Winter (J). La 1ere Guerre mondiale. V1-4. 1916 : Batailles totales et guerre d'usure.

CHAPITRE 4. 1916 : BATAILLES TOTALES ET GUERRE D'USURE

 

Robin Prior.

 

 

« En 1916, les principales puissances cherchèrent à accroître leur production d'armement avant de faire de nouvelles tentatives pour sortir de l'impasse. C'est l'Allemagne qui y réussit le mieux. Entrée en guerre avec une industrie d'armement considérable, en 1915 elle ne produisait toujours que 38 pièces d'artillerie lourde par mois. A l'automne 1916, ce chiffre avait presque décuplé avec 330 canons mensuels. La production d'obus augmenta dans les mêmes proportions. »

 

En France de même la production de canons lourds est multipliée par 5.

 

La Russie commence à produire des canons et des obus en quantité suffisante pour l'armée.

 

La Grande-Bretagne qui était entrée en guerre avec une industrie de munitions presque exclusivement destinée à la marine développe une industrie puissante pour l'armée de terre. Si elle ne produisait que 90 canons de tout type en 1914, en 1916 elle en produit 3200.

 

Cette évolution va troubler particulièrement le commandant en chef de l'armée allemande Falkenhayn. « A la fin de l'année, il écrivit un rapport sur la stratégie d'ensemble, sujet toujours dangereux à confier aux militaires. De manière peu surprenante, il désignait le front occidental comme le lieu de l'action décisive en 1916. Il identifiait aussi les Britanniques comme les ennemis ultimes, le ciment qui faisait tenir l'Entente ensemble. A première vue, la logique du rapport Falkenhayn semblait annoncer une attaque sur le front occidental contre les armées britanniques, pas encore tout à fait prêtes ni vraiment formées. Mais, comme pour beaucoup d'auteurs s'essayant à la stratégie générale, la logique n'était pas son fort. Non sans une certaine ingénuité, Falkenhayn concluait que la France était le « meilleur glaive de la Grande-Bretagne » à l'ouest : c'était donc elle qui devait supporter le plus fort de l'offensive allemande. Pour vaincre les Britanniques, il fallait donc vaincre les Français. » Son idée était d'attaquer un endroit qui devait être absolument défendu et d'utiliser sa supériorité en artillerie pour gagner. Falkenhayn pensa que le meilleur endroit était Verdun. Mais en fait « étant donné la doctrine militaire des Français en 1916, à peu près n'importe quelle parcelle du territoire attaquée serait défendue jusqu'au bout. »

 

La défense de Verdun n'était pas une obligation absolue pour les Français car sa chute n'aurait pas signifiée grand chose. Il n'y avait pas d’objectif stratégique à l'arrière. « Si les Allemands s'étaient emparés de Verdun, rien ne se serait ensuivi. Ils n'avaient aucun moyen d'exploiter une telle victoire et les hauteurs à l'est de la ville pouvaient aisément se révéler imprenables par une armée de plus en plus épuisées. De même n'y avait-il aucune raison de supposer que la Troisième République ne survivrait pas à la chute de Verdun. Elle survécut à des désastres bien pires en 1917 et 1918. En vérité, le caractère sacré de Verdun est largement une construction d'après-guerre, un symbole du sacrifice consenti pour la victoire. »

 

Pour cela il rassemble 1200 canons dont 500 de gros calibre qui doivent permettre de réduire, dans un temps bref, les défenses françaises afin de permettre un assaut victorieux de l'infanterie allemande. 2 millions d'obus sont stockés en prévision de l'attaque. L'opération est confiée à la 5e armée du Kronprinz Guillaume de Prusse dirigée en réalité par son chef d'état-major, le général Knobelsdorf.

 

Du côté des Alliés des plans sont aussi préparés et une réunion à Chantilly en décembre 1915 décide de déclencher des attaques simultanées pour éviter les transferts de renforts de la part des Allemands. Mais la pénurie de munitions obligeait à décaler ces opérations après le milieu de l'année. La vitesse de préparation des Allemands devait perturber ces plans. Tout était prêt pour début février et c'est finalement le mauvais temps qui allait retarder l'attaque jusqu'au 21 février.

 

« Contrairement à ce qu'on a pu dire, les Français n'ignoraient pas l'imminence de l'attaque allemande. En dépit de la supériorité aérienne adverse, des avions de reconnaissance français avaient réussi à photographier les concentrations de canons et de troupes ennemies. Des déserteurs de l'armée allemande confirmèrent qu'une attaque importante était imminente. Ils parlaient même d'armes nouvelles épouvantables : le lance-flamme et un nouveau gaz toxique plus létal. Ce renseignement décida Joffre à envoyer un autre corps de troupe à Verdun, mais pas de canons supplémentaires. »

 

« Parmi les points controversés, Falkenhayn avait décidé de cioncentrer son attaque sur un secteur de 10 kilomètres sur la rive droite de la Meuse. Le Kronprinz (ou Knobelsdorf) fit remarquer que cela laisserait les attaquants à la merci de l'artillerie française depuis la rive gauche non attaquée. Falkenhayn ne se laissa pas troubler. Il estima, non sans raison, que pour affaiblir suffisamment les défenseurs français, le feu de son artillerie devait être le plus concentré possible. Éparpiller ses tirs sur les deux rives de la Meuse pouvait leur faire perdre de l'efficacité partout. »

 

Le 21 février, l'attaque commence par un bombardement intensif de 9 heures qui détruit tout. Mais à la surprise des Allemands toute résistance n'avait pas été détruite et les troupes d'assaut trop faibles ne purent percer le front et furent même obligées de reculer à certains endroits sous la menace de contre-attaques françaises. Les gains furent minimes. Cependant les jours suivants les attaques avec beaucoup plus de soldats furent précédées d'intenses bombardements, ce qui permit des avancées significative. « L'introduction des lance-flammes fut sans nul doute l'un des éléments qui firent graduellement fléchir la défense française. Une division fut entièrement anéantie, d'autres furent décimées. » Les points clefs cédèrent les uns après les autres. (24 février Bois des Caures, 25 février fort de Douaumont).

 

En réaction, le général Pétain spécialiste de la guerre défensive est désigné pour prendre le commandement du secteur de Verdun. Mais terrassé par une double pneumonie, il dirige sa première semaine de combat depuis sa chambre. L'arrivée du 20e CA du général Balfourier permet de stabiliser la situation. « Pétain s'assura tout d'abord que les postes d'artillerie de la rive gauche coordonnaient leurs répliques. Il n'y aurait plus de tirs sporadiques. Les batteries furent regroupées et se virent assigner des cibles spécifiques. Pétain en réclama beaucoup plus et, cette fois-ci, il n'y eut pas d'hésitation : des 155 millimètres et des 75 millimètres commencèrent à arriver en nombre. »

 

Pour assurer le soutien logistique, Verdun ne dispose que d'un axe la route de Verdun à Bar-le-Duc. « Pétain avait la chance d'avoir dans son équipe un ingénieur de génie, le commandant Richard. Celui-ci calcula combien de camions seraient nécessaires pour subvenir aux besoins de l'armée de Verdun. En très peu de temps, il rassembla une flotte étonnante : pas moins de 3500 véhicules divers. Le 28 février, 25.000 tonnes de matériel et 190.000 hommes furent transportés par la route. En juin, un véhicule y passait toutes les quatorze secondes. »

 

« Pétain réorganisa aussi les positions défensives sur le saillant de Verdun. Le secteur fut divisé en quatre parties, chacune étant placée sous la responsabilité d'un chef de corps. Les divisions passaient quinze jours sur la ligne, puis étaient mises au repos. (…) Les Allemands, eux, laissaient les divisions en place sur le front et remplaçaient les pertes par des conscrits. »

 

Après le 25 février, l'intensité de l'offensive allemande diminue :

 

Efficacité accrue des réformes de Pétain, en particulier pour l'artillerie.

 

Problèmes d'artillerie pour les Allemands. En effet les conditions météorologiques empêchent les Allemands de faire progresser leur artillerie. Leurs troupes se trouvent donc sans protection.

 

« Cet échec conduisit le camp allemand à une réévaluation douloureuse de la situation. Le Kronprinz avait toujours voulu attaquer la rive gauche. La réponse dévastatrice de l'artillerie française dans le secteur l'amena à penser que c'était le moment ou jamais. Non sans appréhension, Falkenhayn accepta. La rive gauche de la Meuse était d'une certaine manière plus facile à attaquer que la droite. L'attaque initiale s'était heurtée à des ravins et à des ravines qu'il avait fallu combler, et à des crêtes abruptes couvertes de bois. La rive gauche consistait en un terrain plus ouvert avec des pentes douces et des prairies. Il y avait toutefois des hauteurs qui dominaient tout le secteur. A une extrémité se trouvait l'inquiétant Mort-Homme et de l'autre la côte 304. »

 

Le bombardement préparatoire débute le 6 mars. Après un succès initial allemand, une contre-attaque française le 8 permet de rétablir la situation et durant les deux mois suivant les positions vont peu changer, les positions perdues étant aussitôt reprises.

 

3 mai. Dernier effort allemand qui permet de prendre la côte 304, puis le Mort-Homme à la fin du mois. Mais ce succès avait coûté très cher aux Allemands qui perdirent sans doute plus d'hommes dans cette bataille que les Français.

 

« La bataille de Verdun avait dès lors perdu tout objectif sensé. Il aurait dû paraître évident aux Allemands que le prix à payer pour gagner les 7 kilomètres de terrain supplémentaires dont ils avaient besoin afin de prendre la ville était trop élevé. (…) L'offensive fut lancée le 1er juin. Les Allemands gagnèrent beaucoup de terrain. Ils avaient inondé l'artillerie française d'un nouveau gaz, le phosgène, contre lequel les masques existants étaient inopérants. Les Allemands étaient maintenant capables de s'approcher du fort de Vaux. En fait, le fort était une coquille vide. Il ne disposait d'aucun canon lourd et il était défendu par les restes de quelques compagnies sous les ordres du commandant Raynal. Néanmoins, il résista. La garnison en loques du commandant Raynal infligea à peu de frais des milliers de victimes aux Allemands. Le manque de ravitaillement en eau (….) finit par forcer les derniers hommes du fort à se rendre. »

 

11 juillet, échec d'une attaque allemande sur le fort de Souville. Il n'y aura plus d'offensive allemande sur Verdun, l'offensive anglaise sur la Somme ayant obligé Falkenhayn a transférer une partie de ses munitions et des ses renforts.

 

Par contre les Français préparent une contre-attaque pour reprendre tout le terrain perdu. Après avoir concentré de nombreux canons et plus de 300,000 obus, le bombardement préparatoire concentré sur une petite surface début le 19 octobre. L'attaque de l'infanterie se produit le 24 avec du succès (reprise de Douaumont, puis du fort de Vaux le 2 novembre. A la fin de l'attaque, les Allemands étaient revenus à quelques kilomètres de leur point de départ de février.

 

Pour les Français les pertes s'établissaient à 351.000 hommes dont environ 150.000 morts.

Pour les Allemands, elles s'établissaient à 330.000 hommes dont 143.000 morts ou disparus.

 

« L'autre grande armée à affronter les Allemands était celle des Britanniques. Mais ce fut le plus faible allié des Français, la Russie tsariste, qui le premier répondit à l'appel au secours lancé par le président Poincaré en mai, au plus fort de la bataille de Verdun. La Russie n'était pas encore prête à une offensive contre les Allemands au nord, autour du lac Narotch. Mais elle avait envisagé une attaque opportune contre les Austro-hongrois dans le secteur sud du front oriental. » L'offensive fut confiée au général Broussilov. « La manière d'attaquer de Broussilov défiait les méthodes conventionnelles. Il ne concentra pas ses forces sur un point particulier, mais attaqua le 6 juin sur tout le front sud. De façon surprenante ses troupes firent une percée. Affaiblies par les opérations de Conrad en Italie (depuis le 15 mai), les forces austro-hongroises s'effondrèrent. En un mois Broussilov avança d'une centaine de kilomètres en faisant 300,000 prisonniers sur son chemin. »

 

L'Etat-major russe fut le premier surpris du succès et ne sut pas comment le gérer (poursuivre au sud ou attaquer au nord les Allemands). « Fin juillet la décision fut prise d'agir au nord, ce qui se révéla une grave erreur. En peu de temps, les Allemands bloquèrent l'attaque. Il n'y aurait plus d'offensive russe en 1916. »

 

Encouragé par le succès de l'offensive Broussilov, la Roumanie décide d'entrer en guerre aux côtés des Alliés « juste à temps pour se heurter aux armées allemandes dirigées par Falkenhayn, remplacé par le kaiser au poste de commandant en chef au profit du duo Hindenburg/Ludendorf. Les Roumains furent défaits avec une étonnante rapidité et Falkenhayn regagna le terrain conquis par Broussilov. De grandes réserves de pétrole et de blé tombèrent entre les mains des Allemands. Avec ces matières premières vitales, l'Allemagne était capable de continuer la guerre indéfiniment. Telle fut la contribution roumaine à la cause des Alliés. »

 

Concernant les Anglais ils avaient prévu d'attaquer sur la Somme avec l'aide des Français. Mais les combats de Verdun avaient ponctionné les forces françaises. On passe de 39 divisions prévues en mars à 20 à la fin du mois de mai.

 

L'offensive anglaise était prévue sur un front de 13 km, mais dès le début, elle souffrit d'un certain nombre de défauts :

 

- Un nombre de pièces d'artillerie insuffisant.

 

- Des munitions dont la qualité laissait à désirer. En effet pour accroître la production les contrôles qualités avaient été supprimés et de nombreux obus explosaient prématurément ou n'explosaient pas.

 

- La majorité des obus livrés étaient des shrapnels excellents pour couper les fils barbelés ou traiter les troupes à découvert, mais insuffisants contre des tranchées profondes et bien aménagées ce qui était le cas.

 

Le général Rawlinson qui commandait le secteur « sembla comprendre que les efforts de destruction britanniques seraient inadéquats. Il implora Haig de limiter d'abord son objectif à la première position allemande. Haig n'envisageait rien de tel. Il avait prévu de s'emparer des trois lignes allemandes. Comment les quatre divisions de cavalerie qu'il avait massées juste derrière le front pourraient-elles autrement percer et foncer vers la côte, puis bousculer les défenses allemandes dans le secteur nord du front occidental ? »

 

« En conséquence, lorsque la grande offensive fut lancée, le 1er juillet, ce fut un désastre d'une échelle encore inédite au premier jour d'une opération sur le front occidental (elle garderait cet honneur douteux durant le reste de la guerre). A la fin de la journée, 57,000 soldats britanniques (environ 40% des hommes engagés ce jour là) avaient été éliminés. (…) Les bombardements inappropriés et imprécis avaient manqué la plupart des systèmes de défense allemands et des batteries pilonnant le no man's land. Les mitrailleurs (qui firent le plus de victimes ce jour là) purent ainsi émerger de leurs profondes tranchées-abris et faucher à volonté les assaillants. »

 

A la fin de la journée, les Anglais avaient gagné un peu de terrain au sud (à côté des Français), mais rien au nord et au centre. Au Sud les Français avaient mieux progressé, mais leurs efforts restaient secondaires par rapport aux Anglais.

 

Lors d'une rencontre Joffre demande à Haig de faire une seconde tentative dans son secteur nord ce que refuse ce dernier. Il préfère poursuivre dans son secteur sud où il a enregistré les plus grands succès. « La décision de Haig de renforcer un succès était judicieuse. La manière dont il avança dans ces opérations fut cependant tout sauf intelligente. Durant les deux semaines suivantes, la 4e armée de Rawlinson mena une série d'attaques à petite échelle, sur des portions étroites du front, qui les virent peu à peu aller de l'avant. Mais ils avancèrent à grands coûts parce que les tactiques employées permettaient aux Allemands de concentrer le maximum de leurs tirs d'artillerie sur les portions étroites du front menacé. »

 

« L'armée de réserve placée sous les ordres du général Gough, et épaulé par le Corps australien, fit des tentatives répétées pour avancer au nord contre une bastion allemand : la ferme Mouquet. Ce point fort était sans signification tactique réelle et ne fut en fin de compte pris qu'en septembre. Sa chute, comme il était prévisible, ne signifia rien. La campagne coûta cependant 23,000 hommes au Corps australien, qu'il fallut finalement retirer de la Somme. Un bon exemple de la manière de gaspiller en vain une puissante unité combattante. »

 

Pour sa part, la 4e armée essaye de progresser dans deux directions. L'aile gauche attaque vers le nord, alors que l'aile droite tente d'avancer vers l'est. Mais à chaque fois tout mouvement en avant d'une partie de l'armée se faisait indépendamment de l'autre.

 

« La Somme n'opposa pas des ânes britanniques à une défense allemande intelligente. Il y avait des ânes des deux côtés. Falkenhayn avait décrété que tout terrain perdu devait être reconquis immédiatement par une contre-attaque. Ainsi, de petites avancées d'un petit nombre de soldats britanniques étaient contrées par des attaques similaires d'un petit nombre de soldats allemands. De cette manière, Falkenhayn s'arrangeait pour rétablir un certain équilibre dans le bilan des victimes. (…) La Somme en dépit des tactiques grossières de Haig, reflétait l'accession de la Grande-Bretagne au rang de grande puissance militaire. Ce fait stupéfia les Allemands, comme les stupéfièrent les 7 millions d'obus tirés sur eux par les Britanniques entre le 2 juillet et la mi-septembre. En 1916, la Grande-Bretagne avait rassemblé une armée de masse à une échelle continentale, bientôt épaulée par le plus grand effort du monde en matière de munitions. »

 

C'est durant cette bataille que les Anglais utilisent pour la première fois (15 septembre) une arme nouvelle : le char. Il engage une cinquantaine de chars mais la moitié tombe en panne avant d'arriver sur leur objectif. Pour l'attaque Haig « concentra raisonnablement ses chars en face de la section la plus forte du front allemand. De façon moins sensée, il décida de ne pas tirer un barrage roulant, ce qui à l'époque était devenu la règle de protection pour l'infanterie lors d'une attaque, par peur d'atteindre les chars. Mais même le Mark I, employé ici, pouvait résister à des shrapnels et il aurait donc été possible de tirer le barrage sur tiut le front. Durant la bataille, certains chars tombèrent en panne pour des raisons mécaniques et les positions adverses les plus fortes ne furent l'objet d'aucun tir d'artillerie. Comme ces positions abritaient le plus souvent des nids de mitrailleuses allemandes, les défenseurs purent causer des pertes terribles parmi les assaillants britanniques. C'est seulement au centre, où tous les chars convergèrent, qu'ils purent avancer en toute impunité contre les Allemands. Cette partie du front vit les troupes allemandes reculer dans la panique, permettant aux Britanniques de prendre quelques petits villages comme Flers. Ainsi, un peu de terrain fut gagné avec l'aide des chars, mais à un prix élevé. »

 

Une nouvelle attaque le 25 septembre permet aux Anglais d'atteindre le sommet d'une crête, mais la saison était avancée et les risques de pluie et de boue importants. Cela n'empêcha pas Haig de vouloir poursuivre l'offensive, avec le soutien des hommes politiques anglais. « Haig fit exactement ce qu'il voulait. En dépit de la pluie qui avait commencé à tomber en octobre, il prépara une nouvelle offensive gigantesque. Cette fois-ci, les objectifs étaient situés près d'Arras, à plus d'une centaine de kilomètres. Bien que Haig ait seulement réussi à faire avancer son front d'un peu plus de 15 kilomètres en trois mois, personne ne chercha à s'interroger sur cet objectif. » Cette offensive permit la conquête de Beaumont-Hamel mais à un prix très élevé (environ 10,000 hommes).

 

« La Somme vit s'intensifier le calvaire des armées de volontaires levées en Grande-Bretagne entre 1914 et 1916. La campagne causa parmi eux quelque 432.000 pertes, dont probablement 150.000 morts et 100.000 si grièvement blessés qu'ils ne se battirent plus jamais. En tout, 25 divisions britanniques – environ la moitié de celles engagées sur le front occidental – furent anéanties. Avec ce terrible bilan, Haig ne réussit à infliger que 230.000 pertes aux Allemands (…) Sur le seul plan numérique, le vainqueur de la bataille de la Somme ne fait aucun doute. Ce furent les Allemands. Cependant, on peut raisonnablement penser que les armées allemandes ne le ressentirent pas ainsi. Elles avaient souffert pendant presque cinq mois d'attaques d'artillerie meurtrières dont l'origine était totalement inattendue : les Britanniques. Et, en plus des victimes de Verdun, 500.000 hommes avaient été retirés de la grande machine de guerre des Puissances centrales. En août, cette accumulation de pertes sans gain apparent coûta son poste à Falkenhayn. Ses successeurs, Hindenburg et Ludendorff, ne furent pas non plus en situation de passer à l'offensive avant quinze mois. En dépit des pertes qu'elle avait subies, c'était toujours l'Entente qui avait l'initiative à la fin de 1916.

 

Le titre « Batailles totales et guerre d'usure » donné à ce chapitre est à plusieurs égards approprié. Les batailles de 1916 figurent parmi les plus importantes jamais connues dans la triste histoire des hommes en guerre. Le nombre total des pertes de la bataille de Verdun est sans doute proche de 700.000 ; pour la Somme, elle dépassèrent le million. A l'Est et en Italie, l'addition globale n'est probablement pas loin du million. L'effort en munitions fut également considérable. Dans la Somme, les Britanniques envoyèrent à eux seuls 15 millions d'obus sur les Allemands. Si l'on compte la contribution française, le nombre d'obus tirés dans la Somme avoisine les 20 millions. Si l'on ajoute le total inconnu des obus allemands et tous ceux tirés par les différents belligérants à l'Est, on peut se faire une idée de l'énorme effort en munitions réalisé par les puissances européennes durant cette période. »

 

« Cependant, présenter les batailles de 1916 comme des épisodes d'une guerre totale est trompeur. (….) Le jour le plus intense du combat à l'Ouest en 1916 mobilisa donc seulement 30 des 200 divisions déployées sur le front occidental qui participèrent à la bataille. Toutefois, ce chiffre lui même exagère la configuration globale du combat. Le premier jour de la Somme et le premier jour de Verdun (lorsque pas moins de 30 divisions combattaient) ne sont pas représentatifs des autres batailles. Au cours d'une journée moyenne dans la Somme ou à Verdun, une poignée de divisions seulement étaient engagées. Les grandes batailles étaient suivies d'une rapide baisse d'intensité. (…) La situation ne relevait pas vraiment de la guerre totale, mais plutôt de la guerre d'usure. »

 

 



10/05/2015
0 Poster un commentaire

A découvrir aussi


Inscrivez-vous au blog

Soyez prévenu par email des prochaines mises à jour

Rejoignez les 329 autres membres