Kershaw (I). Une "histoire de l'Europe au XXe". V1-3. Paix agitée (NDL)

UNE "HISTOIRE DE L'EUROPE AU XXe siècle"

 

 

 

Par Ian Kershaw

 

 

 

Chapitre 3. Paix agitée.

 

 

« Des turbulences immenses suivirent la guerre (…) Les secousses mirent 5 ans à se calmer. Les soldats rentrèrent chez eux, dans un paysage politique, social, économique et idéologique bouleversé. La guerre avait détruit des systèmes politiques, ruiné des économies, divisé les sociétés et inspiré des visions utopiques d’un monde meilleur. On parlait de la « der des der » de la guerre qui mettrait fin à la guerre. Pourquoi fut-elle suivie par une nouvelle conflagration encore plus dévastatrice ? Pourquoi les espoirs de paix et celui d’une société meilleure fondée sur plus de liberté et d’égalité se sont-ils si rapidement évaporé ? Pourquoi l’Europe a-t-elle posé les bases d’une dangereuse triade idéologique de systèmes politiques incompatibles rivalisant pour la domination, le communisme, le fascisme et la démocratie libérale ?

 

Des pays « dignes des héros »

 

Au Royaume-Uni lors de la campagne électorale de 1918, le Premier ministre David Lloyd George parle de « créer un pays digne des héros. » « Ces mots allaient bientôt paraître ridicules et creux à de nombreux soldats revenus des tranchées. »

 

80% des soldats britanniques (sur 3,5 millions) sont démobilisés dès l’été 1919 et beaucoup retrouvent un emploi, parfois au détriment des femmes. Mais cet reprise se termine dès l’automne 1920.

  • Forte baisse des salaires.

  • Hausse des grèves (35 millions de journées de travail perdues en 1919, 86 millions en 1921)

  • Forte hausse du chômage (2 millions à l’été 1921)

  • Déficit de 822.000 logements en 1923.

 

« En 1921 d’innombrables anciens combattants, pour beaucoup gravement mutilés, vivaient dans une misère noire, mendiant dans la rue ou essayant de vivoter en vendant des allumettes ou des souvenirs, se nourrissant aux soupes populaires, parfois contraints de dormir sur les pas-de-porte ou sur les bancs des parcs. »

 

L’épidémie de grippe espagnole de 1918-1919 fait deux fois plus de morts à travers le monde que la guerre.

 

Le coût de la guerre est immense, plus de 6 fois le montant total de la dette nationale de tous les pays de la fin du XVIIIe siècle jusqu’en 1914. De plus dans les pays touchés par la guerre, très forte baisse de la production.

 

« Les pays neutres furent également ébranlés par la guerre. La plupart, comme la Suède, avaient pu développer leur économie pour faire face aux demandes des temps de guerre. Ce ne fut pas le cas de l’Espagne qui vit ses problèmes économiques aggravés et dont les fractures sociales, politiques et idéologiques s’approfondirent. »

 

Concernant les champs de bataille, les zones les plus touchées étaient profondes de 30 à 60 km. Au delà il y eut peu de destructions, sauf à l’Est où la guerre avait été plus mobile, et où les destructions furent plus dévastatrices.

 

L’Allemagne, pourtant vaincue, réussit mieux à gérer le marché du travail d’après guerre, en particulier en chassant les femmes de leur poste de travail. Par contre très forte inflation, la dette nationale étant multipliée par 30 et le papier monnaie en circulation par 20.

 

Tous les pays connurent l’inflation durant la guerre et au lendemain elle échappe à tout contrôle. En Pologne, en Autriche et en Russie, l’hyperinflation ruina la monnaie.

 

« En Allemagne, l’hyperinflation participa à la grave crise politique de 1923, quand les Français prétextant que les Allemands ne payaient pas les réparations, occupèrent le coeur industriel de la Ruhr. L’hyperinflation n’en plongeait pas moins ses racines dans le financement de la guerre, qui partait du principe que l’Allemagne serait victorieuse et se referait sur le dos des pays vaincus. Dès lors, les conséquences économiques de la défaite n’incitaient guère l’Allemagne à freiner l’inflation. Le pays avait essentiellement financé son effort de guerre par l’emprunt. L’inflation offrait le moyen de liquider les dettes domestiques. »

 

« Les industriels pouvaient emprunter ce dont ils avaient besoin pour investir puis rembourser en monnaie dépréciée. » La perte de valeur de la monnaie allemande permettait des prix très compétitifs.

 

Au début les salaires suivent l’inflation puis à partir de 1923, elle échappe à tout contrôle :

  • 1914 : 1$ = 4,20 marks

  • 1918 : 1$ = 14 marks

  • 1920 (fin) : 1$ = 65 marks

  • 1922 (janvier) : 1$ = 17.972 marks

  • 1923 (novembre) : 1$ = 44,2 milliards de marks

 

« Nulle part, dans l’Europe d’après guerre, il n’y eut de pays « digne de héros ». Veuves affligées, petits orphelins, mutilés de guerre se mêlaient aux affamés, aux chômeurs et aux indigents des villes et des villages. La guerre avait autour de 8 millions d’invalides qui avaient besoin d’être secourus (….) Au-delà des corps mutilés, il y avait les esprits dérangés, traumatisés par les expériences de la guerre (….) Beaucoup ne s’en remirent jamais, soumis à des traitements psychiatriques inappropriés et exposés à l’incompréhension de leurs semblables. Les invalides de guerre étaient également confrontés aux difficultés économiques et à la discrimination sociale. Les employeurs de voulaient pas d’ouvriers handicapés et les anciens combattants qui souffraient de séquelles psychiques passaient souvent pour des « hystériques » ou des « simulateur » cherchant à obtenir une pension. »

 

En Europe centrale, la situation était encore plus catastrophique, en particulier en Russie à cause de la guerre civile. Les réfugiés étaient souvent mal accueillis par des populations souffrant elles aussi de privations.

 

« Ce qui surprend, ce n’est pas qu’une bonne partie de l’Europe d’après guerre ait été en proie à des troubles généralisés, mais que les bouleversements révolutionnaires n’aient pas été plus étendus. Presque partout, les gens durent affronter non seulement de lourdes privations, mais aussi des pertes personnelles. Une guerre du peuple, avec un bilan aussi lourd, exigeait une reconnaissance nationale à la hauteur des souffrances. »

 

En France, l’Etat finance l’exhumation et le rapatriement de 300.000 corps de soldats. « Pour les autres nations, c’eut été irréalisable. La commémoration devait avoir lieu à l’endroit où les soldats avaient été tués, tout en séparant les vainqueurs des vaincus (…) Cela conduisit à la création de cimetières militaires, chaque nation aménageant le sien à sa manière, sur le site même des champs de bataille ou à proximité. Ces cimetières symbolisaient l’héroïsme immortel et le sacrifice pour la Nation. »

 

Pour symboliser ce deuil collectif de la nation, développement d’inhumation de soldats inconnus.

 

« Ce qui était possible en matière de commémoration nationale pour les soldats tombés sur le front Ouest ne l’était pas à l’Est. La Russie n’érigea pas de monuments. La guerre déboucha sans solution de continuité sur les combats révolutionnaires et les pertes plus lourdes encore d’une épouvantable guerre civile. Avec le triomphe du bolchevisme, la Première Guerre mondiale, considérée comme un conflit entre puissances impérialistes rapaces, disparut derrière le mythe héroïque de la guerre civile. Du fait d’impératifs idéologiques, la Grande Guerre ne pouvait avoir la moindre place dans la mémoire collective.

Dans les pays vaincus, on ne pouvait attendre de sentiment d’unité nationale en mémoire de victimes semblables à celui des puissances occidentales victorieuses. Outre le désastre militaire et les lourdes pertes en vies humaines, la guerre avait en effet creusé les divisions et débouché sur un bouleversement politique et une confrontation idéologique considérables. »

 

En Allemagne, inauguration d’un monument au mort national à Berlin, seulement en 1931. « Le sens du conflit et de la défaite était trop contesté pour que l’unité se fît dans quelque commémoration. A une extrémité du spectre des émotions, il y avait le chagrin, l’horreur devant les coûts humains de la guerre et le pacifisme (…) A l’autre extrémité prévalait un sentiment d’humiliation nationale et de colère face à la défaite et à la révolution qui l’accompagna, l’héroïsme de guerre se trouvant alors incorporé aux espoirs de résurrection et de reconnaissance nationale. »

 

L’horreur de la guerre permet un développement du pacifisme, en particulier chez les femmes.

 

«La plupart des soldats de retour au pays n’étaient pas pacifistes. Ils avaient combattu, et si le devoir patriotique et la nécessité l’exigeaient, ils combattraient encore, fut-ce à contrecoeur. Mais ils voulaient par dessus tout la paix, la sécurité, un retour à la normale et un meilleur avenir, sans guerre. L’immense majorité d’entre eux voulaient retrouver leurs femmes, leurs ateliers, leurs villages ou leurs villes et d’abord leurs familles. Telle était la réaction la plus répandue. »

 

Champions de la contre-révolutions.

 

« La grande conflagration européenne laissa un autre héritage, totalement différent et rival, glorifiant la guerre ne finit pas en novembre 1918.. Le choc de la défaite, de la révolution et du triomphe du socialisme, la peur panique de la « terreur rouge », nourrie des horreurs rapportées par les réfugiés fuyant la guerre civile alimentèrent une mentalité brutale : tuer et estropier ceux que l’on tenait pour responsables du désastre devint un devoir, une nécessité et un plaisir : un véritable mode de vie. »

 

De nouveaux seuils de violence politique allaient être atteints dans une bonne partie de l’Europe d’après guerre (y compris en Europe de l’Ouest, avec l’exemple de la guerre pour l’indépendance de l’Irlande entre 1919 et 1923)

 

En Europe méridionale, « la montée des violences politiques fut la toile de fond de la montée du fascisme en Italie en 1922 et de l’installation d’une dictature militaire en Espagne en 1923. »

 

Septembre 1922. Reprise de Smyrne par les Turcs qui massacrent plusieurs dizaines de milliers de Grecs et d’Arméniens.

 

« Le traité de Lausanne ratifie un échange de population (en fait des expulsions). (…) Ce fut le premier cas de nettoyage ethnique de grande ampleur approuvé par la communauté internationale : plus d’un million de Grecs (qui pour la plupart avaient fui l’Anatolie l’année précédente) de Turquie et 360.000 Turcs de Grèce. »

 

L’épicentre de la nouvelle violence contre-révolutionnaire se trouve en Europe centrale et orientale. La politique de la terre brûlée fut une composante de la guerre à l’Est et les conflits frontaliers se poursuivirent après la guerre. « Empêcher le bolchevisme de se propager en direction de leurs pays était la motivation principale des contre-révolutionnaires dont certains participèrent volontiers aux campagnes antibolcheviques de la Baltique et d’ailleurs. »

 

Développement d’organisations paramilitaires dont les membres avaient connu les horreurs de la guerre sur le front de l’Est. « Pour eux le combat était héroïque et ils prônaient les tueries. Rentrant chez eux, ils découvraient un monde qu’ils ne comprenaient pas (…) Ils éprouvèrent un sentiment de trahison ou, tout simplement, ne virent aucun avenir dans le retour à une vie civile prosaïque, souvent miséreuse. Beaucoup trouvèrent leur voie dans la violence raciale des régimes paramilitaires, particulièrement foisonnante entre l’Allemagne et la Russie, la Baltique et les Balkans. »

 

Ils reprochaient à ceux qui avaient négocié la paix d’avoir créé « un monde où régnaient le désordre, le manque d’autorité, l’injustice, le chaos (fomenté par les « Rouges ») et une démocratie « efféminée ». Leur réponse était une violence extrême qui n’était motivée par aucune idéologie claire, cupidité, envie, appétit de gains matériels, désir de s’emparer de la terre, tout y avait sa part. La violence elle-même devait bien davantage à un activisme échevelé qu’à une idée préconçue de la société future ou de la forme que devait prendre l’Etat (…) La violence était ciblée ; elle visait les forces révolutionnaires, essentiellement perçues comme les ennemis de l’intérieur. » (communistes, socialistes, juifs)

 

« En Europe orientale, on finit par identifier Juifs et bolchevisme, même si la plupart en fait n’étaient pas des révolutionnaires. Ils allaient payer un prix terrible, beaucoup de soldats ayant intégré la propagande antisémite propagée par les puissances centrales et les Russes. »

 

En Ukraine, 1300 pogroms coutèrent a vie à 50 à 60.000 Juifs.

 

Mais aussi des violences contre les Juifs en Hongrie (+ de 3000 massacrés en 1932), en République tchèque. En Allemagne et en Autriche, la violence est essentiellement verbale.

 

« La violence des contre-révolutionnaires ne connaissait pas de limites. Elle allait invariablement au-delà de la violence révolutionnaire qu’ils prétendaient combattre. » En Hongrie la terreur blanche qui suit l’effondrement du régime de Bela Kum (communiste) fait au moins 1500 morts soit au moins trois fois plus que le nombre de personnes tuées par les communistes.

 

Par contre, forte baisse de la violence des paramilitaire après 1923.

 

Bolchevisme triomphant.

 

« Il était inévitable que la révolution bolchevique de 1917 ne soit pas acceptée sans combat par ceux qui se trouvèrent dépossédés de leur terre et de leurs autres biens. Il en résultat une guerre civile et un bain de sang qui se prolongèrent trois ans et coutèrent la vie à plus de 7 millions d’hommes, de femmes et d’enfants, soit près de quatre fois les pertes de la Russie dans la Grande guerre. »

 

« La guerre civile consista en une série de guerres vaguement liées par l’objectif commun des forces contre-révolutionnaires « blanches » cherchant à étouffer dans l’oeuf le nouveau régime soviétique. » Conflit qui prend une dimension internationale avec l’intervention de troupes étrangères (tchèques, américaines, britanniques, italiens, français)

 

La guerre civile se termine par la guerre de 1920 qui oppose la Russie à la Pologne et l’armistice de l’automne 1920 étend la frontière est de la Pologne avec l’Etat soviétique.

 

« Les campagnes antisoviétiques, qui connurent leur apogée en 1919, se déroulèrent pour l’essentiel dans les régions périphériques de l’ancien empire russe. La clé de la victoire des Rouges fut cependant leur contrôle de la vaste zone centrale de la Russie auquel il faut ajouter une meilleure capacité d’organisation et une cruauté implacable face à des adversaires divisés. »

Bénéficiant de vastes ressources, les effectifs de l’armée rouge passent de 430.000 hommes en octobre 1918 à 5.300.000 à la fin de 1920.

 

« Même si la popularité de l’Etat soviétique (….) déclinait rapidement, la suprématie bolchevique, la suppression des partis d’opposition et la terreur implacable exercée contre quiconque résistait signifiait qu’il n’y avait guère d’alternative à la docilité. »

 

Les Blancs souffraient de plusieurs handicaps :

  • Pas de programme politique cohérent.

  • Une mauvaise organisation.

  • Des moyens de communication médiocres.

  • Pas de stratégie militaire coordonnée.

 

À la fin de la guerre civile on constate :

  • Une baisse de la production industrielle de plus de 66%.

  • Une baisse de la production agricole de 40%.

 

Début 1921, révolte des ouvriers à cause des difficultés économiques. Le point critique est atteint avec le soulèvement des marins de Kronstadt en mars 1921. La répression est terrible et cause la mort de 10.000 rebelles ou soldats de l’Armée rouge. Des milliers d’autres rebelles furent exécutés ou envoyées au goulag.

 

Dans les campagnes développement d’une opposition de plus en plus forte des paysans qui n’acceptent pas les réquisitions forcées. Les paysans sèment moins ce qui provoque la famine de 1921-1922. De nombreuses révoltes éclatent et la répression est elle aussi sévère. Des milliers de paysans sont exécutés.

 

Pour se concilier la paysannerie, Lénine met en place, la Nouvelle Politique Économique (NEP) en mars 1921. Elle relâche le contrôle du Parti sur l’agriculture et rétablit partiellement l’économie de marché qui provoque une reprise de l’économie.

 

« La nécessité avait conduit à revoir les premières notions idéalistes de participation populaire à la gestion des affaires publiques, économiques et sociales via des représentants élus aux soviets, fondée sur le contrôle ouvrier de la production (….). Le pouvoir ne serait et ne pourrait être exercé que par l’avant-garde du prolétariat, le Parti. Toute opposition pouvait être qualifiée de « bourgeoise » et de « réactionnaire » et devait être détruite (….) La terreur, arme essentielle de la guerre des classes était au cœur du projet révolutionnaire bolchevique (…) Retourner la haine des paysans avides de terre contre les koulaks présentés comme des exploiteurs alors qu’ils étaient souvent à peine mieux pourvus, faisait partie de cette stratégie. »

 

1922, Lénine sentant le régime assuré, encourage une guerre sans merci contre le clergé orthodoxe, guerre menée par la Tcheka, sécurité d’Etat, dont le nombre de victimes demeure inconnu.

 

« Les caractéristiques essentielles du régime bolchevique étaient donc apparues du vivant même de Lénine. Au sein de la direction bolchevique, des conflits politiques, idéologiques et personnels intenses avaient simplement été contenus tant que Lénine vivait. Sa mort début 1924, au terme d’une longue maladie, avait ouvert une lutte pour le pouvoir, longue et âpre. Le gagnant, même si cela n’apparut que progressivement, devait être Joseph Staline. Sous sa houlette allait s’ouvrir une nouvelle phase, plus terrible encore, de l’histoire de l’Union soviétique naissante. »

 

Mais le bolchevisme se révèle vite inexportable :

  • L’immensité du pays impose des formes de contrôle politique particulières.

  • Une société civile faible, avec une toute petite bourgeoisie de propriétaires.

  • Une petite intelligentsia mais radicalisée du fait de la répression politique.

  • Une économie profondément arriérée avec une paysannerie qui représente 80% de la population.

  • Une violence et un mépris de la vie humaine qui sont enracinés dans la société.

 

«  La Russie offrait des conditions socialement, économiquement, idéologiquement et politiquement propices avant même que les calamités de la Première Guerre mondiale ne radicalisent ces conditions (…) Après la guerre civile, la Russie soviétique devint un corps étranger, comme en quarantaine, isolé du reste de la scène politique européenne, replié sur lui-même et soumis à une violence intérieure considérable qui allait accompagner la construction de l’Etat soviétique et la modernisation de son économie au fil des années. »

 

Le grand dépeçage.

 

En 1919, apparition d’une nouvelle carte européenne très différente de celle de 1914, avec en particulier la disparition des 4 empires.

 

La création du nouvel ordre européen incombe essentiellement à :

  • Président Wilson pour les USA.

  • Président du Conseil Georges Clemenceau pour la France.

  • Premier ministre David Lloyd George pour le Royaume-Uni.

  • Président du Conseil Vittorio Orlando pour l’Italie.

 

Leurs travaux étaient inspirés par «l’idéalisme de Wilson, qui masquait un objectif calculé de domination économique mondiale et la construction d’un monde d’après-guerre à l’image de l’Amérique. »

 

Création de la Société des Nations (SDN) pour garantir la sécurité collective et la paix internationale. En janvier 1920 elle compte 48 Etats.

 

Dès le début, elle « s’efforça d’œuvrer pour la coopération internationale, de protéger les minorités ethniques et d’atténuer la crise humanitaire en Europe centrale et orientale. Le but le plus important était cependant l’engagement de maintenir le règlement international d’après-guerre ; mais il devait se révéler chimérique. Sans moyens militaires d’intervention, l’idée qu’un cadre de sécurité collective multinational pu être efficace était illusoire. Et alors même qu’elle voulait être une organisation mondiale la SDN resta en pratique une affaire largement européenne, essentiellement dominée par les intérêts de la Grande-Bretagne et de la France. »

 

« Le principe de base des délibérations était « l’autodétermination ». Pour Wilson, l’autodétermination impliquait au fond un gouvernement dérivé de la souveraineté populaire : le droit d’un peuple à avoir un État qui évoluerait au fil du temps et ne serait pas le fruit d’une révolution violente. »

 

Par contre en URSS la conception de l’autodétermination allait être entièrement subordonnée à la force centralisatrice de l’Etat bolchevique.

 

« La conception de l’autodétermination qui inspira en 1919 les délibérations de la conférence de Versailles (…) était totalement incompatible avec celle des bolcheviks. Elle devait être le cadre d’un ordre mondial fondé sur la démocratie libérale, un gouvernement par consentement populaire dans un État reposant sur la souveraineté populaire. Le problème était que précisément dans les parties du continent les plus bouleversées, la prétention à la souveraineté populaire reposait sur le nationaliste ethnique. Et la plupart des territoires des empires déchus comptaient plus d’une nationalité prétendant à la terre, aux ressources et à la représentation politique. » il apparut rapidement que dans ces régions le mélange ethnique rendait le processus impossible :

  • 3,5 millions de Hongrois hors de leur pays.

  • 3 millions d’Allemands en Tchécoslovaquie.

 

Il y eut presque partout des territoires contestés (Grèce, Bulgarie, Serbie, Italie, Roumanie, Pologne). Les revendications rendirent inévitable le caractère artificiel de ces nouvelles frontières. «Il s’agissait de prendre acte d’une réalité existante dans des Etats créés sur les ruines des empires à la fin de la Première Guerre mondiale. Dans d’autres cas, il s’agissait de récompenser le soutien apporté à l’Entente au cours de la guerre et de punir l’ennemi soumis. »

 

Malgré tout ces problèmes, la priorité absolue était l’Allemagne considérée par tous comme le principal responsable de la guerre. « Les questions du châtiment et des mesures de la rétorsion pour les coûts exorbitants de la guerre comptaient parmi les soucis les plus pressants des dirigeants alliés. »

 

« Les alliés se heurtaient au fait que beaucoup d’Allemands n’admettaient pas la défaite militaire de la leur pays (…..) La droite contre-révolutionnaire allait bientôt colporter la légende du coup de poignard dans le dos infligé aux troupes du front avec troubles fomentés par les socialistes révolutionnaires (….) Début mai 1919, quand les alliés annoncèrent leurs conditions, le choc fut bien plus grand en Allemagne qu’il ne l’aurait été si la défaite militaire avait été évidente. »

 

L’Allemagne devait perdre :

  • 13% de son territoire.

  • 10% de sa population de 65 millions d’habitants.

  • Sur le plan économique des pertes importantes.

  • D’un pont de vue politique et psychologique une très forte humiliation.

 

« En leur fort intérieur, les chefs militaires, les élites politiques et économiques ainsi que de larges parts de la population rejetaient les termes du traité comme les représentants de la nouvelle démocratie qui l’avaient signé. À la faveur des circonstances, ils s’efforceraient de changer le nouvel ordre européen au profit de l’Allemagne. Pour l’heure celle-ci était un géant blessé. »

 

Une démocratie fragile.

 

«  Les délibérations de Paris étaient inspirées d’un principe louable : la nouvelle Europe serait un continent de démocraties, de gouvernements représentant non pas les intérêts des princes non élus, mais la volonté du peuple exprimée à travers des partis politiques pluralistes, des élections libres et des assemblées parlementaires. »

 

Au début, à part en URSS, la démocratie parlementaire devient la norme. Naissance de 9 démocraties nouvelles (Finlande, Estonie, Lettonie, Lituanie, Tchécoslovaquie, Yougoslavie, Pologne, Autriche, Hongrie)

 

La guerre elle même fut un processus de démocratisation dans la mesure où la population ayant massivement été mobilisée par l’effort de guerre, elle exigea des changements, plus de libertés et de représentativité. «Il en résultat un net élargissement de la base politique de la société. »

  • Royaume-Uni, le corps électoral passe de 8 à 22 millions entre 1884 et 1918

  • Allemagne, le corps électoral passe de 14,5 à 36 millions de 1912 à 1919.

 

« Canaliser, orchestrer et mobiliser l’opinion publique devient un élément essentiel de la vie politique. La presse vit grandir son emprise et s’élargir la marge de manœuvre pour manipuler les masses et promouvoir l’intolérance et l’autoritarisme (….) Une multiplicité de partis virent le jour dans de nombreux pays, trouvant appui dans certaines fractions de la population ou groupes d’intérêts. »

 

Au Royaume-Uni, le système électoral du scrutin majoritaire à un tour qui donne un seul vainqueur par circonscription empêche la formation de petits partis.

 

Par contre dans le reste de l’Europe, c’est le système à la proportionnelle qui donne ce qui engendre des divisions parlementaires et des gouvernements faibles.

 

« Si le socialisme gagna du terrain dans la classe ouvrière des régions industrielles, il était presque partout divisé, tandis que les sections les plus militantes (…) étaient attirées par le communisme. »

 

Les partis agraires populistes après avoir eu du succès se fondent le plus souvent dans les partis nationalistes, « représentant des groupes ethniques significatifs dans les Etats-nations naissants, et furent fréquemment facteur de déstabilisation quand existaient des minorités substantielles ou des frontières contestées. »

 

« La démocratie n’était un système de gouvernement établi et généralement accepté que dans les Etats d’Europe occidentale et septentrionale économiquement avancés qui étaient sortis vainqueurs de la guerre (Grande-Bretagne et France) où étaient restés neutres (pays scandinaves, Pays-Bas, Belgique, Suisse) »

 

Les problèmes essentiels étaient ailleurs. Certains systèmes parlementaires remontaient au XIXe siècle (Grèce, Bulgarie) et fonctionnaient sur un modèle clientéliste qui exploitait les forces populaires et n’hésitait pas à utiliser la violence.

 

En Grèce après plusieurs années de forte instabilité politique, abolition de la monarchie qui est remplacée par une république en mars 1924.

 

En Bulgarie, divisée entre un parti agraire représentant les petits paysans propriétaires, les communistes et les socialistes, l’armée met tout le monde d’accord en s’emparant du pouvoir en 1923.

 

En Albanie, créée en 1933, « se nourrissant des conflits de classe et des loyautés tribales traditionnelles, factionalisme et violence étaient au cœur de la démocratie. » Les partis se divisèrent sur la question de la réforme agraire et de l’élaboration de la constitution, ce qui entraîne une forte instabilité politique avec de nombreux coups d’état.

 

En Roumanie, faiblesse des pouvoirs du Parlement face à la classe dirigeante (aristocratie, armée, hiérarchie de l’Eglise orthodoxe et couches supérieures de la bourgeoisie). « La réforme agraire (dictée par la menace du bolchevisme), l’incorporation des minorités ethniques, la mobilité sociale et l’essor du prolétariat urbain se soldèrent par des conflits entrecroisés et une crise intérieure endémique. »

 

En Espagne, graves difficultés politiques, la monarchie parlementaire peu représentative connaît une très forte instabilité (34 gouvernements entre 1902 et 1923) « contribuant au mépris généralisé envers un système parlementaire malingre et inefficace. »

 

En 1923 coup d’Etat du général Miguel Primo de Rivera soutenu par l’armée, l’Eglise catholique, l’élite des propriétaires fonciers, le grand capital et les classes moyennes. » il y a une faible opposition à ce coup d’Etat.

 

« La dictature de Primo fut cependant relativement modérée et, grâce à un programme de travaux publics, elle réussit même brièvement à éveiller un sentiment de prospérité croissante. Surtout, Primo réussit temporairement à rétablir l’ordre. Pour la plupart des Espagnols, c’est ce qui comptait. »

 

La Finlande accède à l’indépendance en 1918 après 5 mois de guerre civile entre Rouges et Blancs (36.000 morts). La constitution adoptée en 1919 met en place une démocratie parlementaire. « Malgré l’instabilité parlementaire (reflétant les divisions idéologiques entre conservateurs sociaux-démocrates, agrariens et nationalistes suédois, la détermination à préserver cette indépendance contre la menace de l’Union soviétique voisine conforta la nouvelle légitimité de l’Etat. »

 

En Tchécoslovaquie, « le président et fondateur effectif de l’Etat, Thomas Masaryk, était un démocrate convaincu, soutenu par une armée loyale, une bureaucratie efficace héritée de l’empire des Habsbourg et une économie pourvue d’une bonne base industrielle pour s’arracher à la récession d’après guerre. Il joua un rôle crucial pour assurer la cohésion d’un système que les intérêts de classe et de nationalité, au travers d’une vingtaine de partis politiques menaçaient de miner. »

  • Décembre 1918 et début 1919, utilisation des troupes tchèques pour réprimer les envies de création d’un Etat slovaque indépendant.

  • Mai - juin 1919. Appel aux Alliés et proclamation de l’Etat d’urgence pour repousser une invasion de forces pro bolcheviques depuis la Hongrie pour s’emparer de la Slovaquie.

  • Novembre - décembre 1920. Proclamation de la loi martiale pour riposter à une vague de grèves.

 

« La démocratie se stabilisa progressivement, même si les tensions furent contenues plutôt qu’éradiquées. »

 

Etats baltes (Estonie, Lettonie, Lituanie). « L’importance de l’indépendance nouvellement conquise et l’hostilité générale au bolchevisme de l’Etat soviétique voisin confortèrent le soutien à la démocratie parlementaire malgré des gouvernements instables qui défendaient les intérêts des grands lobbys agraires tout en isolant les petits partis communistes ». La démocratie demeura fragile et le gouvernement dépendait de la tolérance des chefs militaires et des organisations paramilitaires nationalistes.

 

En Yougoslavie, la constitution de 1921 et en place un système parlementaire qui représente une courte victoire du centralisme sur le fédéralisme. Mais existence de nombreuses tendances séparatistes qui empêchent le gouvernement de forger une identité yougoslave (une vingtaine de minorités mais trois principales : Serbe, Croate, Slovène). Le gouvernement doit combattre :

  • Forces paramilitaires pro-bulgares en Macédoine.

  • Pressions séparatistes pour une Macédoine libre et indépendante.

  • Rebelles albanais au Kosovo.

  • Les Croates qui supportaient mal la domination Serbe;

 

Mais grande faiblesse du système parlementaire à la proportionnelle. Il donne naissance à 45 partis qui défendent essentiellement des intérêts particuliers, ethniques et régionaux. Vingt quatre gouvernements se succèdent en 8 ans.

 

Pologne. Renaissance après 123 ans de partition. La guerre contre l’URSS permet l’émergence d’un premier sentiment d’unité nationale. Mais cette unité s’efface rapidement pour laisser la place à des divisions profondes :

  • Ethniques (un tiers de minorités : Ukrainiens (14%), Juifs (9%), Biélorusses (3%).

  • Divisions de classes. La réforme agraire était une priorité pour certains partis politiques.

 

« La constitution démocratique introduite en Pologne en 1921 s’inspirait notamment de celle de la Troisième République française (…) et donna naissance à un gouvernement faible et à une chambre basse fragmentée et difficile à manoeuvrer au sein d’un système bicaméral. »

 

Du fait de la faible implantation de l’idéal démocratique, le héros national Pilsudski fait un coup d’Etat en mai 1926 et met en place un régime autoritaire. »

 

En Autriche, existence d’une fracture entre les 3 partis les plus importants : socialistes, chrétiens sociaux, nationalistes allemands (moins nombreux mais plus vindicatifs). Cette nouvelle république était majoritairement rurale, conservatrice, patriote, fervente catholique, ardemment anti-socialiste. «  A compter de 1920, les socialistes, principal moteur de l’instauration de la démocratie, ne jouèrent aucun rôle dans le gouvernement de l’Autriche. »

 

La Hongrie, en dehors de l’URSS, fut le seul pays à avoir connu une éphémère république des Conseils. La propagande communiste put se développer facilement dans un pays où la noblesse magyare contrôlait l’essentiel des terres et dirigeait une paysannerie presque servile. « La goutte d’eau qui fit déborder le vase fut l’exigence alliée d’un retrait des forces hongroises face aux Roumains, avec la perte de territoires que cela impliquait. Le rejet de l’ultimatum du 21 mars 1919 amena un gouvernement conduit par les communistes à proclamer une République soviétique et la « dictature du prolétariat ». Ce régime instaura une « Terreur rouge » qui fit plusieurs centaines de victimes et du faire face à une attaque des forces roumaines, tchécoslovaques et yougoslaves, ce qui poussa le gouvernement à démissionner au bout de 4 mais et son chef Bela Kun à s’enfuir en URSS. » Il fut rapidement remplacé par les conservateurs nationalistes.

 

En 1920, l’amiral Miklos Horthy, héros de guerre, mettait en place un régime autoritaire qui allait durer 25 ans. La contre-terreur blanche fur encore plus terrible. « Dans une certaine mesure, la faiblesse des anciennes classes dirigeantes trouvait un écho dans la faiblesse et les divisions de la gauche. Hors de la Russie, les révolutionnaires partisans du bolchevisme étaient presque partout minoritaires parmi les socialistes, qui dans leur grande majorité soutenaient la démocratie parlementaire. Il en résultait souvent une situation précaire où ni la droite contre-révolutionnaire, ni la gauche révolutionnaire n’étaient assez puissantes pour renverser la jeune démocratie. »

 

« La principale exception au modèle de survie démocratique, en dehors du coup de force de Primo en Espagne, fut l’Italie, le premier pays et le seul durant la crise de l’après guerre, ou la démocratie libérale s’effondra et laissa place au fascisme. »

 

Fascisme victorieux.

 

Dans les troubles d’après guerre le peuple italien soutien massivement le nouveau parti populaire italien, représentant les intérêts catholiques et le parti socialiste, dont le but déclaré était la « conquête violente du pouvoir politique au nom des travailleurs » et l’instauration d’une « dictature du prolétariat. » Les libéraux et leurs partisans sont désormais minoritaires au Parlement.

 

« Tout au long des années 1919 et 1920, qu’on allait bientôt appeler le biennio Rosso (les deux années rouges), l’Italie fut en proie à d’intenses conflits politiques et sociaux (…) Le gouvernement était visiblement incapable de rétablir l’ordre, tandis que s’amplifiait la peur de la révolution et les inquiétudes des classes possédantes face au socialisme. La fragmentation des partis politiques n’offrant aucune perspective, un espace s’ouvrit pour une nouvelle force politique. Ce sont les fascistes qui devaient la remplir. »

 

Apparition de nombreux petits mouvements paramilitaires, dans les villes et bourgs de l’Italie septentrionale et centrale, attirant surtout d’anciens combattons de la petite bourgeoisie. Ils se caractérisent par leur ultranationalisme militant, leur glorification de la guerre, leur violence, leur haine viscérale du système parlementaire.

 

« Les militants fascistes proposaient donc une action radicale pour renouveler l’Italie. Ce projet était implicitement révolutionnaire en ce qu’il appelait un changement fondamental et violent. L’un de ces Fasci avait été fondé en mars 1919 par Benito Mussolini, ancien rédacteur en chef du journal socialiste officiel qui avait rompu avec la gauche socialiste en 1915. »

 

Son programme au ton nettement révolutionnaire prévoyait :

  • Suffrage universel.

  • Abolition des titres de noblesse.

  • Liberté d’opinion.

  • Système éducatif ouvert à tout le monde.

  • Amélioration du système de santé.

  • Suppression de la spéculation financière.

  • Journée de travail de 8 heures.

  • Organisation des travailleurs en coopératives.

  • Abolition de la police politique, du sénat et de la monarchie remplacée par une République italienne.

 

Mais « pour Mussolini, opportuniste suprême, le programme annoncé était là pour être ignoré, contourné ou adapté au gré des nécessités politiques. »

 

« Si Mussolini, qui n’était au départ qu’un des nombreux dirigeants et chefs régionaux, en vint à dominer le mouvement fasciste naissant, il le dut moins à sa personnalité forte qu’à son utilisation de la presse et des relations qu’il avait nouées avec les industriels pour garder son journal, popolo d’Italia, son radicalisme (…) n’était pas seulement compatible avec la classe dirigeante conservatrice. Il la servait directement. »

 

Le fascisme se développe essentiellement dans les campagnes plus développées de l’Italie centrale (Emilie-Romaine, Toscane, Vallée du Pô, Ombrie)

 

Au départ, Mussolini ne domine pas le mouvement fasciste. « Quand il essaya en 1921 de tempérer la violence anti-socialiste pour faire valoir auprès de l’élite dirigeante ses qualités de patriote « modéré » (…) les chefs fascistes régionaux se rebellèrent, Mussolini fut contraint de démissionner. »

 

Octobre 1921. Mussolini créé officiellement le Parti national fasciste. « Les classes moyennes, désenchantées par un gouvernement libéral faible, affluèrent au parti. » (Mai 1922 plus de 300.000 membres). « A l’automne 1922, le fascisme avait pénétré l’establishment social et politique mais aussi acquis une forte base populaire. »

 

28 octobre 1922. Marche sur Rome. « Confronté à la démission du gouvernement, le roi se laissa abuser : 100.000 miliciens fascistes marchaient sur Rome (….) En réalité, il s’agissait tout au plus de 20.000 « chemises noires » mal équipées que l’armée n’aurait eu aucun mal à repousser si tant est qu’elle l’ait voulu. Une ultime tentative pour former un gouvernement libéral ayant échoué, le roi invita Mussolini à devenir Premier ministre. »

 

En novembre 1923, Mussolini opère un changement capital du sytème électoral. Désormais le parti arrivant en tête aux élections obtenait les 2/3 des sièges pourvu qu’il réunisse 25% des voix. « Dans les faits, cela obligeait les libéraux et les conservateurs à soutenir son gouvernement s’ils voulaient rester au pouvoir. »

 

Avril 1924. Le bloc national (composé essentiellement de fascistes) obtient 375 sièges sur 535.

 

Juin 1924. Le député socialiste Giacomo Matteotti qui avait dénoncé la fraude électorale est assassiné, ce qui déclenche une grave crise politique. Pour la désamorcer Mussolini joue la modération. Il fait des concessions pour donner des ministères aux nationalistes, monarchistes, libéraux de droite. Il intègre aussi les milices fascistes aux forces armées.

 

« Pourquoi le fascisme perça-t-il en Italie mais nulle part ailleurs au cours de la crise de l’après guerre ? La crise de légitimité de l’Etat libéral, l’impact de la guerre et la peur de la menace révolutionnaire furent autant d’éléments cruciaux de la réussite de Mussolini (….) Unifié depuis peu, mais encore pour l’essentiel économiquement sous-développé et socialement divisé, l’Etat italien reposait avant la guerre sur une base oligarchique très restreinte. Après la guerre, cette situation n’était plus viable (…) L’idée que aux yeux d’innombrables anciens combattants et de biens d’autres, la victoire avait été mutilée, l’Italie flouée des promesses de gloire nationale et d’expansion impérialistes, et que le sacrifice n’en valait pas la peine, nourrit un rejet viscéral de l’Etat en place et de ses représentants. Le sentiment que l’oligarchie avait trahi les héros de guerre fournit la base du noyau dur du fascisme. »

 

« Malgré son radicalisme, cependant le fascisme n’aurait pu asseoir sa domination sans le soutien des élites dirigeantes, qui associèrent leur sort au mouvement de Mussolini. Il ne prit pas le pouvoir, il fut invité à le prendre. »

 

La démocratie survit en Allemagne.

 

A partir de 1920, Hitler obtient de plus en plus d’audience à Munich, mais guère au-delà.

 

1921. Hitler prend la direction du Parti National Socialiste des Travailleurs Allemands (NSDAP) « qui à certains égards (la création d’une branche paramilitaire violente par ex) ressemblait au parti fasciste initial de Mussolini (….) Le parti nazi différait peu des autres mouvements ultranationalistes et racistes en Allemagne. Mais Hitler attirait les foules comme aucun autre. »

 

Le mouvement passe de 2000 membres au début de 1921 à 20.000 à l’automne 1922.

 

« En 1923, alors que l’Allemagne s’enfonçait dans la crise économique et politique après l’occupation française de la Ruhr, le pouvoir qu’avait Hitler de mobiliser les ultranationalistes violemment hostiles au gouvernement était suffisant pour le hisser à une position dominante dans le maelström de la vie politique paramilitaire bavaroise. »

 

La peur que la révolution de 1918 ne se radicalise dans le bolchevisme avait conduit le gouvernement provisoire socialiste à conclure une alliance avec le corps des officiers si ceux-ci l’aidait à lutter contre le bolchevisme.

 

« A gauche, la scission entre les partisans d’une démocratie parlementaire et la minorité qui, tournée vers Moscou, formait le Parti communiste allemand et recherchait une révolution générale à la soviétique, allait constituer un obstacle durable pour la nouvelle démocratie apparue en 1919. La menace la plus grave vint cependant de la droite : temporairement minée par la défaite (…) elle trouva un fort soutien dans les rangs de la bourgeoisie et des paysans propriétaires, dont la détestation viscérale du socialisme et la peur du bolchevisme se trouvèrent amplifiées en avril 1919 par les efforts déployés pour imposer à la Bavière un gouvernement de style soviétique. »

 

Mars 1920. Echec d’une tentative de coup d’Etat en Bavière menée par un groupe d’extrémistes de droite (Wolfgang Kapp et Walther von Luttwitz). L’armée ne fait rien pour le réprimer et c’est un appel à la grève générale lancé par les syndicats et le refus des fonctionnaires d’exécuter les ordres qui le font échouer.

 

Entre janvier 1919 et juin 1920, les soutiens de la nouvelle démocratie (sociaux-démocrates, Parti catholique du centre) passent de 80 à 44% des sièges au Reichstag.

 

D’autre part, la question des réparations de guerre entretient des tensions en 1921-1922, ce qui développe la violence politique (352 meurtres politiques de l’extrême-droite entre 1919 et 1922.

 

1923. Hyperinflation qui ruine la monnaie allemande. « La vie politique se polarisa. On entrevoyait de nouveau le spectre d’une révolution communiste. » Mais la menace de gauche passe rapidement pour laisser la place à une menace de droite beaucoup plus dangereuse (centrée sur la Bavière).

 

« Depuis la fondation de la République, les chefs militaires avaient adopté une attitude ambivalente : soutenant l’Etat dans l’absolu, ils ne faisaient cependant que tolérer la démocratie nouvelle, sans enthousiasme. »

 

8 novembre 1923. Tentative de putsch par Hitler à Munich. Elle échoue le lendemain sous la répression de la police. « Les meneurs dont Hitler, furent jugés et condamnés, avec une clémence indue, à des peines de prison. L’extrême-droite se fragmenta, la crise retomba. »

 

« La guerre, la défaite, la révolution et le règlement de la paix avaient traumatisé et polarisé l’Allemagne. Les gouvernements étaient instables. Les classes moyennes craignaient et haïssaient le socialisme, alimentant l’agitation nationaliste et la violence paramilitaire brutale d’une droite anti-démocratique (….) Au contraire de l’Italie, cependant la démocratie garda un soutien solide, bien organisé, et pas uniquement dans les rangs du grand parti social-démocrate, mais aussi dans ceux du centre et de la gauche libérale. »

 

La grande différence entre l’Allemagne et l’Italie fut que l’Allemagne put bénéficier du soutien de l’armée (l’Etat), alors qu’en Italie, ce fut au contraire le mouvement de Mussolini qui bénéficia su soutien de l’armée.

 

« Tant que les réparations n’auraient pas été supprimées, l’assouplissement des contrainte de Versailles et la reconstruction de l’armée devraient attendre (même si des arrangements secrets avec l’Union soviétique à la suite du traité de Rapallo en 1922, permirent de coopérer pour la formation des officiers et de se soustraire aux restrictions imposées par Versailles). Sans le soutien de l’armée, toutefois, l’extrême-droite nationaliste allemande n’avait aucune possibilité en 1923 aucune possibilité d’imiter la marche du fascisme au pouvoir en Italie un an plus tôt. »

 

1924. Fin de la crise d’après-guerre. Mais « la principale menace pour une paix durable en Europe allait venir du mélange malsain de l’hypernationalisme et de le l’impérialisme (….) En Europe, la guerre avait conduit à la mise en place d’un ordre nouveau fondé sur des Etats-nations, pour beaucoup instables. Maus le rêve impérial des grandes puissances européennes était encore bien vivant. »

 

1916. Accords secrets Sykes-Picot qui partage le Moyen-Orient entre la Grande-Bretagne et la France.

 

1917. Déclaration Balfour(Secrétaire britannique aux Affaires étrangères) qui déclare que son gouvernement était favorable à la « création en Palestine d’un foyer national pour le peuple juif. »

 

« Les conséquences de l’accord Sykes-Picot et de la déclaration Balfour allaient se répercuter à travers l’Europe et le monde, surtout dans la seconde moitié du XXe siècle et au-delà. »

 

« Il n’y a pas de cordon ombilical rattachant la seconde grande conflagration mondiale à la première. Les choses auraient pu tourner autrement. Toutefois l’héritage de la Grande Guerre rendit un nouveau conflit majeur en Europe plus probable. »

 

 



09/01/2023
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