Mondes en guerre. 3e partie. L'évolution de la guerre. Le IVe siècle av J-C.

 3e partie. L’évolution de la guerre. Le IVe siècle av J-C

 

 

Chapitre 1. Le monde grec. Nouveaux enjeux, nouveaux concepts. (Jean-Christophe Couvenhes). 

 

Les premières mentions du mercenariat remontent au VIIe siècle av J-C avec des mercenaires ioniens et cariens employés en Egypte. Puis le phénomène se généralise au IVe av J-C et de plus en plus de contingents mercenaires sont intégrés aux armées civiques. 

 

Histoires de mercenaires. 

 

Ce développement s’explique vraisemblablement par les déséquilibres sociaux que connaissent certaines régions (Péloponnèse, Crête) où l’accès à la terre civique est réservé à peu de personnes. Cela oblige souvent les cadets de famille à tenter leur chance ailleurs. 

 

Mais d’autres facteurs ont pu jouer :

 

  • La longueur de la guerre du Péloponnèse avec des troupes qui ont du mal à se réinsérer dans la vie civile. 

 

  • Les destructions qui ruinent les plus pauvres, mais déchirent aussi le corps civique. 

 

  • La recherche du butin, l’économie grecque du IVe av J-C n’étant pas encore débarrassée de la guerre prédatrice. Dans ce dernier cas, la question se pose de savoir « si on entreprend une guerre dans l’espoir d’en tirer un maximum de profit ou bien ce profit ne vient-il que dans un deuxième temps, les causes principales du conflit étant à rechercher du côté du politique ? »

 

« La guerre est, en un sens, un mode naturel d’acquisition » et les formes guerrières productrices sont à relier « aux genres de vie où les hommes ont une activité directement productrice et, sans échange, ni commerce, se procurent leur nourriture : vie de nomade, d’agriculteur, de pillard, de pêcheur, de chasseur. » (Aristote)

 

A sa manière, le mercenaire s’inscrit dans cette logique prédatrice.

 

L’épisode le mieux documenté sur cette question des mercenaires reste ‘l’Anabase » de Xénophon qui retrace l’expédition des Dix Mille (en fait 13.000 mercenaires grecs) au profit de Cyrus le Jeune contre son frère Artaxerxès II vers 401 av J-C. Après la défaite de Caunaxa (3 septembre 401 av J-C) et la mort de Cyrus le Jeune, les mercenaires grecs vont entamer une retraite de 15 mois à travers l’Empire Perse, prouvant qu’il pouvait être traversé par une armée de mercenaires sans rencontrer de véritable opposition. 

 

La guerre et la paix.

 

Les relations entre les Perses et les Grecs sont essentiellement fondées sur la richesse Perse qui permet à ceux-ci de soutenir certaines cités grecques (à partir de 395 av J-C, Athènes soutien les cités révoltées contre Sparte grâce à l’or Perse. 

 

390 av J-C. Bataille de Léchaion entre Athènes et Sparte. Athènes, sous le commandement du stratège Iphicrate utilise des peltastes (infanterie légère et mobile) qui pour la plupart sont des mercenaires. Ils font merveille dans les guerre de harcèlement et permettent à Athènes de remporter la victoire. 

 

386 av J-C. Signature de la paix du Roi entre Sparte et l’Empire Perse. « Elle rappelait que les cités grecques d’Asie Mineure leur appartenaient, que les Athéniens pouvaient conserver les clérouquies, Skyros, Lemnos et Imbros, héritées de leur impérialisme du siècle précédent, et faisait des Spartiates les arbitres de la nécessaire liberté et autonomie de toutes les cités grecques. En procédant ainsi, le roi Artaxerxes II condamnait à l’avenir toute alliance ou confédération contraire à ses intérêts, offrait aux Spartiates la possibilité de les dissoudre, et sans disqualifier Athènes, divisait le monde grec afin qu’il n’envisage plus d’aventure coloniale en Asie. » 

 

Parallèlement Athènes passe une série d’alliances bilatérales, avant de recréer une grande alliance dont le but était, « dans le respect de la paix du Roi, de contraindre les Lacédémoniens à laisser « les Grecs vivre dans la tranquillité, libres et autonomes et avoir la jouissance complète de leur territoire. (….) C’est un type de discours nouveau, vantant les mérites de la paix et fondé sur une prise de conscience du panhellénisme, c’est-à-dire du sentiment des Grecs d’appartenir à une même communauté de culture et de civilisation. » 

 

Avec la reprise des hostilités entre Grecs, une nouvelle paix est signée en 375 - 374 av J-C. Athènes est placée en position de force.

 

Durant cette période, apparition de troupes de « choisis », des soldats citoyens sélectionnés pour leurs aptitudes au combat et employés comme professionnels. Cela permet l’apparition de troupes d’élites comme le bataillon sacré de Thèbes dont la première mention apparaît lors de la bataille de Tegyra (376 - 375 av J-C.

 

A partir de 375 av J-C, le tyran Jason qui dirige la confédération thessalienne organise une armée proprement thessalienne de 6000 cavaliers et 10.000 hoplites. Sa réforme vise à établir une contribution territoriale équilibrée, fournissant des contingents complets pour les unités tactiques de l’armée. Il y a création de nouvelles unités :

  • L’hécatontarchie composée de 96 fantassins. 

  • L’escadron de cavalerie de 76 hommes. 

 

Sa puissance militaire s’appuie également sur des troupes légères recrutées parmi les alliés et les peuples soumis et sur une flotte.

 

La bataille de Leuctres et la formation oblique des Thébains. 

 

La bataille de Leuctres (371 av J-C) marque un tournant dans la vie militaire et la géopolitique du monde grec. L’armée de Sparte forte de 10.000 hommes subit une retentissante défaite face à la confédération béotienne. Elle perd 3000 hommes dont 700 Spartiates. « La défaite de Sparte finit par encourager Epanimondas le vainqueur de Leuctres, à mener une expédition dans le Péloponnèse, puis en Laconie et enfin en Messenie qu’il détacha de l’Etat lacédémonien en 369 av J-C en recréant l’antique cité de Messine. » 

 

Le roi spartiate adopte une formation en ligne d’une profondeur de 12 rangs. Il se place lui même avec ses meilleurs soldats à l’aile droite. En face Epanimondas adopte une formation oblique. Il masse à l’aile gauche, face à l’aile droite ennemie, ses meilleures troupes sur une profondeur de 50 rangs. Cette aile gauche thébaine, articulée avec la phalange béotienne à sa droite lance l’attaque et sa supériorité numérique permet de dissocier la phalange lacédémonienne et de créer une brèche dans le dispositif spartiate. La mort du roi Cléombrote accentue encore la déroute spartiate. Parallèlement Epanimondas lance la cavalerie thébaine contre la cavalerie spartiate qui est repoussée, provoquant du désordre dans la phalange lacédémonienne. 

 

Epanimondas sera lui même tué dans la bataille de Mantinée en 362 av J-C. 

 

« Sur les champs de bataille du IVe siècle av J-C,, dans la continuité de la guerre du Péloponnèse, on assiste par ailleurs à une articulation plus grande entre le corps des hoplites et celui des fantassins légers. En complément des lanceurs de javelots intervenaient aussi des archers et des frondeurs. » (archers crétois qui utilisent des arcs composites qui peuvent tirer à une distance de 60 à 200 mètres et frondeurs de Rhodes)

 

Après la réorganisation de l’éphébie en 335 av J-C, les futurs soldats citoyens d’Athènes doivent s’entraîner non seulement au combat hoplitique, mais aussi au tir au javelot et à l’arc. 

 

La cavalerie occuper aussi une nouvelle place. Elle intervient en coordination avec l’infanterie hoplitique et elle est de plus en plus utilisée. 

 

« Le développement du mercenariat et des armées professionnelles eut des conséquences pratiques sur le mode de combat. Traditionnellement la guerre se faisait durant la belle saison. Au IVe siècle, en particulier dans le cas d’expéditions lointaines, elle se pratique pourtant l’été comme l’hiver (…) Or la mobilisation permanente ne correspond pas au mécanisme des levées par classe d’âge au sein du corps civique, pour des opérations frontalières, de courte durée. Il faut donc envisager l’emploi de soldats professionnels issus ou non de la cité. C’est particulièrement vrai des troupes stationnées dans les garnisons défendant le territoire civique. » Cela provoque la naissance d’une sorte d’oligarchie dominante formée par des chefs militaires placés le plus souvent à la tête d’armées non civiques et s’enrichissant par le butin. Peu à peu, ils tendent à s’affranchir du contrôle de la cité. Généralement ils se cooptent aux postes de décisions.

 

La défense du territoire civique. De la « stratégie traditionnelle » à la « stratégie nouvelle ».

 

« Au Ve siècle av J-C, l’enjeu des opérations militaires était constitué par le territoire sacralisé. Souvent une simple menace exercée sur ce territoire suffit à provoquer un combat hoplitique ou une négociation. Il est vrai que le centre civique, appelé asty, possède une enceinte, mais de modeste ampleur (…) En fait la « stratégie traditionnelle » privilégiait l’attaque et la défense du territoire plutôt que la prise de la ville. La « stratégie nouvelle » après une guerre cherchait à protéger le territoire par d’autres moyens que l’envoi d’une phalange pour bouter l’ennemi hors des frontières. La cavalerie et les troupes légères sont dorénavant utilisées pour harceler une troupe ennemie tentant une incursion. » Désormais le territoire est maillé d’un réseau de garnisons permanentes. La plupart des itinéraires sont surveillés par des forts placés en position dominante. 

 

La permanence d’au moins une année de service au sein de la garnison laisse supposer la professionnalisation d’une partie de l’armée civique. 

 

« A l’époque hellénistique, la fragmentation du territoire civique disputé par des rois étrangers accentua le rôle régional des forteresses frontalières et de leurs garnisons. » 

 

Les progrès de la poliorcétique au IVe av J-C font évoluer les rapports des armées au territoire. Désormais le centre urbain doit être défendu car c’est la que se concentrent les sanctuaires les plus importants et les bâtiments publics, où se prennent les décisions. » Mais les moyens financiers considérables nécessaires pour l’utilisation de ces machines peuvent en freiner l’utilisation. 

 

Les débuts de la littérature militaire grecque.

 

Entre 360 et 355 av J-C parution des premiers manuels militaires en langue grecque : 

 

  • Hipparchikos de Xénophon. Il s’agit d’un manuel de stratégie qui contient des conseils pour ceux qui veulent diriger la cavalerie. Il traite des problèmes de la cavalerie en temps de paix, en vue du conflit, pendant la guerre. « Les thèmes y sont développés au moyen d’images rhétoriques élégantes, qui confèrent au texte une valeur littéraire et éveillent l’intérêt du lecteur, mais aussi d’expressions plus familières évoquant des détails de la vie quotidienne. » Si cet ouvrage traite de stratégie, c’est-à-dire de l’art du commandement, l’auteur  «s’inscrit dans une perspective spatio-temporelle limitée qui coïncide avec l’Athènes des Ve - IVe siècles et ne se concentre que sur les activités propres du commandant de la cavalerie, qui peuvent toutefois être l’occasion de considérations générales sur la stratégie et le commandement. » 

 

  • La poliorcétique d’Enée le Tacticien. Cet ouvrage présente les caractéristiques d’un manuel technique. L’auteur n’est pas formellement identifié. « Plusieurs caractéristiques de ce manuel, les répétitions, le style discursif, l’emploi de nombreux exemples, montrent que la structure du genre n’est pas encore fixée et reste marquée par la transmission orale où le savoir est organisé et transmis par accumulation. » Le sujet de ce traité n’est pas le siège, mais les méthodes de défense en cas de siège, insérées dans un raisonnement plus large comprenant également des questions sur l’organisation d’une cité et ses rapports avec le territoire, les problèmes de communication et des exemples de stratagèmes. Des indices font penser que cet ouvrage n’était qu’une partie d’une oeuvre beaucoup plus importante." 

 

« Au fur et à mesure que l’attaque se perfectionne, la défense s’adapte. » Les fortifications deviennent de plus en plus complexes. 

 

Chapitre 2. Les Macédoniens en guerre. (Jean-Christophe Couvenhes). 

 

359 av J-C. Arrivée sur le trône de Macédoine de Philippe II qui se distingue par son talent militaire et diplomatique (réformes militaires, perfectionnement de la phalange). 

 

« Alors que la phalange thébaine peut apparaître comme une évolution de la phalange traditionnelle, celle macédonienne relève d’une logique tout autre. Cette phalange d’un type nouveau consiste d’une part à rendre plus mobile le phalangiste, en allégeant son armement défensif pour en faire un fantassin semi-lourd, et d’autre part à lui donner une profondeur de frappe plus grande en le dotant d’une pique plus longue que celle de l’hoplite. » 

 

La phalange et la cavalerie.

 

Allègement du poids par suppression du métal. La cuirasse de bronze est remplacée par un linothorax, un gilet composé de plusieurs couches de lin qui offre une très bonne résistance à la pénétration des flèches ou des coups portés d’estoc ou de taille. Le bouclier est plus petit. Il est bombé et repose sur l’épaule, tenu par une courroie de suspension et l’avant-bras. Cela permet de dégager les deux mains du fantassin. L’innovation principale est l’introduction de la sarisse, pique en bois d’une longueur de 3,50m à 7,40m, terminée de pointes en fer aux deux extrémités. 

 

La phalange macédonienne est composée de paysans macédoniens qui ne peuvent se payer un armement aussi coûteux que celui de l’hoplite grec. Les moyens financiers du royaume permettent de financer cette armée. 

 

«La phalange est donc composée de fantassins qui à la fin du règne de Philippe II ou au début de celui d’Alexandre le Grand, portent le nom de pezhétairoi « compagnons à pied », terme qui qualifie les gardes royaux allant à pied, appelés hypaspistes par la suite. » 

 

Par contre les rois de Macédoine ont toujours à leur disposition une excellente cavalerie, la Macédoine étant un pays d’élevage de chevaux. Philippe II augmente considérablement les effectifs de la cavalerie. Ils passent de 600 en 358 av J-C à 3300 en 334 av J-C

 

338 av J-C. Bataille de Chéronée. Victoire macédonienne sur une coalition athénienne et thébaine. Philippe II qui commande l’aile droite face aux Athéniens, recule en ordre, suivi par les Athéniens. Cette manoeuvre permet de dissocier les Athéniens des Thébains. Alexandre qui commande l’aile gauche s’engouffre dans la brèche, avec son escadron de 200 cavaliers. « L’intervention de la cavalerie n’avait été rendue possible que parce que les phalangistes macédoniens avaient subi un entraînement de tous les instants. »

 

Jusqu’à Chéronée, Philippe de Macédoine fait usage de troupes légères, de cavalerie et de machines de siège pour mener la guerre contre les Grecs. Il fait un usage important de la poliorcétique contre les cités. Les coutumes de la guerre considèrent que lorsqu’une ville en état de guerre est prise, les biens et les habitants de cette cité appartiennent au vainqueur. Par contre pour les prisonniers de guerre, leur sort peut être très variable : exécution, réduction en esclavage, libération contre rançon. 

 

Alexandre le Grand. 

 

« On ne dira jamais assez combien Alexandre III, le fils de Philippe II fut tributaire à la fois des réformes militaires et du projet d’expansion territoriale de son père. Il revient néanmoins à Alexandre d’avoir été le génial réalisateur de la conquête, mettant en place plusieurs stratégies pour y parvenir. Conquérir le Royaume achéménide nécessitait certes une armée et livrer bataille, mais pas seulement. Il y a une dimension religieuse et idéologique, nourrie par une propagande, dans l’expédition menée par Alexandre. » Mais il n’hésite pas aussi à mener une guerre de terreur dans le seul but d’effrayer les futurs territoires à conquérir. 

 

La guerre d’Alexandre : stratégie, tactique, logistique.

 

Durant les 12 ans de l’expédition d’Alexandre, les batailles rangées sont peu nombreuses mais décisives. Il n’y en a que 4 :

  • Granique (334 av J-C)

  • Issos (333 av J-C)

  • Gaugameles (331 av J-C)

  • Hydaspe (326 av J-C)

 

A chaque fois, la phalange macédonienne s’illustre mais en relation avec les autres corps. 

 

« L’armée d’Alexandre était représentative des tendances du IVe siècle à vouloir articuler sur le champ de bataille infanterie lourde et troupes légères, cavalerie lourde et cavalerie légère et fantassins. La tactique déployée par Alexandre durant ces batailles était toujours un peu la même : l’instrument principal était la cavalerie lourde des hétairoi, chargeant le plus souvent une aile ou deux de l’ennemi, tandis que la phalange macédonienne barrait la progression adverse au centre et que les troupes légères ou la cavalerie légère protégeaient les flans de la phalange. Les combattants d’élite pouvaient dans certains secteurs du combat emporter un avantage décisif. » 

 

La cavalerie joue un rôle capital dans les combats. Au début de son expédition, il dispose de 1800 cavaliers macédoniens et autant de cavaliers thessaliens. 

 

L’armée macédonienne compte au début de l’expédition, 24.000 phalangistes, répartis en 12 taxeis d’environ 1500 hommes et 3 chiliarchies de 1000 hypaspistes. Ces derniers munis d’une lance plus courte constituent l’avant garde de l’infanterie. A chaque fois, Alexandre adapte la phalange aux circonstances. 

 

De 334 à 326 av J-C, Alexandre mène une quinzaine de sièges. Pour cela il dispose de machines de siège de plus en plus élaborées (il possèdera pour le siège de Tyr, de tours de 25 mètres de haut). 

 

Pour sa réussite, la logistique de son armée fut prépondérante. En plus des combattants, on estime que 17.000 soldats, 6100 chevaux de bataille e 1300 bêtes de somme étaient nécessaires pour assurer cette logistique. 

 

On estime qu’un soldat avait besoin de 1,5 kg d’orge par jour et un cheval de 5 kg de grain et autant de fourrage. Les besoins quotidiens de l’armée ont pu être estimés à 172 tonnes de vivres, nécessitant une colonne de 1120 chevaux ou mulets qui consommaient eux mêmes 12 tonnes. 

 

Ces nécessités pouvaient donc être un frein au déplacement de l’armée en campagne. Le rythme de déplacement était donc faible. 

 

« On garde de l’expédition d’Alexandre l’image d’une armée parcourant un territoire d’une traite. Il est plus vraisemblable qu’en fonction des circonstances, à chaque fois que cela était possible, le roi assurait ses arrières, gardant le contact avec son royaume (…) On ignore à peu près tout de la manière dont Alexandre organisa la traversée des nombreux déserts auxquels ses troupes se confrontèrent. Il est sûr que ses soldats étaient capables de réduire leurs rations et faisaient preuve d’une endurance que nous avons du mal à imaginer aujourd’hui. » 

 

Durant toute cette période l’armée d’Alexandre subit des mutations, en particulier les Macédoniens deviennent minoritaires au sein de la grande armée. Ils sont entourés de toutes sortes de peuples barbares, à l’armement hétéroclite. « La cohérence de cette armée, qui s’entrainait en combattant, reposait sur la poursuite de la guerre et sur la victoire. » En 323 av J-C on estime que la phalange ne comptait plus que 4 Macédoniens pour 12 Perses. 

 

Chapitre 3. Les rois et les cités en guerre. (Jean-Christophe Couvenhes). 

 

« A l’époque hellénistique, la guerre joue un rôle déterminant, puisque l’Empire d’Alexandre, né de la guerre à la fin du IVe siècle av J-C, fut disloqué par la guerre également , entre ses différents successeurs, les diadoques. Le constat de l’impossible préservation de l’unité du royaume d’Alexandre fut assez rapide. »

 

Les rois hellénistiques, nouveaux maîtres de la guerre. 

 

Au IIIe siècle av J-C, la guerre apparaît comme le moteur principal des dynamiques politiques internationales. « Les ambitions des généraux restent néanmoins le moteur essentiel de la guerre durant cette période. » 

 

« Les alliances militaires des uns contre les autres, confortées souvent par des alliances matrimoniales, permettent à chacun de se tailler un fief, tout en espérant précipiter la fin d’un autre. » 

 

« La figure de Démétrios Poliorcète, véritable roi de guerre dont la légitimité, les ressources financières et le mode de vie découlent tous du champ de bataille, est particulièrement intéressante. Eduqué en vue de la guerre, il combat en personne, même sur mer : c’est un guerrier, et plus précisément, un guerrier qui gagne. La victoire révèle son charisme royal : doté d’une solide protection divine, il serait digne du titre de roi. Il est le premier des combattants, que l’on distingue à la guerre par son diadème, porté sur son casque. Son armée est prête à le suivre dans toute ses conquêtes, tant que victoire et butin sont la norme. »

 

« Une des conditions de la royauté est la maîtrise d’un territoire, qui doit être consentie par les autres rois. » 

 

301 av J-C. Bataille d’Ipsos qui oppose une coalition regroupant Cassandre, Ptolémé, Lysimaque et Séleucos (64.000 h, 10.500 cavaliers, 400 éléphants, 120 chars) contre Antigone et son fils Démétrios (70.000 h, 10.000 cavaliers, 75 éléphants). Défaite d’Antigone qui est tué. Démétrios réussit à prendre la fuite, mais perd son royaume. 

 

Figures de soldats hellénistiques : Mercenaires, clérouques, marins. 

 

Le mercenaire royal est un étranger rémunéré par le roi auprès duquel il s’engage par contrat. A l’opposé le soldat citoyen défend sa communauté, son territoire et ses institutions civiques. 

 

En termes de statut politique, les mercenaires se distinguent à la fois des soldats citoyens et des sujets royaux ou des alliés qui avaient obligation de service. 

 

Du côté des cités, bien qu’elles soient passées sous le contrôle militaire d’un royaume, elles continuent à développer leurs capacités militaires, en particulier en entretenant leurs murailles et en constituant une armée civique. 

 

Chez les Ptolémés, en Egypte, développement du sytème de la clérouchie qui consiste à allouer des terres à des soldats contre un service militaire (une solde en nature). La superficie de ces parcelles dépend du grade et de l’arme du soldat concerné. 

 

La guerre hellénistique et aussi une guerre navale. Au début du IVe siècle av J-C, introduction des tétrères, navires à 3 rangs de rames, dont la rame la plus haute est mue par 2 hommes. Puis apparition de la pentères, navire à cinq rangs de rames.

 

« Tous les Diadoques, ainsi que les épigones, se devaient de posséder une flotte pour maitriser les voies maritimes et commerciales qui bordaient leurs ensembles territoriaux. Les moyens financiers considérables dont bénéficiaient les rois hellénistiques leur permirent de s’assurer des flottes numériquement importantes et techniquement à la pointe du progrès. On assiste même durant quelques années à une sorte de course au gigantisme concernant à la fois la taille des navires comme la dimension des flottes (….) Cette course au gigantisme dura aussi longtemps que les rois hellénistiques ne se virent pas imposer la volonté romaine, au milieu du IIe av J-C. » 

 

Mais au IIIe av J-C, parallèlement développement de vaisseaux de plus petite taille, les trihémolies, modèle réduit des trières. Ces navires avaient pour fonction de lancer des traits et des flèches sur les navires ennemis. Ces navires furent la spécialité de la marine rhodienne qui partagea l’hégémonie maritime avec les Lagides durant le IIIe av J-C. 

 

Les navires étaient une réponse à des navires appelés hemolia qui étaient utilisés par des pirates pour attaquer des navires de commerce. Ces navires qui pouvaient compter de 16 à 50 rameurs, permettaient à certains d’entre eux de se libérer de la fonction de rameur pour se consacrer au combat et à l’abordage. 

 

Les cités grecques dans les malheurs de la guerre. 

 

« La cité grecque n’est pas morte à Chéronée. » (Louis Robert). « Si les cités grecques, Athènes et Sparte en premier lieu, n’occupèrent plus qu’une place secondaire sur la scène internationale, elles n’abandonnèrent pas pour autant la défense de leur territoire civique aux souverains hellénistiques (environ 700 cités). Les cités grecques constituaient un modèle politique et social d’hellénisme qui progressera fortement après la conquête d’Alexandre. » Chaque souverain hellénistique créa ses propres cités, portant leur nom. 

 

« Ce phénomène fut essentiel à la diffusion de l’hellénisme, ce mode de vie à la grecque, qui par transfert culturel imprégnait ceux des locaux, dont ils recevaient en retour l’influence. D’un point de vue militaire, les cités offraient au roi une population citoyenne, sujette ou alliée, selon le niveau d’intégration au sein de la monarchie. Rappelons que ces cités entretenaient par ailleurs les forces militaires suffisantes à la défense de leur propre territoire. » 

 

« Si l’on peut assez aisément différencier mercenaires et soldats citoyens du pont de vue du statut politique, les premiers étant des étrangers, non citoyens, les seconds des citoyens, il semble que l’on puisse également établir une distinction dans les représentations que l’on se faisait de ces deux types de soldats. » Le mercenaire est perçu comme un baroudeur attiré par l’appât du gain, alors que le soldat-citoyen se distinguait par son désir noble de défendre sa communauté politique. 

 

Les garnisons royales, composées de mercenaires, laissées par les rois tant pour assurer la sécurité que pour surveiller une cité sujette posent de nombreux problèmes :

  • Contributions pour leur entretien. 

  • Logement chez l’habitant. 

  • Insécurité pour les habitants. 

 

Dans certains domaines, la frontière entre les deux corps de soldats s’avère floue :

  • Les rémunérations, certains soldats-citoyens recevant une solde. 

  • Le comportement en campagne, l’appât du gain et le pillage n’étant pas spécifique aux mercenaires. 

  • La spécialisation tactique, certains soldats-citoyens se spécialisant allant jusqu’à former des bataillons d’élite. 

 

A Athènes dans la seconde moitié du IVe siècle, spécialisation des 10 stratèges, chacun occupant une fonction spécifique du champ militaire. Vers la fin du IIe av J-C, apparition d’un stratège de la marine et de la cavalerie. 

 

Chapitre 4. Aux confins du monde hellénistique (Omar Coloru)

 

Le nom Scythes est un nom générique pour désigner plusieurs tribus composant la constellation des peuples des steppes d’Eurasie. 

 

« Les Scythes sont des protagonistes importants des épisodes militaires qui intéressent les formations étatiques occidentales. » 

 

Scythes, Sarmates, Indiens.

 

Au IIIe Av J-C, effondrement de la puissance Scythes pour des raisons inconnues qui peuvent tenir soit à une crise intérieure, soit à l’avancée ver l’ouest des Sarmates, ce qui provoque un rétrécissement du territoire Scythe (Crimée septentrionale et cours inférieur du Dniepr). 

 

« Par le terme « Sarmates » on entend un ensemble de populations nomades de langue iranienne qui, à partir du IVe siècle av J-C occupent graduellement les anciens territoires des Scythes. »

 

Progressivement ces Sarmates vont occuper les plaines de la Hongrie, de la Moldavie, venant ainsi au contact des Romains. 

 

Le guerrier sarmate est un archer monté léger, équipé de l’arc composite pour le combat à distance. Il est aussi équipé d’une longue épée qui peut mesurer jusqu’à 1,30 m et une lance pour le combat rapproché. Il peut porter une cuirasse à écailles de fer pour l’élite guerrière. 

 

Comme chez les Scythes, les femmes peuvent prendre part à certains combats. Mais au fil du temps les femmes guerrières auront tendance à disparaître. 

 

Après la chute de la dynastie Maurya du royaume de Magadha au IIIe Av J-C ouverture d'une phase d’invasion du nord-ouest de l’Inde. 

 

A partir des premières décennies du IIe av J-C, ce sont les Grecs de Bactriane (une partie de l’Afghanistan) qui soumettent les régions du sud de l’Hindou Kouch et occupent un territoire qui s’étend du Gujarat au Pendjab et à la région de Sagala (actuel Sialkat)

 

« Les affrontements entre Grecs et Indiens ne sont pas sans influences réciproques, tant d’un point de vue culturel que militaire. » En particulier la terminologie militaire grecque est parfois reprise par la langue indienne, le Prakrit. 

 

« L’expansion grecque dans l’Inde du nord-ouest est marquée par la formation de différents royaumes dits Indo-grecs, souvent en lutte pour la suprématie. Dans ce contexte, le royaume de Ménandre I (vers 165 - 130 av J-C) se distingue par une trace durable et un souvenir positif dans la culture indienne, phénomène rare quand il est question de souverains qui ne sont pas d’origine indienne. On attribue à Ménandre, la plupart des conquêtes territoriales des Grecs en Inde, au point qu’il aurait soumis plus de peuples qu’Alexandre le Grand. » Il meurt sur le champ de bataille. 

 

« A partir de la moitié du IIe Av J-C, l’Asie centrale fait par ailleurs l’objet de plusieurs vagues d’invasions de populations nomades, qui dans un premier temps, enlèvent aux Grecs la Bactriane, puis pénètrent dans les régions au sud de l’Hindou Kouch. Dans la première décennie du Ier siècle, ces peuples mettent fin à la domination grecque sur l’Inde du nord-ouest. Connus sous l’appellation de Sakas en Inde et d’Indo-Scythes dans le monde greco-romain, ces nomades bâtissent leurs propres royaumes dans la partie occidentale du sous-continent. Dans le même temps, le pouvoir des Indo-Scythes est contesté par une dynastie de conquérants issus de l’aristocratie parthe, qui forment un royaume entre Sistan et l’Inde du nord-ouest et qui par conséquent sont appelés Indo-Parthes. Les Indo-Scythes comme les Indo-Parthes propagent avec eux toute la panoplie des peuples de la steppe. » 

 

Les éléphants de guerre. 

 

L’éléphant occupe un rôle de premier plan dans le monde indien. « Son utilisation est si enracinée dans la tradition militaire de l’Inde et plus globalement dans celle de l’Asie sud-orientale, que l’éléphant reste présent dans les armées jusqu’à une période tardive (utilisation par les Britanniques pour la construction de ponts en Birmanie en 1942). Par contre le début de leur utilisation est difficile à dater. 

 

L’éléphant de guerre ne naît pas en captivité mais est capturé puis soumis à une longue période de dressage. Au combat son maître et conducteur est assis sur son cou pendant qu’un archer se positionne sur son dos. 

 

Lors du combat il peut être employé de manière différente : 

  • Sa puissance permet d’abattre les fortifications. 

  • Ils chargent l’infanterie dans les batailles rangées et servent à effrayer les chevaux. 

  • La grande taille de l’éléphant du général lui permet d’avoir une meilleure vision du champ de bataille. 

 

« L’éléphant de guerre est l’arme indienne qui a le plus influencé les armées hellénistiques, de la Méditerranée à l’Inde. » Ce sont les rois hellénistiques qui dotent les éléphants d’une tour dans laquelle prennent place les archers qui sont ainsi protégés. 

 

La guerre dans l’Arthasastra. 

 

Il s’agit du chef d’oeuvre de la littérature militaire indienne. Cet ouvrage est traditionnellement attribué à Canakya, brahmane et ministre de l’empereur Chandragupta Maurya (320 - 298 av J-C). 

 

Le manuel est divisé en 15 livres, eux mêmes répartis en 150 chapitres et 180 sujets. Parmi ces sujets une place importante est réservée à l’art de la guerre (livres 6 à 14)

 

« Le mode d’art militaire que l’Arthasastra nous propose semble suggérer que la conquête ne vise pas tant à l’élimination de l’adversire qu’à sa soumission, afin qu’il puisse contribuer à la puissance du royaume à travers le paiement d’un tribut. »

 

La forme de combat privilégiée est la bataille rangée où les troupes peuvent faire preuve de courage, voire d’héroïsme. 

 

Cette armée est composée à la fois d’infanterie, de cavalerie, de chars et d’éléphants. Chaque unité est commandée par un officier aux ordres d’un général. 

 

« L’objectif de l’Arthasastra est d’apprendre au prince comment administrer et conserver son royaume. Pour ce faire, le souverain doit faire preuve d’un certain cynisme, être prêt à agir de façon pragmatique et à avoir recours à des actions brutales. Dans cette optique, la guerre est le moyen par lequel le souverain peut protéger ses sujets et faire prospérer son royaume. Il est fondamental que l’activité militaire, pour qu’elle soit menée à bien, repose sur une analyse des rapports de force entre adversaires. » 

 

Pour expliquer ces rapports de force, il utilise la théorie des cercles concentriques dont le centre est occupé par son propre royaume. Il arrive à théoriser un diagramme de 12 cercles / royaumes qui permet d’identifier six stratégies possibles :

  • Le roi ne doit rechercher la paix que quand il est faible et son voisin fort. 

  • Si ce rapport de force est inversé et donc le voisin faible, le roi doit faire la guerre. 

  • Si les forces des deux royaumes sont équivalentes, le roi doit rester en attente jusqu’à ce que la balance des forces penche en faveur de l’un ou de l’autre. 

  • Si l’attente constitue un avantage pour l’ennemi, alors le roi doit organiser une offensive par surprise; 

  • Le roi doit sceller des alliances. 

  • Mais il doit aussi jouer double jeu. 

 

« Si la guerre est synonyme de destruction, elle est aussi liée à l’honneur et, surtout, fait « sens » : le roi dirige une expédition, en tire prestige et pouvoir ; ses adversaires peuvent soit accepter un accord, soit combattre. Une fois le premier ennemi vaincu, le souverain doit s’occuper de ceux des « cercles suivants », jusqu’à ce qu’il puisse «conquérir la terre. » L’analyse détaillée des principes tactiques et stratégiques reflète ainsi les idéaux, ambitieux, qui déterminent le caractère normatif de ce manuel et en font un abrégé, de nature essentiellement philosophique , de ces imaginaires, totalement détachés non seulement d’une période historique en particulier, mais aussi d’une quelconque situation réelle. » 

 

Fin



29/12/2021
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