfe - et singulièrement l’Arabie saoudite - ont des matériels militaires sophistiqués (grâce notamment aux Etats-Unis et à la France) mais ils n’ont pas les soldats expérimentés pour les servir (sauf dans l’armée de l’air). Israël possède les deux, mais n’envisage jamais de gaieté de coeur d’entrer en guerre, car il tient comme à la prunelle de ses yeux à la vie de ses soldats. » 

 

« L’un des problèmes américains, c’est qu’ils ont plusieurs fers au feu, et que l’état de leur armée ne permet absolument pas de s’engager massivement sur plusieurs théâtres. Ils ne peuvent pas faire la guerre à la Corée du Nord (…), s’engager très directement dans une montée de tension au Moyen-Orient (dans le cadre d’un conflit direct entre Riyad et Téhéran), poursuivre les opérations en Syrie et en Irak pour chasser les dernières forces de Daech et d’Al Qaida, alors même qu’ils ont augmenté leur posture militaire en Afghanistan, au Yémen et en Afrique (…). Sans compter les coups de mains donnés ici où là aux Philippines ou à l’Arabie Saoudite (Yémen), par exemple, et les multiples opérations de formation d’armées étrangères. Nous l’avons dit, même les Américains n’ont plus les moyens. » 

 

6 / Moscow : the place to be…

 

L’intervention de Poutine en Syrie à partir de 2015 permis de sauver le régime de Bachar el Assad. « Poutine a. Fait preuve au Levant d’un sens aigu des opportunités à saisir. Il a magistralement raflé la mise en sauvant Bachar et le clan alaouite d’un effondrement total. Il a permis la reprise de la ville d’Alep, bastion emblématique de l’opposition armée tenu depuis 2011. Au passage il a conforté ses bases militaires (maritime à Tartous et aérienne Lattaquié). (….) Iraniens et Russes sont (….) en désaccord sur leurs alliances avec des pays tiers, en l’occurence Israël et les Etats-Unis. Ainsi Téhéran s’irrite des bonnes relations que Moscou entretient avec Jérusalem alors que l’aviation israélienne frappe régulièrement les hommes du Hezbollah, voire les forces loyalistes (de Damas) en toute impunité. Téhéran s’inquiète également des risques que ce même pouvoir moscovite le sacrifie dans un deal global avec les Américains, menace d’autant plus grave, selon eux, que Donald Trump a fait le choix de revenir à l’alliance pure et dure avec Riyad. » 

 

Autre point de divergence entre alliés, un discours de Moscou sur l’indépendance des Kurdes en Irak, jugé trop conciliant à la fois par les Irakiens et les Iraniens. 

 

Opération Résurrection. 

 

Comme Erdogan, Poutine est persuadé « que le doigt de Dieu est sur lui….. Il est né pour être le boulier de la Sainte-Russie, le sauveur d’une Europe décadente, le rempart contre les désordres du monde. »

 

Echecs et poker menteur.

 

Poutine, « jusqu’où ira-t-il ? Il n’a strictement aucune envie d’envahir l’Europe de l’Est. La Crimée lui suffit, tout comme l’influence qu’il exerce par procuration dans le Donbass ukrainien. C’est inutile de pousser ses blindés plus loin. Ce serait bien trop dangereux et bien trop coûteux financièrement. Rien ne vaut les bonnes vieilles méthodes du KGB : terroriser, influencer et manipuler. »

 

Poutine passe beaucoup de temps à faire tester les défenses de l’OTAN par ses avions et ses sous-marins. Pour faire face à ces provocations plusieurs mesures ont été prises :

  • Installation de bataillons de l’OTAN en Pologne et dans les Pays Baltes. 

  • Installation d’un centre de contre-espionnage à Cracovie (Pologne). 

  • Rétablissement du service militaire par la Suède. 

  • Renforcement de la force aérienne de l’OTAN en bordure de la Russie. 

 

Toute ces mesures sont « un excellent résultat pour le maître du Kremlin : il se pose désormais en victime d’un Occident décadent (ayant oublié ses racines chrétiennes) et d’une OTAN inféodée à Washington. Cela renforce d’autant son régime autocratique. »

 

La rébellion des filleuls.

 

« Ce que le tsar russe veut, c’est assurer la permanence de ses bases syriennes navales et aérienne en Méditerranée pour préserver son débouché vers les mers chaudes (vieux rêve de l’empire tsariste) et y damer le pion à l’omnipotente Amérique. Il souhaite également éliminer la menace djihadiste qui le concerne directement (menace à partir du Caucase). C’est pour cela que Moscou tente de trouver une issue politique à la crise syrienne. » 

 

« Fin novembre 2017, le président Poutine, tout sourire, a reçu son homologue syrien, Bachar el-Assad (…) Le « petit pas de deux » diplomatique auquel il s’es livré devant la presse, avec Bachar à ses côtés, mérite d’être décrypté. »

Poutine. « La victoire contre le terrorisme est encore très loin, mais en ce qui concerne notre travail commun dans la lutte contre le terrorisme (en Syrie), cette opération militaire touche à sa fin. »

Traduction. « Je veux me retirer de l’opération et toucher mes dividendes. » 

Poutine. «  J’aimerais vous entendre sur l’évaluation actuelle de l’état des choses et des perspectives de développement de la situation, y compris votre vision du processus politique qui, comme nous le voyons, devra être mené au final sous les auspices des Nations unies. » 

Traduction. « Il va falloir arrêter de nous balader et faire des concessions politiques concrètes a minima pour stabiliser la situation. Il faudra passer en fin de compte par l’ONU, sinon le bordel recommencera aussitôt si vous montez avec votre clan alaouite un accord bidon avec des opposants fantoches. » 

Poutine : «  La rencontre d’aujourd’hui est très importante pour régler nos montres. » 

Traduction : «  Il faudrait que vous vous rappeliez un peu plus qui vous a sauvé la mise et que Damas s’aligne sur le fuseau horaire de Moscou. Vous êtes au pied du mur. Cessez de vouloir jouer au plus fin. » 

Bachar el-Assad : « Nous ne voulons pas regarder en arrière (….). le projet du « congrès pour le dialogue national » aura lieu dans quelques jours. Mais nous souhaitons des garanties en matière de non-ingérence dans nos affaires étrangères. » 

Traduction : «  Effectivement, il vaut mieux ne pas trop regarder derrière nous tant la masse de cadavres que nous avons laissée est impressionnante … De toute façon à mes yeux vous n’êtes qu’un moujik orthodoxe prétentieux que je tolère sur mon sol car j’ai besoin de vous pour l’instant. Vous pouvez tenir tous les conciliabules que vous voulez, les congrès, groupes de contact et autres formats ad hoc, je resterai à la fin le seul maître à bord. Les aléoutes sont indestructibles … Les autres passeront, nous resterons. » 

Poutine : «  Très bien, je note avec satisfaction que vous êtes prêts à travailler avec tous ceux qui veulent la paix et une solution. »

Traduction : « Tu commences sérieusement à e chauffer les oreilles. Tu iras à la table de négociation même si je dois te tordre le bras dans le dos… » 

 

Filleuls durs d’oreille.

 

« Ce dialogue « diplomatique » Poutine-Bachar (avec une traduction très libre de l’auteur) est l’une des illustrations de la difficulté des « parrains » (fussent-ils des tyrans puisants) à se faire entendre de leurs « filleuls » même quand les seconds doivent beaucoup, voire tout, aux premiers. Il y a d’autres exemples (…) qui sont intéressants, car ils montrent que même un pouvoir « tyrannique » peut-être contourné par des pays pourtant théoriquement dépendants de lui. »

 

  • 2011. Echec américain à convaincre les Saoudiens à ne pas intervenir militairement à Bahreïn pour aider le gouvernement à mater une révolte populaire chiite. 

  • 2017. La Chine ne parvient pas à canaliser les provocations de la Corée du Nord (tirs de missiles et essais nucléaires). 

 

7 / L’atome des mollahs. 

 

Actuellement le monde est « à la fois fortement fragmenté, sans polarité reconnue, et très relié. » 

 

« Dans ce contexte complexe, de quoi rêvent certains tyrans ? De l’atome ! C’est la garantie suprême, l’assurance-vie, la sanctuarisation garantie et , peut-être, la promesse d’une hégémonie par la terreur sur sa zone de convoitise. Certains font tout pour l’avoir (Corée du Nord), d’autres y songent (l’Arabie saoudite) ou regrettent parfois de l’avoir lâché (l’Iran). » 

 

Accord de Munich ? 

 

Juillet 2015. Signature d’un accord entre les 5 membres permanents du Conseil de sécurité, l’Allemagne et l’Iran sur le programme nucléaire iranien. Cet accord avait pour but de vérifier que le programme était de nature civile et non militaire, en échange d’une levée progressive des sanctions économiques. Les vérifications étaient faites par des inspecteurs de l’AIEA. « Le système est à ce point contraignant que les Etats-Unis ont voté une loi qui oblige le chef de l’Etat, tous les quatre-vingt-dix jours, à présenter au Congrès un document assurant que l’accord est appliqué en conformité avec les intérêts de sécurité des Etats-Unis. »

 

Automne 2017. Donald Trump refuse de donner cette certification, car « il voit dans ce document âprement négocié le sceau de tout ce qu’il déteste dans la personnalité conciliatrice de son prédécesseur Barack Obama. C’est le choc de la psychologie d’un tyran infantile contre celle d’un juriste subtil. Même si l’entourage militaire de Trump le juge « bon » et estime « fiables » les contrôles in situ, (….) le président américain a ajouté un nouveau niveau de tension dans ce domaine ultra-sensible du nucléaire. » 

 

De son côté, Israël qui a toujours dénoncé cet accord a soutenu la position de Donald Trump. Il redoute surtout le développement de la capacité balistique des Iraniens. 

 

Les conservateurs en embuscade. 

 

« L’Iran est un pays complexe dont la structure du pouvoir est d’une grande subtilité. Le vrai chef de l’Iran est le guide suprême de la révolution islamique, Ali Khamenei. Le président Hassan Rohani, homme de mesure et de circonspection, dispose de pouvoirs qui sont très encadrés par les religieux (même s’il en est un). Il n’a pas autorité sur les forces armées et des pans entiers de l’économie lui échappent, car ils sont aux mains des Gardiens de la révolution (…) Les élites conservatrices, adversaires résolus de l’accord de Munich, avaient dû plier le genou en 2015. Or, la décision américaine et les invectives du président Trump leur redonnent du tonus et un espace de bataille idéologique à exploiter. Le président Rohani est pour sa part déstabilisé par la nouvelle politique américaine. Il souhaitait pouvoir avancer avec les Occidentaux sur la levée de certaines sanctions non comprises dans l’accord sur le nucléaire. (…) Cette remise en cause de l’accord est une aubaine pour les conservateurs. Ils peuvent désormais faire valoir que, l’un des signataires ayant refusé le quitus, chacun est libre désormais de reprendre ses droits. Ceux qui veulent en découdre sont ravis de constater que c’est le clan adverse qui a commencé lui-même le détricote. Une perspective rêvée pour constater que l’accord a été rompu unilatéralement par Washington et reprendre le combat du nucléaire militaire. »

 

8 / Hiroshima mon amour. 

 

« Le gamin a gagné, en somme. Car Kim Jong-un n’est pas tout à fait un « fou qui menace le monde ». Il est bien pire. C’est un as dans l’art de la survie politique, qui est parvenu à convaincre les deux superpuissances du XXe siècle, la Chine et les Etats-Unis, qu’elles avaient davantage à perdre en l’écartant du pouvoir qu’en maintenant le statu quo. Sur l’échiquier mondial, cela porte un nom : échec et mat. » (Marc Epstein dans l’Express le 2 août 2017)

 

Mémoire longue.

 

Importance de la mémoire nationale coréenne au nord comme au sud 

  • Guerre de Corée (1950-1953)

  • Coupure en deux de la péninsule (38e parallèle)

  • Traité de 1910 scellant une humiliante colonisation nippone sur la péninsule coréenne. 

 

« A l’automne 2017, aux Nations-Unies, à New-York, le ministre nord-coréen des Affaires étrangères, Ri Yong-ho, a accusé les Etats-Unis d’avoir déclaré la guerre à son pays : « Le monde entier devra se souvenir clairement que ce sont les Etats-Unis qui ont été les premiers à nous déclarer la guerre (…) Puisqu’ils l’ont fait, nous avons le droit de prendre des mesures de riposte, y compris le droit d’abattre les bombardiers stratégiques américains même s’ils ne sont pas dans notre espace aérien. » 

 

Ressources insoupçonnées.

 

« Jusqu’où ira Kim Jong-un ? Que fera le président américain ? Que veut la Chine ? Ce sont trois questions majeures pour ce début de siècle. Les surprises stratégiques ne sont pas à écarter, la première étant l’incroyable capacité déployée par Pyongyang pour équiper ses fusées de moteurs performants (sans doute venus d’Ukraine et/ou de Russie), pour maîtriser le carburant solide pour la propulsion, pour miniaturiser ses têtes et pour passer de la bombe A à la bombe à hydrogène bien plus puissante.

Ce qui est très frappant, c’est qu’un pays théoriquement au ban des nations, étranglé économiquement et financièrement, puisse à la fois faire émerger une classe moyenne, donner à sa capitale l’allure d’une métropole développée, et consacrer des sommes colossales à l’acquisition de la bombe. »

 

Les moyens :

  • Mise à l’abri en Chine de réserves financières dans les mains de Coréens ayant la nationalité chinoise, ceux-ci étant chargés de faire fructifier ces fonds. 

  • Vente de matériels militaires (Syrie, Erythrée, Ouganda, Tanzanie, Angola, RDC, Mozambique etc…

  • Vente de métaux rares par des intermédiaires en Inde et au Sri Lanka 

  • Développement d’une activité intense dans le domaine des cyberescroqueries (vols de crypto-monnaies)

  • Présence à l’étranger d’une diaspora nord-coréenne qui envoie une partie de son salaire au pays. 

 

Chance et menace pour la Chine.

 

« Les démonstrations de force nord-coréennes sont une chance et une menace pour la Chine : une chance parce que ainsi elle peut démontrer son adhésion à des principes internationaux qui la rendent encore plus respectable et même incontournable (….) ; une menace parce que la Corée du Nord semble s’ingénier à démontrer l’incapacité de la Chine à gérer comme un « grand » une situation de crise. » (Jean-François Di Meglio, président d’Asia Centre)

 

Pékin qui a voté le dernier train de sanctions contre la Corée du Nord se trouve désormais « sous tension dans la mesure où elle en veut pas l’effondrement du régime frère et en aucun cas une réunification entre les deux Corées qui placerait les bases américaines de Corée à sa frontière sud. »

 

Si les Chinois débattent de leur politique nord-coréenne, ils s’accordent tous sur un constat « Il n’y aura pas de dénucléarisation pacifique : soit on va vers l’acceptation tacite d’une puissance nucléaire de facto, soit on va au confit. (…) Au final, tout cela place le grand parrain chinois dans une position ambivalente. 

 

La montée vers la guerre ? 

 

« Cette perspective de la guerre est loin d’être exclue, car les mesures de rétorsion internationale ont un effet pervers sur la Corée du Nord : elles soudent autour du chef une population entretenue savamment dans un état avancé de paranoïa sur le mode : la terre entière nous en veut et les Etats-Unis souhaitent la mort de notre peuple. Les sanctions, qui partent à la cadence des provocations de la Corée du Nord, entretiennent en riposte la volonté du régime de se sanctuariser par la maîtrise de l’atome. (…) Même si l’on peut considérer que le pays ne dispose pas encore (en 2018) d’un véritable arsenal nucléaire stratégique, ni de lanceurs du type SNLE, le must en la matière, il représente aujourd’hui une très sérieuse menace pour la sécurité de la région. C’est la grande différence avec le dossier iranien : Téhéran n’avait pas encore la bombe. Pyongyang est aujourd’hui nucléaire même si l’on peut émettre des doutes sur la puissance de son arsenal. » 

 

« Le cas de Pyongyang est la démonstration d’une double règle. La première est qu’un pays qui se sent menacé dans son existence et qui ne bénéficie pas d’une garantie de sécurité crédible fera tout pour se doter de l’arme nucléaire. La seconde est qu’un pays déterminé à franchir le seuil, finit toujours par le faire. Il n’y a que deux exceptions : un changement de régime politique (ce fut le cas pour l’Afrique du Sud et le Brésil - ou une action militaire. L’Irak, sans la guerre de 1991 aurait probablement eu l’arme nucléaire à la fin de la décennie. » (Bruno Tertrais, spécialiste en questions nucléaires)

 

Impasse.

 

« La prudence commande de ne pas tout miser sur la raison dans un monde drogué à l’hypernationalisme. Le suicide collectif peut aussi faire partie de la panoplie d’une dictature ou d’une pensée jusqu’au-boutiste. L’auteur a pu constater en Bosnie-Herzégovine (dans les années 1990) que les sanctions imposées aux Serbes n’avaient eu aucune espèce d’impact positif. Pis, elles avaient eu un effet fédérateur et suicidaire sur les miliciens et la population serbes : Puisque tout le monde est contre nous, finissons-en dans un ultime baroud d’honneur, les armes à la main. Evidemment il n’y a pas de commune mesure entre des armes conventionnelles utilisées par des milices suicidaires et l’arme atomique d’un régime stalinien. Mais on ne peut jamais exclure ce type de folie de la part d’un gouvernement autiste. » 

 

Quand les chiffres parlent.

 

  • 2017. Adoption par le Sénat américain d’un budget militaire de 700 milliards de dollars (+ 100 milliards de dollars par rapport au dernier budget Obama. 

  • Prévision d’embauche de 60.000 soldats supplémentaires dans l’armée de terre pour atteindre le chiffre de 540.000 hommes. 

  • La marine devrait disposer de 350 bâtiments (contre 272 au moment de l’adoption du budget)

  • L’aviation devrait atteindre les 2000 appareils (dont 1000 chasseurs)

  • Augmentation du nombre de Marines et de Forces spéciales. 

  • Augmentation de 10% des dépenses de l’Agence de défense anti-missiles (MDA)

 

« Dans le même moment où le président Trump a redressé la barre militaire, il a abaissé fortement le montant de l’aide humanitaire et le budget alloué à la diplomatie. On ne saurait être plus clair. » 

 

Effet disruptif. 

 

Mais les chercheurs sont partagés sur les risques de guerre nucléaire de la part des Etats-Unis contre la Corée du Nord. 

 

Fiction ? 

 

Les Etats-Unis qui sont persuadés que la Corée du Nord est à terme un vrai danger pour la paix estimaient que la période la plus favorable pour désarmer la Corée se situait en 2017, 2018 au plus tard. 

 

« Ne pas intervenir militairement, c’est l’assurance à terme que le « royaume ermite » disposera d’une panoplie assez complète d’armes nucléaires transcontinentales qui menacera une partie de la planète, les Etats-Unis en premier. Pour Washington, c’est une hypothèse inacceptable. » 

 

Durant l’été 2017, les Américains ont eu des conversations secrètes et approfondies avec les Chinois sur ce sujet semble t-il, sans que les résultats en soit connus. 

 

Eviter la guerre. 

 

« Nous espérons éviter la guerre avec les Nord-Coréens, mais on ne peut pas écarter cette éventualité », a déclaré en septembre 2017 à la presse américaine le général H.R McMaster, conseiller à la Sécurité nationale. Quant au patron du Pentagone, le général James Mattis, il a reconnu publiquement que sur sa table se trouvaient « des options pour frapper la Corée du Nord sans mettre Séoul en danger. » 

 

9 / Le piège de Thucydide. 

 

« Le dossier nord-coréen est un gros caillou dans les bottes de sept lieues du leader chinois. Le grand « bond en avant » de la Chine pourrait en être freiné. Les Chinois veulent sortir les Américains du Pacifique-Ouest pour éliminer une puissance rivale et étendre leur influence à leur « étranger proche ». Or, le dossier nord-coréen incruste encore plus les Américains dans le paysage. Washington a d’ailleurs décidé de s’accrocher en défendant une zone indo-pacifique (avec l’Inde, le Japon et le Vietnam en points d’appui) libre et ouverte pour contrecarrer les grandes ambitions de l’empire du Milieu. Confortée par la crise nord-coréenne, cette contre-ambition n’est évidemment pas du goût de Pékin.»

 

Engrenages.

 

2017. Publication par Graham Allison, professeur à Harvard d’un ouvrage intitulé « Les Etats-Unis et la Chine peuvent-ils échapper au piège de Thucydide ? 

 

Il se fonde sur l’analyse de la guerre du Péloponnèse par Thucydide pour qui la confrontation entre Sparte et Athènes a été provoquée par « la montée en puissance d’Athènes et la peur que cela a instillé chez Sparte qui ont rendu la guerre inévitable »

 

Il a recensé 16 cas de face à face dans les 500 dernières années et la guerre n’a été évitée que dans seulement 4 cas. 

 

« Il y a toutefois une grande différence entre les guerres du Péloponnèse et celles qui mettraient aux prises deux puissances nucléaires. Le fait que les deux protagonistes aient l’arme atomique est une épée de Damoclès qui pointe sur les deux têtes. » 

 

« Au final, si on voulait résumer la faille la plus béante parmi celles décrites dans ces pages, on serait tenté de mettre en avant la frénésie d’irrationnel qui a saisi notre époque. La raison est balayée quotidiennement, y compris en Europe (…) au profit de la furie, de l’exclusion, du propos vindicatif, de la malhonnêteté intellectuelle, du sécessionnisme. Un verbe de guerre emplit les espaces publics. Dans la presse, « tiraille » rime souvent avec « mitraille », y compris dans les vieilles démocraties. Dans des pays sans guerre, bénéficiant d’un solide cadre institutionnel, des hommes politiques irresponsables ne rêvent que de plaies et de bosses, appellent à descendre dans la rue, à hisser le drapeau de la révolte, à en découdre. Nous sommes entrés dans un temps d’hystérisation. Les réseaux sociaux jouent souvent un rôle diabolique. Au sens propre comme au figuré, le lynchage est une activité qui se répand et qui signe en lettres e feu l’envie de barbarie que nous avons décrite. Les passeurs, les relieurs, les rêveurs, les sages et les philosophes luttent contre la vague de démagogie ambiante. Ils perdent du terrain. Quant aux « tyrans tyranniques » que nous avons décrits, ils croient dur comme fer à leur bonne étoile et à leur prédestination. Comment faire triompher la raison quand l’irrationnel culmine au sommet de nombre de contrées ? 

 

« La France et l’Europe ont justement la maturité et l’expérience pour faire face à ce défi historique à condition de se mettre en « ordre de bataille » derrière la bannière de l’espérance et de l’efficacité. Ce n’est pas une pétition de principe, c’est une réalité politique. Le grand projet politique de ce siècle, c’est l’Union européenne ! Et sans une France ayant retrouvé sa puissance, son panache, son dynamisme, son culot et son envie de gagner, le projet européen patinera. Et sans une Europe ayant envie de devenir puissance, la France sera trop faible, seule, face aux défis colossaux que nous venons d’égrener. »

 

Troisième partie. Comme une envie de France… et d’Europe. 

 

Printemps 2017, l’auteur débat avec Alexandre Adler sur les relations franco-allemandes. « Je reste convaincu que le fameux moteur « franco-allemand » n’a jamais été aussi déterminant pour redynamiser l’Union européenne face aux défis colossaux de ces prochaines années. Finalement un peu à bout d’arguments je lâchais ce qui correspondait le mieux à ma pensée profonde : « la puissance allemande est évidente, et nous pourrions nous en inspirer, mais dans le monde, il n’y a aucune « envie d’Allemagne »… alors qu’il y a une « envie de France ». Signe des temps, la formule rallia tout le monde sur le plateau. » 

 

« Mais force est de constater que, ces dernières années, la France était regardé par ses partenaires européens, et par d’autres pays, comme une nation empêtrée dans ses contradictions, ses clivages partisans hors d’âge, ses repentances à répétitions, ses raisonnements « intellectuels » marqués au coin de la vulgate marxiste, son fonctionnement par à-coups sur le plan économique - un coup à gauche, un coup à droite (libérale) -, en déclin industriel et incapable de réformer son système de protection sociale ; bref, elle était observée avec une sympathique commisération (notamment par l’Allemagne) comme le nouvel « homme malade de l’Europe. » 

 

« Avec le Brexit, les atouts français se sont retrouvés mécaniquement renforcés ; la France est désormais le seul pays de l’Union européenne membre permanent du Conseil de sécurité, le seul européen à disposer d’une arme nucléaire indépendante, le seul à avoir une armée encore réellement opérationnelle sur laquelle le soleil ne se couche jamais, le seul à avoir un commandement stratégique au sein de l’OTAN (l’autre est américain). »

 

« Le rapport de l’institut Montaigne « Nouveau Monde arabe, nouvelle « politique arabe » pour la France » relève, pour sa part, le décrochage français au Moyen-Orient face aux puissances qui expriment sans complexes leur parrainage : « Alors que les conflits traversant cette zone s’exportent sur le territoire national, la France peine à redéfinir une stratégie. Elle ne parvient plus à jouer son rôle de puissance d’équilibre hérité du « gaullo-mitterrandisme » et ne s’est pas donné les moyens de traiter les deux grands défis contemporains que sont la montée de l’islamisme et les migrations. A l’inverse, de nombreuses puissances ont su définir leurs intérêts et gagner en influence, c’est le cas de la Russie, de la Chine ou encore de l’Allemagne. » 

 

« Le fait qu’être un pays qui ne suscite pas d’envie particulière, qui ne fait pas rêver par son aura et sa culture, n’empêche pas de créer de l’influence (notamment économique). 

A contrario, pour la France, susciter de l’envie n’est pas en soi suffisant pour dégager de la puissance. Après avoir fait envie, il faut être présent au rendez-vous fixés et il faut être en capacité de délivrer et de le faire dans la durée. » 

 

« Chacun a compris désormais que les enjeux qui assaillent le monde sont sérieux…. et compliqués. Et dans tous les combats, la question du moral, de la confiance en soi et de la cohésion est fondamentale. Rien ne sert d’avoir les militaires, les matériels et l’assise financière les plus redoutables, si les forces de l’esprit ne sont pas au rendez-vous. C’est, notamment, le grand enseignement de la défaite américaine au Vietnam. » 

 

1 / Discorde chez les « amis ». 

 

« L’envie de guerre civile est une inclinaison qui fragilise l’envie de France en France. La discorde dans son propre camp affaiblit inévitablement un pays en guerre. Depuis des années, les familles de pensée se divisent sur l’islam et sur ce qui fait que l’on est français. Les tensions prennent une allure de « guerre civile » verbale tout particulièrement quand elles fracturent le même camp. (…) Tout cel fait le jeu de l’ennemi salafiste. C’est l’un des marqueurs des périodes de grands troubles : les extrêmes se rejoignent et les mêmes camps se divisent. Il y a plusieurs envies de France en France… mais elles ne coïncident pas, ou elles ne coïncident plus. C’est un handicap en période perturbée. » (ex de poussée de fièvre fratricide avec l’affrontement violent entre Edwy Plenel (Mediapart) et Charlie Hebdo fin 2017 autour des caricatures du prédicateur Tariq Ramadan, accusé de viols et de harcèlement sexuel.)

 

« Certains courants de pensée se sont faits les alliés objectifs du satanisme, les aidant, par leurs postures idéologiques, à consolider une non-envie de France. Cet appareillage psychologique, fondé notamment sur une présentation systématiquement noire du passé et du présent national, sera longue à démanteler. Or, c’est l’un des substrats sur lesquels pousse le salafisme totalitaire. Il ne s’agit pas dans ce combat du sens de remplacer le « récit national » par le « roman national », mais de faire en sorte que ce récit soit équilibré afin de ne pas en faire un objet de détestation sur lequel les prédicateurs de Daech ou d’Al-Qaida surfent pour diffuser leur haine de la France. Sur ce terrain, les attentats de 2015 ont marqué une césure. Les questions sur la radicalisation de l’islam, que le microcosme médiatique entendait interdire, ont éclaté dans une flaque de sang. » 

 

« «  La tolérance devient un crime lorsqu’elle s’étend au mal », écrivait Thomas Mann dans la Montagne magique. Or certains esprits font profession de « tolérance » en niant l’existence du « mal », engendrant ou protégeant d’étranges phénomènes de détestation française là où il fallait renforcer une saine envie de France. Le réel se venge toujours des postures idéologiques. » 

 

Dr Jekyll et Mr Hyde. 

 

« Dans le combat contre le « racisme » et « l’islamophobie », les bonnes âmes patentées du « bobo-gauchisme » ont eu besoin de construire des héros, champions de la diversité et de l’antiracisme. Le problème survient quand le héros se révèle être un parfait salaud. » 

 

Exemple du cas de Medhi Meklat. Issu d’une cité de Seine-Saint-Denis il était devenu le héros de la « pensée de banlieue » à travers l’aventure du « Bondy Blog », média en ligne créé en 2005 après les émeutes de banlieue, pour être la voix branchée, moderne, diverse e antiraciste des quartiers. Il était un héros jusqu’à ce qu’on découvre que sous le pseudonyme de Marcelin Deschamps il avait, durant 5 ans, émis des milliers de tweets anntisémites, racistes (anti-Blancs), violents, injurieux et homophobes. Démasqué, il fera disparaître en une nuit plus de 40.000 tweets. 

 

« Parmi les multiples enseignements du cas Meklat il y en a un qui pointe : la montée de la barbarie ambiante par l’usage du verbe de guerre. « Ce niveau de violence, auquel sont exposés les journalistes qui travaillent aussi bien sur l’extrême droite que sur l’islam radical, est beaucoup trop toléré, y compris par les entreprises qui gèrent les réseaux sociaux. La violence verbale dans le discours politique n’est pas anodine. L’expérience montre qu’elle peut ouvrir la voie à de dangereux débordements. » Cette affaire est également très révélatrice de la complaisance de certains relais d’opinion face à une radicalisation des esprits. » 

 

A front renversé.

 

« Très au fait de ce qui se passe en Occident, les djihadistes se frottent les mains quand ils voient se développer ces affrontements entre « islamo-gauchistes » et « islamophobes » de gauche, selon la terminologie employée par les uns et par les autres. (…) Pour le satanisme de combat,, toutes ces fractures sont les bienvenues : c’est « la discorde chez l’ennemi. » (titre d’un livre du général de Gaulle) » 

 

Pas de bla-bla, la lutte !

 

« L’esprit de guerre est contagieux. Et notre pays n’y échappe pas. Certains s’ingénient à transférer en France une approche « guerrière » des questions qui dans une démocratie peuvent légitimement faire débat sans pour autant appeler « à la lutte finale et au grand soir ». Les discours politiques prennent des tours subversifs et brutaux, même dans une vieille démocratie comme la nôtre. Le chef de la France insoumise, Jean-Luc Mélenchon, s’en est fait une spécialité. Il manifeste depuis longtemps un goût marqué pour la poudre et la mitraille. Il aime utiliser une rhétorique guerrière qui flirte dangereusement avec une sorte d’appel diffus à l’insurrection qualifiée de « démocratie de la rue ». » 

 

« Les imprécateurs des temps modernes adorent les éclats de voix, ne réalisant pas que cela prépare psychologiquement le terrain pour l’envoi d’éclats d’acier. Dans la quiétude d’un pays civilisé, ils tentent de recréer autour d’eux les conditions d’affrontements dont ils se sont imprégnés en regardant trop la télévision. Quel dommage qu’ils ne soient jamais allés sur de vrais théâtres de guerre pour comprendre leur indécence à jouer sur ces registres quand on a la chance de vivre dans un pays développé et en paix. Ne savent-ils pas, dans le contexte actuel, que les mots ne sont pas innocents ? »

 

Innocence et insouciance. 

 

« Tant que la menace du satanisme de combat (religieux, politique et djihadiste) n’ira pas été éradiquée, il continuera son travail de sape des démocraties et de pollution religieuse d’une partie de la planète. Ce n’est d’ailleurs pas tant un problème de laïcité, en France notamment, qu’une question politique, au sens fort du terme, et de sécurité nationale. Il n’y a pas « d’accommodement » possible avec des forces en guerre ouverte contre les valeurs de l’altruisme, de la démocratie, de la séparation Etat-religion, du respect de l’autre, de l’égalité homme-femme, de la liberté de penser et de croire, de caricaturer, etc.. Toutes ces valeurs fondamentales ont forgé la trame d’une nation pendant de siècles. » 

 

« Les citoyens doivent s’unir grâce à une forme de transcendance spirituelle, morale ou politique, qui donne sens à la vie collective (…). Le multiculturalisme mine le sentiment de solidarité qui est la condition d’existence de la nation. Le rôle des gouvernants et des politiques publiques est de favoriser ce qui unit les citoyens, non ce qui les distingue les uns et les autres » (Dominique Schnapper). 

 

Les autoritaires. 

 

« Il est important de dire que la grande majorité des Français de religion musulmane a envie de France et qu’ils vivent très bien au sein de ce pays. Ils sont témoins des drames, des guerres et des affrontements qui déchirent les pays dont leur familles sont originaires, et leur sentiment d’être préservés grâce à leur passeport français en est renforcé. » 

 

2016. Etude de L’institut Montaigne sur le profil des musulmans en France. 

  • Ils représentent 5,6% de la population de plus de 15 ans. 

  • Une pratique religieuse nettement supérieure à la moyenne nationale. 

  • Un respect fort de la norme alimentaire. 

  • Un soutien au port du voile. 

  • Une absence de communautarisme électoral. 

 

Il distingue donc trois groupes :

  • La majorité silencieuse (46%) qui vit tranquillement sa religion au sein de la République

  • Les conservateurs (25%) qui se retrouvent pour partie dans l’influence des Frères musulmans 

  • Les autoritaires (28%), majoritairement jeunes et pour lesquels l’islam est une bannière contre la société française. 

 

« Ce que révèle cette enquête, c’est l’existence d’une minorité à posture mentale radicalisée. Il ne s’agit pas d’en faire tus de futurs djihadistes, mais de considérer que le risque n’est pas nul. » 

 

2014. Tariq Ramadan qui diffuse un discours radical et ambigu n’avait que 330.000 followers sur Facebook. En 2017, il en compte 2.060.000. Parallèlement les sites internet d’imams défendant un islam juste et modéré ne représentent que 1% du total. 

 

« « Ainsi sur le plan idéologique, l’influence en France du monde arabe sur les musulmans de France est évidente. Elle procède d’une offensive idéologique majeure, portée d’un côté par la nébuleuse des frères musulmans, soutenue notamment par les dons du Qatar et Al-jazeera, mais pas exclusivement, et de l’autre par les salutistes saoudiens qui ont construit un appareil idéologique et des circuits de diffusion extrêmement performants . » C’est dans ce double bain qu’infusent les autoritaires décrits par l’institut Montaigne, et la disparition du pseudo-califat de Daech ne modifiera pas substantiellement cette réalité. Elle sera aggravée par le retour en Europe de certains anciens combattants du Levant. » 

 

20% des sites de propagande pro-daech sont en langue française (2770 sites)

 

Aveuglement ? 

 

Il existe un courant de pensée qui estime que parler « de guerre et d’ennemis à propos de Daech, et plus généralement du satanisme de combat est une erreur. En ke faisant, on donnerait à une force délinquante un statut qui en rehausserait le prestige et le crédit. « Comment ne pas comprendre qu’en érigeant en combat politique , voire en guerre de civilisations, la répression d’organisation délictueuse dont les ressorts idéologiques ne sont ni uniques, ni même hégémoniques, on renforce leur pouvoir d’influence politique ? C’est le cas pour l’OEI (Organisation de l’Etat islamique), dont la logique d’action relève autant du fanatisme religieux que de l’emprise mafieuse. Du coup on contribue à rehausser la cause dont ces groupes se réclament » (Vincent Sizaire, magistrat)

 

Pour l’auteur, cette approche « contribue à l’assoupissement et revient à ne pas voir la réalité : la guerre a muté. Nous sommes bien confrontés à une identité identitaro-religieuse sans frontières, à un « corps » militarisé armé d’une volonté politique, d’une idéologie d’éléments de doctrine religieuse structurés, d’une vision historique et stratégique, d’un « idéal romantique », de savoir-faire partagés, de combattants-experts itinérants pour former et unifier les différents groupes, de capacités financières (notamment de provenance mafieuse), d’outils sophistiqués de propagande, de cyber guerre et de cyber recrutement, et cette entité nous a déclaré la guerre. Certes, il s’agit d’une nébuleuse à l’organisation souple et plastique, aux bataillons encore limités, et non d’un Etat avec des frontières, bannière et grands corps (surtout depuis la disparition du califat de Daech au Levant). Mais il y a bien une unicité politico-religieuse de référence à tous ces mouvements qui servent une seule cause : la volonté d’imposer à la planète un islam radical régissant tous les aspects de la vie des hommes sans exception (la charia). Il y aune sorte d’arrogance intellectuelle à ne pas vouloir les prendre au sérieux. Pourtant, leurs textes de doctrines, nombreux et élaborés, sont là pour témoigner de l’existence d’un véritable corpus idéologique solidement membré. On a toujours tort de mépriser ou de réduire l’adversaire à sa propre vision . Daech (et consorts est un mouvement transcendantal à vocation radicale. Il a une caractéristique : il ne lâche rien et il ne lâchera rien. Quand on est en mission pour Dieu, on a l’éternité devant soi. Ce nouveau totalitarisme, quelle que soit son incarnation (Daech ou Al-Qaida), ne cherche pas la négociation par le rapport de force. Il veut la soumission. » 

 

2 / Influence.

 

« La France a toujours eu une cote d’amour à l’étranger plus élevée qu’à l’intérieur du pays lui même. Cela a parfois poussé certains chefs d’Etat à passer plus de temps en dehors des frontières de l’Hexagone que dedans, surtout quand leur popularité était dans le rouge. » 

 

Après les attentats de 2015, plusieurs dizaines de chefs d’Etats étrangers sont venus manifester à Paris leur soutien à la France. Ce ne fut pas le cas lors des attentats à Madrid (2004) ou Londres (2005). 

 

« A différents niveaux, et à différents postes, de hauts représentants incarnent, aux yeux des amis - ou même des ennemis - de la France, le génie français. C’est bien utile, notamment à l’international , quand personne en veut plus aller se parler (ce qui est assez répandu aujourd’hui). Quand elle est e forme, confiante et non arrogante, la France est un must. Son talent et son entregent permettent de trouver des solutions habiles au coeur de situations complexes, une porte de sortie de crise, un sas de décompression où des adversaires acceptent de se parler. (…) Le poste de responsable des interventions extérieures de l’ONU est ainsi toujours dévolu à un Français. » 

 

Quand un Breton sage parle à l’oreille des princes arabes. 

 

C’est ainsi que Jean-Yves Le Drian a une réputation internationale de « sage ». Il estime que aujourd’hui trois dossiers sont centraux :

  • La protection des citoyens face à la menace terroriste, en luttant au plus près et au plus loin (à la « racine » du mal)

  • Le défi climatique (la France lutte contre les Etats-Unis pour sauver l’accord de Paris). 

  • Les défis économiques pour que la France puisse s’imposer dans la conquête de marchés (gages de puissance et d’emplois). 

 

« L’envie de France se tisse ainsi à travers le monde de façon souvent discrète, rarement perceptible pour les salons parisiens. Il n’y a pas que les politiques pour se mettre à cette couture. Patrons d’entreprise, intellectuels, militaires, diplomates, militants associatifs, conservateurs de musée, artistes, etc… incarnent ce génie français qu’on loue à l’extérieur et que l’on ne voit plus à l’intérieur. Nos amis étrangers font l’éloge de cette capacité française à rechercher une voie équilibrée au milieu des écueils, tandis qu’en France, ce sens de la mesure et du juste milieu semble échapper à certains esprits. » 

 

L’arme de la connaissance. 

 

« Cette diplomatie joue, plus qu’on ne le croit, sur un réel attachement à la France de ses interlocuteurs internationaux pour différents motifs, parmi lesquels celui de la culture et de l’éducation. C’est un facteur d’influence majeur. »

 

Par exemple l’Arabie Saoudite a demandé des conseils à la France pour renouveler ses programmes scolaires fortement marqués par l’enseignement religieux. 

 

Les Emirats Arabes Unis et le Qatar, travaillent depuis plusieurs années sur « l’économie de la connaissance » pour préparer l’après rente pétrolière. Ils mettent en place des partenariats avec des universités étrangères et attirent des professeurs de haut niveau pour travailler dans des secteurs clés : bio-informatique, biomédecine, numérique, ressources énergétiques …. 

 

« Cette bataille pour la culture, la raison et les sciences est absolument capitale. C’est la meilleure façon de lutter à la base contre l’obscurantisme. La difficulté (….) c’est que la vitesse de prolifération du virus salutiste est plus grande que celle de la diffusion du vaccin de la raison et du respect de la pensée et de la culture d’autrui. » 

 

Macron Imperator.

 

« En arrivant à l’Elysée, le président Macron a souhaité donner plus de visibilité à cette influence française. Il a estimé que le temps était venu de faire redécoller la fusée France et d’arrêter de considérer le mot « puissance » comme obscène. 

 

Une enquête menée par Le Monde, la Fondation Jean Jaurès et Sciences Po en juillet 2017 a souligné pendant la campagne pour l’élection présidentielle une attente forte de « chef ». « Mais en même temps, cette attente d’un tyran moderne était aristotélicienne. Il fallait que le profil de l’homme fort soit mâtiné d’une capacité à incarner les « valeurs chaudes » dont nous avons déjà parlé. » 

  • 88% considéraient que le pays avait « besoin d’un vrai chef pour remettre de l’ordre. 

  • 84% estimaient que « l’autorité est une valeur qui est trop souvent critiquée. » 

  • 67% estimaient que le système démocratique était « irremplaçable et que c’est le meilleur possible.

 

« La campagne présidentielle du candidat Macron s’est donc inscrite au carrefour des attentes du collaboratif chaud (le « en même temps ») et de celles de l’autorité (« le chef, c’est moi ») : le mariage du vertical et de l’horizontal, du « masculin » et du « féminin ». C’est cela qui a fait son succès et qui a balayé les vieux partis déjà froids. Que ce soit tactique ou naturel…. Ou les deux « en même temps », Emmanuel Macron a su se placer là où une majorité de Français attendait la marque du renouveau dans une période perçue comme terriblement anxiogène. » 

 

« Ayant depuis longtemps réfléchi à la puissance des symboles régaliens de la France éternelle, Emmanuel Macron a finement perçu cette envie de la « remonarchisation » de la présidence qui montait dans le pays. Dès son investiture - on pourrait dire son « intronisation » -, il a revêtu les habits martiaux du chef des armées de la Ve République. » 

  • Remontée des Champs Elysées en command car. 

  • Visite à des blessés militaires 

  • Déplacement au Sahel. 

  • Evocation du sacrifice des soldats français 

 

« Donner envie aux autres commence déjà par ne pas s’excuser en permanence d’exister et par assumer la part monarchique des institutions de la Ve République. C’est pour cela qu’il ne saurait exister de président « normal » ou ordinaire dans cette République taillée pour et par De Gaulle. » 

 

Un phénomène.

 

« A l’étranger, le « moment Macron » a surpris et fasciné. Les Français ne sont jamais aussi étonnants que quand on les croit moribonds, se sont dit ceux qui connaissent l’histoire de France. Les autres ont admiré la performance : sortir de nulle part et pétarader tout le système politique français ! La communauté internationale observe ce jeune homme, bluffée par son énergie et son charme. » 

 

Le New Deal à la française. 

 

L’effet Macron a été salué aussi bien par les journalistes que par les politiques et les hommes d’affaires. 

 

« D’après l’étude « Soft Power 30 » de l’USC Center on Public Diplomacy et le cabinet Portland, qui travaillent sur la capacité d’influence des Etats, la France, en 2017, est passé de la cinquième à la première place Mondale, auparavant occupée par les Etats-Unis. Le fait que les Etats-Unis trumpiens descendent et que la France macédonienne monte est un signal intéressant. L’influence dont il est question ici englobe la diplomatie, l’influence numérique mais également le tourisme et la gastronomie. (….) Il faut se garder de surévaluer le poids réel de ce type de baromètre et voir ce qu’il donnera dans la durée. Mais il traduit indéniablement le fait que la France attire les regards et dégage un effet de séduction nouveau. » 

 

Haute couture diplomatique.

 

« Emmanuel Macron pousse ses feux à l’international. Il est à la manoeuvre pour tenter de recoudre ou tout simplement d’éviter que les déchirures s’aggravent. (…) Il s’est fait le chantre de l’ONU pour défendre sa vision multilatéraliste dans un monde de plus en plus clanique. Le « Machin » (expression du général de Gaulle) n’a jamais été aussi précieux, aussi le chef de l’Etats veut-il incarner une vois raisonnable et rationnelle dans un espace international qui manque cruellement des deux. » 

 

D’autre part, il sait que son combat pour le bien commun est actuellement favorisé par l’effet BTP (Brexit, Trump, Poutine). « Ce triptyque chaotique a pour effet de stimuler la diplomatie française et met l’Union européenne sous tension positive pour aller de l’avant. » 

 

Suractif.

 

Depuis son élection, le président Macron a pris de nombreuses initiatives, même si les résultats sont inégaux : 

  • Groupe de contact sur la Syrie en y incluant l’iran. 

  • Interventions en matière de relance européenne. 

  • Tentative de réconciliation des clans adverses libyens. 

  • Lancement d’une force africaine dans le cadre du G5 Sahel. 

  • Création de hotspots au Niger et au Tchad pour examiner sur place les demandes d’asile. 

  • Plan de soutien d’un milliard d’euros pour le développement des PME Africaines. 

  • Essai d’implication des Européens (développement, formation, financement, aide militaire) au Sahel. 

 

Cocktail dangereux.

 

« Personnage atypique, Macron réunit en même temps du de Gaulle, du Sarkozy et du Hollande. De Gaulle pour faire table rase du passé, balayer les partis traditionnels, leurs « tambouilles » et leurs « vieilles soupes », refonder la République ; du Sarkozy dans le volonté de forcer le destin, dans le transgressif et le fait d’en faire parfois un peu trop ; du Hollande à cause de l’humour. » 

 

3 / Locataire …. contre propriétaire. 

 

« Ce que la dictature gagne en brutalité, en cynisme, en mépris et en déni de réalité, elle le perd en capacité d’adaptation, en imagination, en créativité et en combinaison de talents librement réunis (notamment masculin-féminin). Toutes choses que les valeurs démocratiques doivent jouer à fond car elles seront ainsi d’autant plus pertinentes dans le combat contre la tyrannie aveugle et l’autocratie religieuse. Pour cela l’Occident (et, au premier rang, les vingt-sept pays de l’Union européenne) doit passer de la culture de l’hyper-individualisme à celle du collectif-collaboratif en misant sur un élément fondamental : la confiance en soi, confiance dans le génie français et européen, fruits de pliures siècles d’histoire commune. »

 

Catalyseur.

 

« Il existe une entité militaire dont l’efficacité n’est plus à démontrer, qui vit en permanence dans le « collaboratif créatif à commandement » (CCC). C’est le commandement des opérations spéciales (COS) qui conduit nombre d’impétrations contre ceux qui menacent la France, ses intérêts et ses valeurs au plus loin (Levant, Sahel, notamment) (…) C’est un laboratoire passionnant, en perpétuelle mutation, dont nous pesons que d’autres entités pourraient tirer profit, y compris dans le monde civil (…) Ce savoir-faire français est reconnu à l’international puisque la France a depuis longtemps décroché le statut otanien de lead nation pour les opérations spéciales. Cela veut dire que Paris peut diriger une opération qui impliquerait des forces spéciales de plusieurs pays. » 

 

Le COS a été créé en 1992 et possède plusieurs caractéristiques :

  • Outil stratégique dans la main du chef des armées via le CEMA

  • Faible empreinte au sol. Il engage de petites équipes, souvent derrière les lignes ennemies. 

  • Approche atypique « Penser et faire autrement » 

  • Esprit commando (volonté et intrépidité)

  • Combinaison de talents (en particuliers des militaires des trois armées et de réservistes opérationnels)

 

« La guerre autrement, c’est mettre l’imagination au pouvoir. Et qui peut le faire ? Des emmerdeurs, des iconoclastes , des trublions qu’on doit laisser cogiter pourvu qu’en dernier ressort un chef (….) dise « Oui on fait - non on fait pas » » (général Henri Poncet ancien du COS)

 

Le réseau plutôt que le silo. 

 

« L’amiral Isnard se conçoit d’ailleurs comme un architecte en chef qui offre des plates-formes pour que des agencements savants se fassent entre différentes composantes dont l’objectif est de protéger les Français. Cette logique de la plate-forme ouverte et modulable est l’exact contraire du principe de gestion domaniale du pouvoir qui plombe la France depuis des siècles. C’est une approche qui s’oppose à la logique du propriétaire : c’est à moi et pas à toi ! L’approche locative doit permettre une meilleure synergie entre défense, MAE (Affaires étrangères), services de renseignement intérieur et extérieur. L’idée maîtresse, c’est d’être plus intelligent à plusieurs sans pour autant gommer les spécificités de chacun. »

 

« La force principale de l’ennemi, après la motivation et le fanatisme, c’est justement d’être dans une logique liquide et non dans une approche corporatiste de travailler en réseau et non en silo. »

 

4 / Liberté, Maturité, Fraternité. 

 

« Comment contrecarrer une envie de barbarie, si ce n’est en y opposant une envie de fraternité ? (…) L’Europe, en cultivant à outrance une approche « gentil Bisounours » des dossiers internationaux, a eu bien du mal à se mettre en ordre de bataille face à un monde devenu fou. Il lui a fallu être à nouveau confrontée au mal, y compris sur son territoire, pour réaliser que tout le monde ne partageait pas ses valeurs humanistes. Il ne s’agit donc pas de proposer un retour à une forme d’innocence adolescente Mais de miser sur la résilience, la maturité et le courage face aux cinquante nuances de guerre qui assaillent la planète. » 

 

La vague d’attentat qui a frappé la France, n’a pas réussi à entamer la cohésion nationale. 

 

5 / Europe, le sursaut ou le sursis. 

 

« Guerre, révolution, totalitarisme, génocide…. Bien loin de la fraternité et de la maturité , l’Europe est le continent du XXe siècle qui a exploré le plus profondément les antres du mal. C’est justement parce qu’elle a pu mesurer charnellement et psychologiquement ce qu’il en coûte de jouer la carte de l’autodévastation qu’elle a bâti la dynamique européenne. Ses premiers pas ont été tracés par des pères fondateurs qui savaient à quel point les Européens avaient pratiqué un suicide collectif avec leurs deux guerres mondiales. Son expérience de l’autodestruction lui permet aujourd’hui de constituer le meilleur rempart contre les cinquante nuances de guerre qui entendent peindre le nouveau siècle. » 

 

Réveiller la Belle au bois dormant. 

 

« C’est une constante de l’histoire de la construction européenne, Bruxelles attend beaucoup de Paris tout en redoutant une hégémonie qui serait inscrite dans les gènes de la « Grande Nation. »

 

« Le projet politique consistant à réveiller la « Belle au bois dormant européenne » doit être la grande ambition stratégique des Vingt-Sept. France et Europe sont invitées par le tumulte de la planète à transformer le sentiment plus ou moins confus d’attraction qu’elles suscitent en adhésion et en puissance. Elles doivent le faire en campant sur des valeurs d’autant plus précieuses aujourd’hui qu’elles sont rares à l’extérieur des frontières de l’UE. » 

 

Europe is back ? 

 

« Le système de valeurs européen, sa capacité à créer des normes (notamment dans le domaine de l’environnement), son souci de marier progrès économique et problématique sociale, sa capacité à partager de la souveraineté pour être plus fort à plusieurs,, sa recherche d’entente et de coopération en font un projet alternatif séduisant aux modèles tyranniques qui se pavanent sur la scène internationale. »

 

L’UE est la seule organisation, actuellement, capable de relever le triple défi qui consiste à concilier mondialisation, démocratie et souveraineté. 

 

Elle possède une spécificité rare qui est son mode de commandement qui est communautaire et qui refuse la loi du plus fort. 

 

« Malmenée par les crises, la notion de « bien commun » européen fait de la résistance. C’est lui qui dans bien des cas, a permis à la Grèce de ne pas exploser en plein vol après des années de duperies athéniennes vis-à-vis des instances européennes. Les Grecs ont menti sur leurs comptes, mais ils font partie de la famille; » 

 

« Pour faire simple : dans un monde de brutes, les valeurs de fraternité reprennent des couleurs. Il n’est donc pas surprenant de voir comment des tyrans comme Poutine et Trump tentent de fracturer l’unité européenne (en faisant notamment jouer des solidarités orthodoxes-Grèce), l’autre d’afficher son profond mépris en envoyant comme représentant des Etats-Unis à Bruxelles un homme connu pour sa détestation de l’Union européenne. »

 

Le turbo français. 

 

« L’Europe n’ayant jamais été aussi surprenante et inventive que dans les épreuves, le moment semble donc venu de son réveil. Et cela commence par la défense. » 

 

« L’Allemagne est en voie d’émancipation. Déjà dans son verbe, Angela Merkel s’est à plusieurs reprises affranchie de sa traditionnelle langue de bois (notamment vis-à-vis de la Turquie et même des Etats-Unis). Les Etats-Unis demeurent un allié, mais l’Europe n’a rien à en attendre de structurant pour son propre devenir dans les années qui viennent. Elle ne figure pas dans l’agenda trumpien de l’America first. Tout le monde le sait désormais en Europe. Il faut donc pousser les feux, tout particulièrement dans le domaine militaire. »

 

Oser la guerre… 

 

« L’Union européenne, divisée, n’est aujourd’hui pas en mesure, du fait de son histoire, de ses compétences et de ses traités, de répondre aux défis de sécurité qui se multiplient. Il ne saurait y avoir de paix durable sans volonté de se battre pour la garantir, voire pour l’imposer. Or, seuls quelques-uns de ses Etats membres semblent partager une même vision du monde et être capables d’actions militaires. » (Jean-Dominique Giuliani, président de la Fondation Robert-Schuman)

 

Michel Barnier pour sa part « estime que les budgets de défense des Européens représentent trois mille six cents fois le coût des opérations militaires communes. Cela veut dire que l’Europe dispose de moyens considérables (pour l’entraînement, les soldes, les états-majors) mais qu’elle ne dépense pratiquement rien pour conduire des opérations. (…) L’Union dégage donc trop peu de puissance par rapport à son potentiel. » 

 

En 2017, l’Union était engagée :

  • Dans 3 actions militaires « non exécutives » (sans usage de la force, essentiellement des missions d’assistance militaire) : République centrafricaine, Mali et Somalie. 

  • Dans 3 actions militaires « exécutives » (avec usage de la force si nécessaire) : Opération Atalante de lutte contre la piraterie maritime dans le golfe d’Aden et l’océan Indien ; opération Althea qui a pris la suite de l’OTAN en Bosnie-Herzégovine ; Opération Sofia qui lutte en Méditerranée contre le trafic des migrants. 

 

« Toutes ces missions s’inscrivent dans le cadre de la Politique de Sécurité et de Défense Commune (PSDC) que plusieurs pays européens souhaitent dynamiser. » 

 

Puissance militaire en marche. 

 

Pour développer l’Europe de la Défense, la Commission européenne a pris plusieurs initiatives : 

  • Présentation de plusieurs plans d’intégration de différents outils de défense à l’horizon 2025. 

  • Création d’un fonds de 1% du budget de l’Union pour financer le développement conjoint des futurs technologies et équipements de défense, à partir de 2021. 

 

Paris et Berlin se sont mis d’accord pour accélérer le mouvement et mettre en place sans attendre une coopération structurée permanente. 

 

Novembre 2017. 23 des 27 pays de l’UE (sauf Danemark, Irlande, Portugal et Malte) décident de renforcer leur autonomie stratégique et de ne plus attendre l’aide des USA en créant la CSP (Coopération Structurée Permanente) qui vise au « lancement de projets d’équipements communs, de financements mutualités et de projection future de troupes communes. »

 

« On pourra dire que quelque chose a vraiment bougé en matière de défense européenne le jour où, sur une opération de type Seval (Mali 2013), soldats français et allemands seront au coude à coude, partageant le même objectif et les mêmes risques. (…) Ce sera le signe que l’Allemagne a accepté de faire face aux nouveaux totalitarisme de ce siècle sans être militairement inhibée par l’ombre portée de celui qu’elle a enfanté en 1933. Il va sans dire que la participation d’autres pays - on pense notamment à la Belgique, l’Italie, l’Espagne, la Suède (souvent au rendez-vous ces dernières années) - est indispensable pour créer un véritable noyau guerrier européen, puissant, résiliant et contraignant pour les ennemis des valeurs européennes. » 

 

Mobilisation européenne. 

 

« Au-delà du recours parfois nécessaire à la force, qu’il faut savoir assumer, l’Union européenne a des atouts immenses dans sa besace en matière de stabilisation de crise et de développement. Elle dispose de l’expérience, des hommes, des structures et des fonds adéquats. Elle doit mieux les utiliser, car se sont autant d’ « armes » opérationnelles contre le fanatisme islamique dont la composante sociale est très forte. Le satanisme de combat se nourrit des souffrances humaines dans les espaces de bataille dans lesquels, il évolue : il achète les âmes après avoir soigné les corps. Le corps de bataille humanitaire européen doit être plus puissamment engagé. »

 

Actuellement existence d’une zone oubliée mais qui représente une menace potentielle réelle pour l’Europe : les Balkans qui sont une zone potentielle de transit de djihadistes en route pour l’Europe. « Cette zone a aussi ses propres fragilités tribales. Elle cumule donc deux menaces. » Par ailleurs les Balkans font actuellement l’objet de la convoitise à la fois des Russes et des Turcs. 

 

La bande sahélo-saharienne. 

 

Dans cette zone « les mouvements djihadistes se sont adaptés : ils ne peuvent plus lancer de grosses offensives mais ils ont opté pour des actions sporadiques qui empêchent un retour à la normale. Ils se sont éclatés en petites entités alimentant les trafics, multipliant les attentats et les exactions (notamment l’assassinat de personnalités émergentes et / ou charismatiques). Ils se ramifient également, cherchant à partager leurs savoir-faire criminels. La stabilité et la sécurité du Sahel sont donc devenues une priorité stratégique de l’UE. »

 

Conclusion

 

« Contrairement à ce que pensent certains, le satanisme de combat n’est en rien un phénomène momentané, marginal et circonscrit. En outre, tant que les peuples seront saisis de craintes et de fantasmes, avides de repli clanique et en attente de tyrans salvateurs, il y aura des guerres régionales (parfois de haute intensité) et des conflits intestins à répétition, des volontés sécessionnistes, un appétit délétère de post-vérité, une montée du racisme et de l’antisémitisme et de la violence verbale. Enfin, entre la montée en pression d’une Chine sûre d’elle-même et dominatrice et une Corée du Nord, incontrôlable, l’Asie est le continent de tous les dangers. » 

 

« Le lecteur l’aura compris, la guerre ne cesse de changer de visage. Elle prend des couleurs d’intensité et de forme variables qui la rendent parfois difficile à observer et à disséquer. Le phénomène glisse entre les doigts. Les guerres d’hier étaient lisibles, foncièrement politiques » ou territoriales. 

 

Actuellement on ne relève plus d’envie manifeste de conquête territoriale extérieure sauf : 

  • La tentative de Daech de se tailler un Etat au détriment de la Syrie et de l’Irak. 

  • Des tentations d’expansion de la Russie de Poutine, en particulier en Ukraine. 

  • Des tentatives de la Chine de « poldériser » des îlots désolés en mer de Chine méridionale pur étendre sa sphère d’influence dans une zone stratégique. 

 

La Turquie d’Erdogan n’a pas l’intention de reconstituer l’Empire Ottoman. 

 

« Pour faire jeu égal avec les Etats-Unis, la Chine caresse l’espoir de les casser un jour du Pacifique-Ouest. La première étape commence par son arrière-cour. Mais ses ambitions sont plus larges. Avec habileté, elle joue la carte d’une nouvelle route de la soie dont elle contrôlerait tous les accès. (….) Mais elle camoufle le projet les plus éminemment hégémonique de notre temps. Il serait temps de se réveiller. L’empire du Milieu déploie dans le domaine économique, avec un cynisme absolu, une stratégie offensive, corrélée à une savante et puissante manoeuvre d’espionnage et de cyberpénétration des intérêts concurrents. L’Europe doit impérativement se mettre en ordre de bataille sur le plan de sa législation pour cesser de se laisser tondre la laine sur le dos par ses « amis » chinois. »

 

L’Inde et le Pakistan, tous les deux puissances nucléaires, se neutralisent mutuellement. 

 

Pour leur part, les « Perses veulent durablement préserver un axe chiite, sans occupation territoriale directe, pour contrer l’influence des pays du Golfe sunnite. (…) La Turquie cherche à devenir le pôle mondial de référence de l’islam sunnite, mais ne va pour autant envahir le bassin méditerranéen. »

 

« Quant à la Russie, qui s’estime être le dernier dépositaire des reliques chrétiennes de l’Europe décadente, elle désire « seulement » retrouver sa puissance d’antan et un débouché vers les mers chaudes qui lui permettait à terme, d’en chasser un jour les Américains. » 

 

« Dans ce paysage en plein tohu-bohu, où tout le monde se pousse du col, il demeure une inconnue majeure. Elle s’est déjà invitée dans le paysage international : le Printemps des peuples. En bien des points de la planète, les peuples (ou du moins certaines franges) sont fatigués. Les manifestations récentes en Tunisie ou en Iran, par exemple, rappellent qu’il est toujours difficile de connaître le point de rupture d’une nation. La Chine est-elle complètement à l’abri de tels mouvements ? Cela semble improbable au premier coup d’oeil, mais qui avait imaginé l’implosion de l’Empire soviétique ? » 

 

 

Fin



13/04/2022
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